
Docteur charme - Tome 1 : Ton amour plus fort que les doutes
Chapitre 3
2
Louka
J’entre dans la salle à manger après ma garde d’après-midi et je me rends compte que je cherche aussitôt Anna du regard ; cela m’agace…
Depuis que j’ai fait sa connaissance il y a quelques heures, j’ai lutté pour ne pas penser à elle, en vain.
Elle est là, assise près de Sue qui la couve d’attentions.
Sue, c’est notre bon samaritain à la pension. C’est elle qui console, qui rassure et qui réconcilie. Pourtant, elle a son lot de problèmes et je connais bien sa situation délicate avec mon ami Marc, le second médecin titulaire de l’hôpital. Je sais à quel point ils s’aiment ces deux-là, mais je ne peux rien faire de plus que contempler leur peine et cela m’attriste. Oui, cela m’attriste beaucoup en fait
J’ai essayé d’arranger les choses entre eux mais j’ai échoué.
Tandis que je me sers un café, je me dis avec philosophie que le temps arrangera surement les choses. Un peu las, je prends un siège à la table la plus proche de celle d’Anna.
Sophie commence à me parler d’un patient atteint d’une infection chronique au foie que nous suivons régulièrement, alors que je jette un regard discret vers celle qui n’en finit pas d’accaparer mes pensées ; elle discute avec plusieurs collègues. Son teint pâle qui contraste avec son épaisse chevelure sombre est tout à fait délicieux, aussi je l’admire quelques secondes en me disant qu’il est bien naturel d’être attiré par cette jeune femme ravissante. Elle sourit à Mitch qui vient d’entrer dans la pièce et ils commencent à discuter avec Sue et d’autres collègues de façon animée.
Comme j’ai pu le remarquer cet après-midi, malgré son large sourire, j’ai la sensation que la jolie infirmière n’est pas vraiment à l’aise ; cela m’interpelle. Tout en fronçant légèrement les sourcils, je la regarde se passer les doigts dans sa frange régulièrement ou presser à plusieurs reprises ses mains l’une contre l’autre.
J’en suis là dans mes réflexions quand elle lève soudain les yeux vers moi et je croise ses incroyables yeux verts. Me sentant presque pris en faute, je lui fais un bref signe de la tête pour la saluer, elle me retourne aussitôt ce geste de politesse en détournant rapidement le regard. Je ne suis pas un homme timide d’habitude, je suis même plutôt direct si une femme me plait – et c’est le cas je ne peux le nier – mais j’avoue que ce soir je n’en mène pas large face à cette jeune femme aussi belle que réservée.
Perturbé par mes réflexions, je me concentre à nouveau sur ma discussion avec Sophie quand Julie nous rejoint en poussant un long soupir de lassitude :
— Quelle journée ! maugrée-t-elle en faisant référence à la charge de travail.
— Oui, il y a beaucoup d’admissions depuis plusieurs jours, renchéris-je. Au moins, on a la certitude d’être utile !
Sophie acquiesce de la tête et nous fait le récit de son expérience à l’hôpital de Lagos il y a plusieurs mois. Il s’agit d’un établissement beaucoup plus moderne où les admissions sont nombreuses également, même s’il a l’avantage d’être moins isolé que celui de Soko. Moi aussi j’ai déjà travaillé là-bas avant de m’engager ici, mais mon départ a été motivé par le fait de venir aider des populations souffrant encore plus de la misère. Nous discutons un long moment de la différence entre les deux établissements avec animation.
Malgré moi, mon regard se pose régulièrement sur Anna, celle-ci semble perdue dans ses pensées depuis plusieurs minutes maintenant. Le menton calé dans une main, une expression neutre sur son visage, je constate qu’elle fixe un point sans réellement le voir.
Sue touche son épaule et lui murmure quelque chose mais bien entendu je ne peux pas l’entendre. La jolie infirmière aux yeux verts opine de la tête puis se lève gracieusement en expliquant qu’elle est fatiguée et qu’elle préfère aller se coucher. Plusieurs collègues lui souhaitent chaleureusement une bonne nuit, elle leur sourit en rougissant légèrement, manifestement gênée par l’attention dont elle est l’objet.
Quand elle passe devant moi pour sortir de la pièce, sans hésitation je plante mon regard dans le sien pour attirer son attention. Ses joues se colorent un peu plus et je ne peux m’empêcher de lui sourire, attendri par son évidente timidité.
— Bonne nuit Anna, dis-je doucement sans la quitter des yeux.
— Merci, répond-elle sans me regarder avec un petit sourire crispé.
Elle sort de la salle à manger rapidement et je me contente de suivre des yeux sa silhouette gracile.
Lorsque je me retrouve bien plus tard dans ma chambre, allongé sur mon lit les bras calés derrière ma nuque, je peste silencieusement contre le sommeil qui tarde à venir.
Je sais exactement ce qui m’empêche de dormir ou plutôt QUI m’empêche de m’endormir, mais ce que je ne comprends pas, c’est ce stupide trouble qui m’anime !
Avec ironie, je me dis que décidément mon célibat forcé de ces dernières semaines est en train de me jouer des tours.
D’un geste décidé, je me redresse en retirant mon bas de pyjama, puis j’enfile mon bermuda en jean pour sortir dans la nuit chaude.
Quoi de mieux qu’une bonne promenade pour se remettre les idées en place ?
Certes, notre nouvelle recrue est belle, timide et mystérieuse, mais je n’ai plus l’âge et surtout je n’ai plus la naïveté de croire au coup de foudre.
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