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Couverture du roman Argus, La chute des Gardiens: Tome II

Argus, La chute des Gardiens: Tome II

Argus s'est volatilisé après les récents bouleversements. Désormais, les Gardiens font face à un péril imminent découlant de leurs erreurs passées. Émissaire du Conseil, Katan se jette dans une lutte acharnée pour empêcher la chute définitive de leur ordre. Parallèlement, le jeune Jason découvre le passé complexe de son père et le poids de ses choix éthiques. Le temps presse pour ces protecteurs dont le destin dépend désormais entièrement de Morl-Dérin.
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Chapitre 2

Une fois à bonne distance du géant semi-enseveli, elle reprit sa marche. Soudain, une autre main surgit du sol et manqua de peu la femme. Elle tomba à la renverse, et une seconde machine similaire à la première sortit de terre. Morl-Dérin se rendit vite à l’évidence.

— Elles gardent ce que je souhaite et à mon avis il y en a tout autour !

Pour confirmer sa théorie, elle contourna une fois encore la machine. Avec plus de prudence, elle avança. Comme elle s’y attendait, un troisième géant émergea. Bien, maintenant, il lui restait à savoir comment braver la garde des machines. Impossible de passer entre deux, dans la mesure où, une fois les bras tendus, les phalanges de chaque gardien la toucheraient. Ce genre de machines broieraient Morl-Dérin, comme elles l’avaient fait avec le loup. Et sans doute aussi qu’elles avaient d’autres armes en réserve. Cependant, elle n’avait pas fait tout ce chemin pour renoncer. Elle devait passer ce cercle de protecteurs, peu importe les risques.

Avec ce froid si mordant, Morl-Dérin éprouvait des difficultés à se concentrer. Dans son sac, pouvait-il se trouver un objet susceptible de l’aider ? Péniblement, elle fouilla l’intérieur, et en tira deux bombes artisanales. C’est elle qui les avait fabriquées avant son départ. Deux, c’est tout ce qui restait de la douzaine confectionnée. Seulement, avec cette météo, difficile d’allumer la mèche. Elle tenta de nombreuses fois avec son briquet, sans succès. Il lui restait bien sûr son arc et quelques flèches, mais il serait sans doute impossible de traverser la cuirasse d’acier des colosses.

— Réfléchis, Morl-Dérin ! Réfléchis ! Réfléchis ! se dit-elle.Elle voulut tenter une expérience pour mieux évaluer ses ennemis. Elle banda son arc, et décocha une flèche entre deux gardiens. Immédiatement, le crâne de la sentinelle se fixa et de ses orifices jaillirent deux rayons meurtriers. La flèche disparut aussitôt.

— Très bien. Leurs vues sont basées sur le mouvement.Sans nul doute qu’auparavant ces machines pouvaient se déplacer, mais elles avaient dû geler sur place avec le temps. C’était là, la chance de Morl-Dérin. Utiliser cet environnement néfaste à son avantage. Elle resserra au maximum ses peaux autour de son corps, et à contrecœur, plongea sous l’épaisse couche de neige. Même vêtue ainsi, le froid la poignarda, immédiatement. Seule consolation, le vent moins tenace. Elle rampa en gardant, tant bien que mal une unique direction. Son cœur battait à plein régime, tandis qu’elle priait tous les dieux possibles pour que les sentinelles ne la repèrent pas. Elle avança dans cette position inconfortable des minutes durant. Quand elle jugea qu’elle avait dépassé les gardiens, elle sortit lentement la tête hors de la poudreuse. Elle poussa un soupir de soulagement en voyant leur dos. Pour une fois, le temps maussade s’était révélé utile.

À présent, elle savait qu’elle était toute proche de réussir. En effet, caché dans les gorges glacées de la montagne, un temple s’y trouvait. Les escaliers y menant autrefois étaient recouverts du manteau blanc, sous lequel se terrait une couche de glace glissante, créant ainsi un périlleux toboggan. La tentation de glisser sur les fesses était grande, mais mortelle. La pente était bien trop raide pour espérer de ne pas s’écraser sur la porte du temple prisonnier des glaces. Morl-Dérin sortit de son épais sac, une corde qu’elle attacha à une stalactite. Elle testa la résistance de cette dernière, en tirant dessus. Le point d’ancrage ne bougea pas. Alors Morl-Dérin entama une descente en rappel. Avec précaution, elle s’enfonça de plus en plus profondément dans la crevasse. Arrivée à mi-parcours, sa seule crainte fut que sa corde ne soit pas assez longue. D’en haut, le temple semblait plus proche. Une erreur de perception dont elle se serait bien passée. Et comme, elle l’avait craint, arrivée au trois quarts du parcours, alors que ses membres criaient de douleur, la corde se raidit. Morl-Dérin n’irait pas plus bas. Dix mètres de cordes n’étaient pas parvenus à bout du chemin.

— Pas le choix cette fois ! se dit-elle en prenant son poignard.

Sans réfléchir une seconde de plus, elle trancha la corde qui la retenait à la vie. La sentence fut immédiate, et Morl-Dérin se retrouva ventre à terre. Elle dévala la pente à une vitesse incroyable, cherchant par tout moyen à se ralentir, mais ses mains glissaient, sans succès. Elle poussa un hurlement avant de percuter de plein fouet un muret. Le choc fut tellement violent, qu’elle perdit connaissance.

Lentement, elle ouvrit les yeux, ignorant tout du temps qui s’était écoulé. Seuls les flocons qui l’avaient recouvert petit à petit pouvaient lui dire. À peine bougea-t-elle, qu’un cri déchira le silence. L’une de ses côtes la faisait terriblement souffrir. Elle avait des difficultés à respirer correctement. Dans un effort délicat, elle retira son sac, et se mit sur le dos.

— Oh ! Par Origin ! Bon sang ! s’exclama-t-elle.

Elle s’encouragea mentalement pour se remettre sur pied, mais chaque geste était une torture. Déjà assise, ce fut une grande victoire. Toutefois, le plus dur restait à faire. À l’aide du muret, qui lui avait brisé la côte, elle se redressa. Elle lança des jurons à tout bout de champ, mais parvint à se redresser. Courbée, elle pouvait tout de même se déplacer. En revanche, impossible de reprendre son sac. Il était bien trop lourd. Cependant, elle extirpa le livre ancien, car il restait d’une importance capitale. Chaque pas, lui provoquait une douleur fulgurante, qui lui donnait des grimaces. Morl-Dérin déterminée à réussir serra les dents et avança vers l’entrée du temple détruit. Là, devant la façade recouverte de glace, elle n’avait aucune idée de comment y rentrer.

Dans la crevasse à l’abri du blizzard, elle feuilleta les pages jaunies. Elle trouva un croquis exact de cette même façade. Sur la porte étaient gravées des runes antiques, où derrière l’une d’elles se trouvait une serrure. Elle prit de la distance pour observer la porte en la comparant au croquis. Elle prit la décision de retourner là où elle avait laissé son sac de voyage. Que ce fut laborieux pour son corps meurtri ! Elle ressortit ses deux bombes avec la ferme intention de briser la glace avec, mais cela pouvait se révéler fatal pour elle si elle déclenchait une avalanche à cause de l’explosion. Après tout, elle n’avait pas d’autres solutions. Avec son briquet, elle alluma la mèche de la bombe de la taille d’une orange et la balança sur la façade gelée. Un boum retentit dans les tréfonds de la montagne et en fit trembler les parois. Des éclats de glaces furent projetés de part et d’autre. Morl-Dérin eut tout juste le temps de s’abaisser derrière le mur. Elle attendit que le nuage givrant se dissipe pour se relever. Elle avait réussi. Devant son air satisfait, une porte arrondie apparut. Les runes s’illuminèrent, créant une forme d’arbre avec comme des nids sur certaines branches. Toujours affaiblie, Morl-Dérin toucha les écritures du bout des doigts. Sans la glace, il fut plus simple de mettre la main sur l’encoche.

Elle décrocha une clé en bronze pendue à son cou. Elle était plus grosse et plus usée que toutes les clés du monde. Délicatement, elle l’enfonça dans la cavité prévue à cet effet. Elle tourna lentement vers la droite et un déclic se fit sentir. Tout à coup, la clé fut aspirée dans le trou. Le sol trembla et la femme fit un pas en arrière. La porte s’ouvrit en deux, pile au milieu du tronc dans l’arbre de runes. Un souffle morbide lui déferla au visage, et elle se retint de ne pas vomir. Enfin, elle y était arrivée. L’Arme Maudite était à sa portée, entraînant la fin des Gardiens.

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