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Couverture du roman Catherine

Catherine

Yvan, entrepreneur audacieux, se consacre pleinement à l'épanouissement de ses proches. Alors qu'il savoure une existence paisible, un événement imprévu vient briser son équilibre familial. Malgré cette épreuve, une rencontre inattendue et une nouvelle chance lui permettent de retrouver la sérénité. À travers ce récit inspiré de faits réels, Claude Grabier dépeint le parcours d'un homme qui se reconstruit pour devenir enfin celui qu'il a toujours rêvé d'incarner.
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Chapitre 3

L’après

La vie continue. On est entouré par les amis, les copains. Petit à petit, la sélection se fait. Certains disparaissent, certains c’est fini vous oublient. Il y en a même qui vous jalousent. Il y en a aussi dont le rapport est autre chose. Il m’est resté ma fille. Au fur et à mesure que passait le temps, son couple se défaisait. Son copain sortait, buvait et dernier outrage la frappait. Je lui avais dit surtout de ne pas se laisser faire. S’il le fallait, elle pouvait revenir à la maison. Je me suis à mon tour laissé aller. L’entreprise tournait sans moi. Il n’y avait que les réunions mensuelles qui m’en rapprochaient. Je suis devenu un supporter inconditionnel du club de rugby et à Quarante-cinq ans j’étais devenu un vieux pépé sans projets. Plus rien ne m’intéressait. Ma fille venait tous les huit jours, son copain, je ne le voyais plus et n’en demandais pas des nouvelles. La seule que je voyais deux fois par semaine c’était Adèle la femme de ménage. Elle avait en quelque sorte remplacé ma mère. La lecture, la chasse, la pêche, quelques voyages. Comme par hasard tous ceux que j’avais faits avec Catherine. Je cherchais à m’isoler le plus possible, ne plus rencontrer personne. Pourquoi, pour me faire remonter mes souvenirs ? J’étais trop capable de le faire tout seul. Il faut le vivre et réagir. C’est vrai je n’en avais pas envie. Des propositions j’en avais dans tous les sens mais je ne trouvais aucun intérêt à la vie. J’avais essayé de refaire une partie du trajet que nous avions vécu. Je n’en retirai que plus de peine. Je sentais que je me perdais. J’allais souvent au cimetière. Assis sur le caveau je lui tenais de grandes conversations. Elle me répondait j’en suis certain.

Le soir après un reportage fastidieux à la télé, j’allais me coucher, je ne m’endormais que par moments. Je rêvais beaucoup. Elle était là, toujours là. J’allumais la lampe de chevet et son cadre photo me renvoyait son image souriante. Plus d’un an comme ça. On se détache de toutes les autres choses de la vie. Seule ma fille me sortait de temps en temps de ma déprime. Elle avait pourtant ses problèmes de couple. Je n’osais plus lui dire de trancher une fois pour toutes. La vie méritait d’être vécue si possible avec bonheur. Je l’ai même emmenée au sport d’hiver, j’avais demandé que Daniel vienne avec nous. Je n’aurais pas dû. J’avais l’impression d’être l’espion, sans le vouloir parfois je donnais mon avis. Finalement, nous avons tous passé des vacances atroces. J’entendais ma fille pleurer dans la chambre à côté et je ne pouvais rien faire. Elle allait avoir vingt-trois ans, était devenue une pièce maîtresse dans son entreprise. Daniel lui reprochait de recevoir des appels téléphoniques de son employeur n’importe quand, qu’il prenait du temps sur leur moment à eux. Lui il n’avait pas ce souci, sa principale occupation c’était la recherche d’un emploi qu’il ne voulait surtout pas trouver. Rien ne pouvait le mettre en valeur. Je voyais quelques fois son comportement ou les qualificatifs étaient pour Isabelle, il lui faisait presque le reproche d’avoir réussi. Il comprenait et se rabaissait tout seul en lui tenant des propos imbéciles. Évidemment, je lui trouvais tous les défauts de la terre, plus le temps passait et plus il se diminuait ne trouvant toujours pas d’emploi à la hauteur de ses connaissances. L’oisiveté lui convenait, il se plaisait dans la détente et les sorties quelques fois immorales. Lui ne manquait pas ses rencontres avec les copains au bistrot du coin, nous le savions évidemment les rencontres avec des femmes libres. Il était devenu le vrai nuisible. Ma fille comprenait que je devinais cette situation et que j’en souffrais. Un soir où nous étions au chalet tous les deux, nous avions entrepris une conversation que je voyais venir avec peine. Je la voyais, elle voulait me dire quelque chose.

— Pourquoi tu n’essayes pas de te trouver quelqu’un qui pourrait un peu partager avec toi tes moments de solitude ?

— Ce n’est pas possible, j’ai toujours devant mes yeux, ta mère. Je n’ai pas fini mon deuil.

— Peut-être que tu ne veux pas le finir. Mais tu ne dois pas rester comme ça. Tu étais quelqu’un de brillant et tout à coup tu es terne, on te devine sans envies. Tu nous donnes l’impression de ne plus t’appartenir.

— C’est peut-être un peu ça, j’ai déjà pensé que peut-être je pourrais rencontrer quelqu’un. J’ai peur de ne trop me rappeler ta mère et de toujours établir une ressemblance qui n’est pas possible.

— Tu me fais peur quand je t’entends comme ça. Ce n’est pas toi, je t’ai connu plus entreprenant. Rien ne te faisait peur. Aujourd’hui, tu es devenu transparent. Même dans tes conversations on ne retrouve pas l’homme que l’on connaissait.

— Je suis désolé ma fille.

À ce moment-là, elle s’est jetée dans mes bras et nous avons pleuré. C’est ainsi que maintenant on me voyait. J’étais devenu un zombie. J’allais changer.

— Je te promets de me réveiller, je vais réagir. J’ai pensé à ouvrir une autre affaire, ailleurs, en faisant notre tour du monde elle me disait qu’elle se verrait bien vivre dans ses îles du Pacifique. Je vais effectuer des recherches dans ce sens. Peut-être une succursale en Nouvelle-Calédonie dans l’Océan Pacifique. Je vais aller voir là-bas si c’est possible. Peut-être aussi l’Australie.

— Si tu pars, je viens avec toi. Ensemble, nous construirons ou reconstruirons quelque chose. Je vais me séparer de Daniel et je serais libre. J’ai besoin de m’aérer moi aussi. Papa réfléchis et partons tous les deux. Mais j’aurais préféré que tu me présentes une amie. Tu vas avoir des besoins à satisfaire que tu ne puisses pas partager avec moi.

— Certainement. Pour le moment, je n’y pense pas. Je suis trop difficile. Elles sont trop petites, trop grandes, trop maigres, trop grosses. Je plaisante ma fille je ne veux rien trouver. Je n’ai qu’une envie, c’est de ne voir personne. J’ai progressé, je ne vais plus au cimetière qu’une seule journée par semaine.

— Tu ferais ça tous les mois ce serait bien aussi.

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