
Covid et Corona - Une nouvelle aventure de Pedro
Chapitre 2
I
La Covid et La Corona
1
Un beau jour, notre homme, un certain Jean-Pierre Laville, avait décidé de s’appeler Pedro. Un caprice de star ? Non, simplement la lecture d’un titre de livre, La vie est un songe, de Pedro Calderón de la Barca. Où s’arrête l’illusion, où commence la réalité, l’existence n’est-elle qu’un rêve ? Le thème lui avait plu, le prénom de l’auteur aussi.
Pedro avait ramené d’un séjour à La Réunion, île française de l’océan Indien, l’amour de sa vie, Li, une jolie Chinoise, légère comme une chemise de lin, au caractère solide comme une corde de chanvre. La jeune femme était la mère d’une adorable enfant, Luan, et la fille de l’abrupte Yu, avec qui la coexistence n’avait rien eu de pacifique.
Avec quelques économies et l’héritage de ses parents, morts prématurément dans un effroyable accident de voiture, Pedro avait acheté un restaurant, Le dragon d’or, enseigne réputée de La Rochelle.
Aidé d’Avotra, le chef malgache, il avait fait fructifier le commerce avant de se la couler douce à Périgny, ville de la banlieue rochelaise où il s’était installé à son retour de l’île Bourbon. Seulement, la vie n’est pas toujours aussi simple… Enfin, pour les autres, car pour lui, l’argent plus ou moins propre coulait de source.
Comme pour de nombreux individus sur Terre, car dire tous les individus sur Terre serait faire un amalgame pernicieux, le temps passait aussi pour Pedro. Il avait franchi avec aisance le cap du demi-siècle et s’apprêtait à gravir le sommet de la soixantaine avant de s’accrocher au wagon de la décrépitude qui l’accompagnerait doucement vers la destination finale, le caveau familial.
Il avait pris des ans, un peu de poids, mais pas trop, quelques rides et des cheveux blancs de plus en plus longs car les coiffeurs, ces êtres misérables qui coupent les cheveux en quatre, étaient devenus ses ennemis personnels, comme les oculistes, du reste, ces gens qui médicalisent la paille de l’œil du voisin sans voir la poutre qui obscurcit le leur. Pas de lunettes pour Pedro ! Il préférait l’aveuglement.
Ce jour-là, il s’était levé et avait trouvé sa couche vide.
Il avait joué à l’homme inconsolable qui faisait semblant de chercher sa femme perdue de peur de la retrouver.
Dans la cuisine, personne, dans le reste de la maison, seule sa fille passée en coup de vent fouillait dans le placard de l’entrée à la recherche d’indispensables escarpins. Nullement inquiète, Luan, une paire de chaussures à la main, prenait discrètement la tangente, sachant très bien que son père lui demanderait…
— Dis donc, avant de partir, tu ne pourrais pas appeler ta mère ?
Le téléphone sonna dans la pièce d’à côté. Il était coincé entre deux coussins du canapé, à l’emplacement où Li l’avait laissé la veille, avant d’aller se coucher. Luan profita de ce léger temps mort pour se tirer après un discret « au revoir papa » énoncé suffisamment bas pour ne pas être entendu, mais suffisamment fort pour répondre à l’élémentaire courtoisie. La jeune femme était à la bourre. Elle devait rejoindre son copain, Julien1, l’homme de sa vie, croyait-elle, avant d’aller au resto Le dragon d’or, dont elle assurait maintenant seule la charge. Le soir, elle devait retrouver son père.
Curieux ! Li n’oubliait jamais son portable. Par acquit de conscience, Pedro sortit sur le pas de la porte. Dans la maison d’en face, en robe de chambre rose bonbon, Geneviève respirait le parfum des fleurs. Elle leva la tête.
— Déjà debout, Pedro ? T’es malade ?
— T’as pas vu Li ?
Non, elle n’avait pas vu Li, mais il était beaucoup trop tôt pour s’inquiéter. Du reste, pourquoi s’inquiéterait-il ? La matinée était longue, il fallait qu’il reprenne des forces pour affronter l’après-midi. Il partit se recoucher, le chat sur le ventre. Chacun veillait sur le sommeil de l’autre. Vers midi, Pedro ressentit une impression de vide. Celle de son estomac. Tout ce repos, ça donne faim ! Il avait presque oublié l’absence de sa femme, comme si rien de grave ne pouvait lui arriver.
Il inonda ses amis de coups de fil, fit le tour du quartier. Rien ! L’après-midi, toujours rien, le soir encore rien.
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