Couverture du roman Argus, La chute des Gardiens: Tome II

Argus, La chute des Gardiens: Tome II

9.2 / 10.0
Argus s'est volatilisé après les récents bouleversements. Désormais, les Gardiens font face à un péril imminent découlant de leurs erreurs passées. Émissaire du Conseil, Katan se jette dans une lutte acharnée pour empêcher la chute définitive de leur ordre. Parallèlement, le jeune Jason découvre le passé complexe de son père et le poids de ses choix éthiques. Le temps presse pour ces protecteurs dont le destin dépend désormais entièrement de Morl-Dérin.

Argus, La chute des Gardiens: Tome II Chapitre 1

Avant-propos

Argus, la chute des Gardiensest le second tome de la saga des Gardiens des Mondes.

Ce deuxième volume se déroule sept ans après les évènements du premier tome, Argus, la revanche d’Evol. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu le premier tome pour saisir tous les tenants et aboutissants de cette suite

La suite est prévue pour 2022.

Bonne lecture à toutes et tous.

Morl-Dérin

Les montagnes enneigées

Le blizzard s’intensifiait de jour en jour, à tel point que Morl-Dérin dut faire une pause. Même avec ses épaisses peaux qui le recouvraient, cela ne lui permettait plus de continuer son périple. La neige entrait par toutes les voies possibles, et se faufilait jusqu’en bas de son dos. Le vent glacial s’engouffrait dans la plus infime des portes. À aucun moment, il ne pouvait douter que ce voyage serait si terrible pour son corps. Des engelures apparaissaient à l’extrémité de ses doigts et de ses orteils. Fort heureusement pour Morl-Dérin, ce jour-là, il trouva une grotte à l’abri des vents les plus froids.

Les pieds engourdis, il lâcha son énorme sac à dos d’un geste fatigué. Puis, s’écroula. Il regarda le plafond, bercé par le sifflement du vent. Mais il se reprit très vite, car s’endormir provoquerait sa fin. Déterminé, il ouvrit son imposant sac et en sortit des fagots de bois. De la poche de son manteau, il se saisit de son briquet. Il s’enfonça davantage dans la caverne pour allumer son feu dans les meilleures conditions. Du premier coup, les brindilles s’enflammèrent, et il mit les mains juste au-dessus des flammes. Comme le plafond était bas, et les parois étroites, la chaleur se propagea correctement dans toute la pièce. Morl-Dérin s’obligea alors à se déshabiller pour faire sécher ses peaux de bêtes. Si le blizzard se calmait, il était préférable de reprendre la route avec des vêtements secs.

En enlevant la capuche qui lui recouvrait le visage, on s’aperçut rapidement que le voyageur était en réalité une femme. Une baroudeuse à la face couverte de cicatrices, témoins des épreuves passées. Ses pupilles de félins transperçaient les ténèbres et effrayaient les enfants. Pour ne pas se gêner pendant les combats, elle tressait ses cheveux noir corbeau, en arrière. Lorsqu’elle fut en débardeur, ses bras recouverts d’ecchymoses apparurent à la lumière des flammes. Morl-Dérin avait perdu beaucoup de poids depuis sa montée dans les montagnes, mais elle gardait encore toute sa force et sa vigueur.

Elle étendit ses peaux précieusement avant de sortir une gamelle de son sac puis des graines. Elle remplit celle-ci de neige, qui fondit sous la chaleur, avant d’y mettre les graines. Celles-ci se gorgèrent d’eau et avec l’aide du manche de son poignard, elle les écrasa pour en faire une purée. Évidemment, ce n’était pas le repas des rois, mais ça ferait l’affaire pour le moment. Elle s’aperçut que le vent en dehors redoublait de violence.

— Le blizzard n’est pas près de se calmer, dit-elle d’une voix grave pour une femme.

Sa pire crainte, alors, ce fut qu’elle doive repartir sous cette tempête. Pourtant, elle ne comptait pas traîner des semaines dans ces montagnes hostiles. Donc, si elle n’avait pas d’autres choix, elle reprendrait la route, peu importe la météo.

Comme chaque soir, avant de dormir, elle pensa aux raisons qui la poussaient à continuer. Cela lui donnait la foi, et le courage d’avancer. Tenant fermement son poignard dans la paume, elle ferma les yeux. Le lendemain, alors que la tempête soufflait sans relâche, elle comprit qu’elle devrait affronter le blizzard, coûte que coûte. Mais elle décida finalement de perdre une journée supplémentaire pour profiter de la chaleur du feu, et de la protection de la caverne. Elle alimenta le foyer, avant de saisir un livre enfoui dans le bric-à-brac de son sac.

Avec sa couverture en cuir, ses pages très épaisses, le livre pesait au moins trois kilos. Délicatement, elle l’ouvrit. Les pages étant extrêmes fragiles, elle mesurait chaque geste lorsqu’elle les tournait. Les écrits contenus dans cet ouvrage n’étaient pas accessibles à tout le monde. La langue employée était ancienne et son apprentissage s’était perdu dans des temps reculés. Néanmoins, Morl-Dérin n’était pas comme tout le monde. Elle appartenait à une race très ancienne dont la population avait été décimée.

Alors qu’elle consultait un chapitre en rapport avec sa mission, elle entendit des grognements. Son oreille droite fendue, sur le haut, se dressa. Morl-Dérin referma le livre et délicatement posa sa main sur le poignard. Des griffes raclèrent la pierre, et Morl-Dérin se retourna lentement, tout en se redressant. Face à elle, une meute de loups de givre. Ils avaient la particularité d’avoir un pelage constamment gelé, qui leur donnait un aspect de cristal. Leurs canines supérieures ressortaient légèrement de la babine supérieure. Les oreilles en arrière, ils s’avancèrent vers la femme. Dans ces montagnes, il leur était difficile de trouver de la nourriture en abondance. C’était une aubaine pour ces quatre loups de tomber sur un dîner facile à chasser. La femme ne les lâcha pas du regard. Scrutant tous leurs faits et gestes. Le chef de meute grogna et leurs poils se hérissèrent, provoquant une poudre gelée. La femme pointa son doigt vers l’avant, et dans une langue antique prononça.

— Stop !

Les loups s’exécutèrent aussitôt.

— Assis ! ordonna-t-elle.Les loups écoutèrent. Morl-Dérin eut un sourire en coin, puis ses pupilles prirent l’apparence de celle des loups sanguinaires. Le lien était établi. Sur ses ordres, la meute resta dehors pour monter la garde. C’était une bénédiction pour elle, car ils pouvaient éventuellement la conduire à destination. À la nuit tombée, le blizzard continuait de régner dans cet endroit désertique.

— Il ne se calmera pas, fais-toi une raison, dit-elle.

Les loups de givre la fixaient avec respect. Elle leur répondit avec une tape affectueuse sur le museau. Inutile de les faire rentrer dans la caverne avec la présence du feu. C’était une espèce qui le détestait. C’était sans nul doute sa dernière soirée à l’abri dans ce lieu. Demain, elle affronterait de nouveau ce vent glacial. Déjà, elle rangea son sac, et enfila ses peaux.

Le lendemain, comme elle l’avait regretté, le blizzard restait tenace. Il lui sembla même encore plus teigneux qu’auparavant. Sa seule satisfaction fut de retrouver les loups de givre devant la caverne. Elle tenait en respect la meute. À cet instant, Morl-Dérin eut une idée, qui pouvait sûrement lui permettre d’atteindre sa destination. Le chef de meute se redressa, tandis que les autres patientèrent. Il arqua sa patte avant en signe de respect. Dans une langue bestiale, Morl-Dérin s’adressa à l’alpha.

— Veux-tu me conduire au temple des Exclus qui se camoufle dans cette neige ?

Le loup au pelage gelé se tourna vers ses confrères, mais Morl-Dérin le rappela à l’ordre.

— C’est moi que tu regardes !

La meute baissa la truffe montrant qu’elle avait compris le message. L’alpha cligna des paupières. Puis, il poussa un hurlement qui résonna dans les montagnes. Enfin, il se mit en marche et Morl-Dérin le suivit, le reste de la meute derrière. Cependant, elle resta attentive aux réactions des animaux. On ne sait jamais, ils pouvaient se rebeller à tout moment.

Le blizzard féroce la força à s’arc-bouter pour progresser. Elle resserra sa capuche autour de son visage. Alors que les loups de givre semblaient flotter au-dessus de la neige, Morl-Dérin s’enfonçait jusqu’aux genoux. Entravant de ce fait sa marche déjà bien laborieuse. Cependant, uniquement concentrée sur son objectif, Morl-Dérin brava ce froid avec ténacité. Le ciel était recouvert d’épais nuages gris, ce qui l’empêchait de savoir quelle heure précise il était.

Elle traversa une longue et large plaine blanche, sans âme qui vive. Les pas du chef de meute s’effaçaient presque aussitôt après chaque bourrasque. Morl-Dérin ne pouvait pas se permettre de lâcher son guide, car sans le loup, impossible de se repérer dans ce désert glacial. À chaque fois que le vent s’engouffrait dans sa capuche, elle croyait percevoir des voix entrer dans sa tête. Elles lui murmuraient des menaces, et d’autres choses atroces. À moins que cela ne fût que le fruit de son imagination. Après une longue marche, où Morl-Dérin ne faisait que claquer des dents, le chef de meute s’arrêta. Il huma l’air.

— Un problème ? lança Morl-Dérin dans cette langue étrangère.

Soudain, une main gigantesque surgit du sol, juste en dessous de l’alpha et l’attrapa. La meute grogna, en hérissant ses poils de glace. En un rien de temps, et malgré les gémissements du loup qui se débattait dans la poigne, l’animal fut brisé en mille éclats. Morl-Dérin était tétanisée par la peur, tandis que les autres animaux détalèrent au loin

— Revenez ! ordonna Morl-Dérin.

Sans succès. La peur les avait fait détaler. La terre se mit à trembler. Un grondement sourd s’éleva. Une seconde main tout aussi gigantesque émergea de sous le voile blanc. Une montagne s’éleva sous les yeux écarquillés de la chasseuse. La créature se mouvait sous la neige, et commença à se redresser. Morl-Dérin recula comme elle le put, empêtrée dans la poudreuse. Le dos arrondi, la créature sortit une tête à quelques pas de la femme. Ses orifices, où devaient se trouver ses yeux, tranchèrent le blizzard de leur couleur rouge. Un bruit de mécanique rouillée résonna dans la plaine, et la machine se redressa. Elle était enfoncée jusqu’à la taille, dans la neige. Mais n’en restait pas moins impressionnante du haut de ses dix mètres.

— Qu’est-ce que tu es ? tonna Morl-Dérin dans sa langue animale.

Comme elle n’obtenait aucune réponse, elle comprit rapidement que cette créature n’en était pas une. C’était une incroyable machine, ancienne certes, mais redoutable. Des conduits éclectiques s’illuminèrent, et ses bras soulevèrent une gerbe de neige. Morl-Dérin resta dans l’attente de ce qui allait se passer. Tandis que la machine scrutait les alentours. Là, Morl-Dérin fit un rapprochement entre son objectif et la présence de cet être. Elle n’était sans doute pas très loin du lieu de rendez-vous. Elle songea alors à contourner la curieuse machine, qui continuait de tourner sur elle-même pour détecter un intrus.

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Table des matières de Argus, La chute des Gardiens: Tome II

Ch. 1 Ch. 2 Ch. 3
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