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Couverture du roman Catherine

Catherine

Yvan, entrepreneur audacieux, se consacre pleinement à l'épanouissement de ses proches. Alors qu'il savoure une existence paisible, un événement imprévu vient briser son équilibre familial. Malgré cette épreuve, une rencontre inattendue et une nouvelle chance lui permettent de retrouver la sérénité. À travers ce récit inspiré de faits réels, Claude Grabier dépeint le parcours d'un homme qui se reconstruit pour devenir enfin celui qu'il a toujours rêvé d'incarner.
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Chapitre 2

Fatalité

Catherine revient de la visite médicale obligatoire de la médecine du travail et professionnelle dans l’éducation nationale. Je la sens préoccupée.

— Qu’est-ce qui t’arrive ?

— Oh ! rien.

— Ne me dis pas ça, je te connais trop bien, dis-moi ce qui t’arrive.

— Mes analyses de sang ne sont pas bonnes, je dois revenir la semaine prochaine.

— Ah ! ne te fais pas de souci avant d’avoir consulté ton spécialiste. Qui t’a examiné ?

— Le médecin du centre médical, il doit nous envoyer ses conclusions et les communiquer à notre généraliste. Il m’envoie aussi chez un hématologue.

— Rassure-toi, à notre âge c’est fréquent que l’on ait des petits trucs pas sympas.

On bascule de la vie trépidante à la vie plus calme. Isabelle est sur la bonne route et vole de ses propres ailes. Nous avons donc le temps de prendre soin de nous, maintenant que l’on est plus âgé on écoute plus son corps, on fait attention à tous ses bobos.

Je ne le lui dis pas mais j’appelle notre médecin de famille. Il me répond très vaguement, trop vaguement pour ne pas m’inquiéter moi aussi. Il me promet de me téléphoner s’il y a problème. Ses douleurs auxquelles elle ne faisait pas attention risquent d’être la cause de la contre-visite

Je suis à l’entreprise lorsque mon portable affiche le numéro et le nom de notre médecin. Il me demande de passer le voir le plus rapidement possible. Je ne fais qu’un bond et toute affaire cessante, je vais à son cabinet. Mon entreprise peut très bien se passer de moi un moment. Mon frère assume la pleine direction, en effet, il est capable de me remplacer.

— Yvan, c’est délicat. Je dois t’annoncer une mauvaise nouvelle.

— Ne me fais pas attendre.

— Les douleurs de Catherine sont inquiétantes. Les analyses qu’on lui a fait subir s’annoncent catastrophiques. Il te faut être courageux, Yvan ta femme est perdue, avec un peu de chance, il lui reste trois mois à vivre.

On n’a rien vu venir, elle continuait à avoir une vie trépidante qui ne laissait pas prévoir cet affaiblissement général. Le ciel me tombe sur la tête, je suis anéanti.

Je m’écroule, tout s’écroule. Je suis abasourdi, je ne sais plus quoi dire. Je ne peux pas comprendre. Ils sont sûrs ? Leur diagnostic est-il certain ? Je suis un battant et un gagnant.

— Yvan, tu n’es pas responsable, c’est certain. On ne voit rien venir, on est simplement devant le fait accompli. Reprends courage, c’est ce qui lui fera la meilleure des thérapies. Yvan, elle nous développe une leucémie foudroyante. On ne peut rien à part faire en sorte qu’elle soit bien accompagnée pour ne pas trop souffrir. Je connais votre attachement à Dieu, tu dois prier Yvan ! Je n’ai pas besoin de te dire de l’aimer, je sais l’amour c’est quelque chose de merveilleux dans votre couple

— Es-tu sûr et certain qu’il n’y a rien à faire ? Nous avons les moyens et pour elle je brûlerais tout ce que j’ai pour la conserver.

— La seule chose qui va compter ce sera de l’accompagner jusqu’au bout. Je vais lui parler mais sans lui révéler la totalité du diagnostic, je la sais intelligente alors restons modérés.

Je suis ressorti de cette rencontre complètement anéanti, je me dois de réagir. Elle ne mérite pas ça. Je réfléchis longuement. Je vais laisser mon frère gérer l’entreprise en totalité, pour moi tout s’arrête aujourd’hui. Je vais lui offrir ce qu’elle a toujours voulu. J’ai mis trois jours pour tout régler à la surprise de tout le monde. Je vais lui mentir, je ne l’ai jamais fait !

Je suis rentré chez moi. J’ai fait livrer un bouquet de fleurs. Il ne remplacera pas tout mon chagrin, au prétexte que bientôt c’est l’anniversaire de notre mariage. J’ai déjà en grand secret informé son administration, qui est dirigée par un ami de longue date, que nous allions partir quelques jours. Isabelle est encore à son travail. J’ai décidé de lui accorder le meilleur. Nous allons faire ce voyage qu’elle aurait tant voulu à Venise. Le docteur est d’accord, nous devons être rentrés avant la fin du mois. Je suis allé voir une agence de voyages, j’ai pris les billets de séjour et d’excursion. Quand Catherine est rentrée et qu’elle a vu la gerbe de fleurs à laquelle j’avais accroché les billets, elle a fondu en larmes.

— Yvan, tu es fou, qu’est-ce qui t’arrive ?

— C’est bientôt notre anniversaire de mariage. J’ai un trou dans mon planning, je veux faire ce tour qu’on espérait depuis si longtemps. Nous partons samedi pour Venise.

— Mais, ce n’est pas possible, mon boulot et je n’ai rien à me mettre. Non écoute, on a attendu jusqu’à maintenant alors attendons encore un peu, bientôt ce sera les grandes vacances nous aurons plus de temps.

— Non, j’ai tout prévu, ton boulot est OK. Tu es en vacances ce soir et tu ne reprends que dans trois mois. Pour les vêtements, demain matin nous allons commencer à faire le tour des magasins. Je serai avec toi, il faut que moi aussi je refasse ma garde-robe.

— Mais je dois aller voir le docteur.

— Il t’attend demain matin à neuf heures. Il m’a dit que ce séjour te ferait du bien parce qu’il t’avait trouvé fatiguée.

— Comme ça d’un coup de tête, tu as tout préparé ! Et pourquoi le docteur t’a prévenu ?

— J’y avais pensé depuis longtemps, je voulais te faire la surprise. Ça fait au moins un mois que c’était programmé. Même ton patron était dans la confidence. Pour le médecin, pardonne-moi, je voulais qu’il me rassure sur tes analyses.

— Tu me surprendras toute la vie.

— Merci chéri. Ce soir, nous allons au restaurant. En passant, nous inviterons ta fille qui est aussi la mienne.

Ouf ! Elle n’a pas été trop curieuse. Il ne faut pas me distraire, poursuivre. Pour le moment, dans le secret il n’y a que les médecins. Je ne veux pas inquiéter Isabelle trop tôt et ne lui révéler l’état de santé de sa mère que plus tard. Elle a le temps de savoir, je ne sais pas pourquoi je prends cette décision mais j’ai peut-être au fond de moi un espoir de guérison que je ne sais pas exprimer.

Notre sortie a été fabuleuse. Ma fille est encore triste, j’ai fait passer ça sur la surprise et l’émotion de nous voir partir sans elle en voyage. Le soir, nous avons, après une coupe de champagne, retrouvé nos performances de jeune couple et passé une nuit divine.

Ce voyage, dire qu’il a été fabuleux n’est qu’une pâle expérience de ce qu’est le bonheur du bonheur. Catherine est très croyante, nous avons pu passer au retour par Rome. Le Pape lui a posé la main sur la tête. Notre retour était aussi fou que le départ. Puisqu’il nous restait des jours de congé à prendre, je l’ai conduite à Lourdes. Elle est allée prier à la grotte et nous avons même participé à la procession chantée. Nous avons déposé les cierges. Elle était fatiguée, je voyais ses traits se tirer un peu mais jamais elle ne s’est plainte de quoi que ce soit.

Quelques jours après notre retour, nous avons reçu notre fille à qui nous avons raconté notre voyage. Un matin, Catherine traîne un peu au lit. Ce n’était pas son habitude. J’ai pensé que peut-être elle paye ses efforts. Je commence à me pénaliser tout seul. Je me pose des questions. N’avais-je pas trop abusé de ses forces ? Mais je veux tellement qu’elle parte en ayant vu le maximum de choses dont nous avons rêvé. J’appelle notre médecin et ami. Il est venu la consulter à la maison. Il veut absolument qu’elle soit hospitalisée. À partir de ce moment-là, je ne peux plus, à notre fille, lui cacher la vérité. Je lui demande de venir, lui annonce la terrible nouvelle. Nous sommes allés à la clinique, ça faisait trois jours qu’elle y était. Déjà, on avait du mal à la reconnaître. Elle ne souffrait pas trop, elle était déjà sous morphine mais se rendait compte que son état se dégradait. Ses conversations étaient pénibles, mais le jour terrible arrive. Je ne lui avais pratiquement jamais menti, quelques bagatelles comme on peut avoir parfois, ou des mensonges par omission. Voilà que, dans un moment de lucidité.

— Dis-moi Yvan, est-ce que je vais mourir ?

Oh ! la question terrible ! je veux rester calme. Je ne savais pas quoi répondre. Je ne savais plus comment la regarder. Mais notre couple fait uniquement de franchise avait de la difficulté à passer ce moment tellement cruel.

— Pourquoi me poser cette question ? Je ne pense pas que tu en sois là. Le médecin ne m’a rien dit. Simplement que tu allais avoir des moments difficiles. Mais comme toujours, ma chérie nous les passerons ensemble.

— Je voudrais te dire, dans ma vie je n’ai connu qu’un seul homme et c’est toi. S’il m’arrive quelque chose, protège notre fille. Je crois qu’elle est dans le tourment et qu’elle passe un moment difficile. Elle ne veut pas nous le dire mais j’ai senti que son couple battait de l’aile. Conviction maternelle, mais je la connais trop et trop bien.

Sur ces paroles, elle s’est endormie, le médecin qui rentrait à ce moment-là m’a fait signe de le rejoindre dans son cabinet. Je ne l’avais jamais vue aussi fatiguée. Je me berçais de faux espoirs, c’étaient peut-être les médicaments. J’espérais tout, mais surtout la rémission. Qu’elle reste même malade sans trop souffrir, mais que la vie continue.

— Elle ne passera pas la nuit.

Le couperet est tombé. Je le savais et pour moi le monde s’écroulait. Je me rendais compte que je ne lui avais pas tout dit, qu’il restait encore plein de choses à se dire. Moi non plus je ne l’avais jamais trompée. Notre fille est arrivée à ce moment-là, je l’ai prise dans mes bras. Nous sommes allés nous mettre à côté d’elle, elle nous a vus, on a deviné un sourire et elle s’est éteinte dans un dernier soupir.

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