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Couverture du roman Angela : Libertine, gagneuse, belle, talentueuse - Tome 1: La fugue

Angela : Libertine, gagneuse, belle, talentueuse - Tome 1: La fugue

Inspiré de faits réels, le quatrième roman de Bernard Bia nous plonge au cœur du 3e arrondissement de Marseille. Le récit suit le destin d'Angela, une jeune fille de dix-sept ans en pleine rupture. Rejetant catégoriquement l'existence rangée et le confort promis par ses parents, issus de la petite bourgeoisie provinciale, elle choisit de s'enfuir. Ce premier tome retrace les dix années qui suivent sa fugue. Quelles seront les répercussions de ce choix radical ?
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Chapitre 2

La fugue

Le village dormait encore quand Angela a enfourché sa bicyclette. La maison étant au bout d’une rue, personne ne l’a vu prendre la petite route qui traverse la forêt.

Aurevoir Guichen.

Elle sait qu’il est important pour elle de ne pas être vue. Elle se donne jusqu’à midi pour parcourir un maximum de chemin. Les moissons sont terminées, il n’y a pas beaucoup de monde dans les champs, elle privilégie les chemins de traverse. Elle s’est fixé un cap, le Sud-Est. Partant de Bretagne, c’est une longue diagonale qu’il va lui falloir parcourir.

8 h, le soleil pointe derrière une colline, la journée s’annonce chaude. Déjà une heure qu’elle roule l’entrée d’une forêt, elle fait une petite pause pour se rafraîchir et se soulager de son sweat-shirt. En ce petit matin, la futaie s’éveille. Les oiseaux sont déjà bien bavards sur les hautes branches. Le pinson réplique au « tit tut tit tut » de la mésange, le curieux rouge-gorge s’approche tout en picorant des insectes sur le sol et au plus haut des branches, les pigeons ramiers roucoulent des « rou-rou-rou-rou-rou ».

Mais Angela n’a pas le temps de s’attendrir de ce concert. Elle doit reprendre sa route. Un rapide coup d’œil à sa carte l’incite à continuer à longer la D 48. Elle a déjà dépassé Saint-Senoux, elle devrait avoir dépassé Bain-de-Bretagne avant midi. Mais elle doit franchir la Vilaine pour cela et elle le fera en utilisant le pont de chemin de fer, un peu risqué, mais plus sûr. Elle suit le ruisseau de la Frominette qui se jette dans la vilaine à proximité du pont de chemin de fer. À cet endroit, la Vilaine est large, le pont est long. Cachée, le long du remblai, elle attend le passage d’un train et attaque la traversée dès que le dernier wagon est passé. Ainsi, elle est certaine d’avoir le temps de franchir le pont sans avoir à s’inquiéter de l’arrivée d’un autre convoi.

Longeant la voie ferrée, elle s’engage sur la D 51 qu’elle va suivre jusqu’à Meyssac.

11 h, elle va se ravitailler dans une petite épicerie. Elle a troqué son d’jeans pour un short et passé un léger débardeur. Les cheveux noués en queue-de-cheval, lunettes de soleil, elle s’est donné un look de cyclotouriste en vacances. Une baguette, du jambon, une bouteille de boisson énergétique et quelques barres de céréales au chocolat. Elle ne s’est pas attardée dans le magasin. Avant de reprendre la route, Angela va faire une première dérogation à l’éducation familiale. Elle entre dans un bureau de tabac, s’acheter un paquet de Marlboro et un briquet. Pour la première fois de sa vie, elle va fumer une cigarette, pas maintenant, mais après déjeuner. Reprenant sa bicyclette. D 69, direction Grand-Fougeray, 14 kilomètres. Dans une petite clairière, elle a fait la pause déjeuner.

En fumant sa première cigarette, elle consulte sa carte, constate qu’elle n’a fait que 33 kilomètres. Elle misait sur une moyenne de 12 km/h, elle est un peu déçue. Elle ne fera pas une longue pause, il lui faut faire plus de route et ne pas musarder sur les chemins de terre. Elle veut rouler jusqu’à 19 h, avant de bivouaquer.

Itinéraire de l’après-midi, Grand-Fougeray, Nozay 22 kilomètres, puis Nort-sur-Erdre 20 km. Elle compte s’arrêter au bord de l’Erdre.

À l’entrée de Nort-sur-Erdre, elle s’arrête dans un Super U. Elle glisse un billet de 5 € dans les mains du vigile qui veillera sur sa bicyclette et son sac à dos pendant qu’elle fera ses achats.

Elle veut faire un bon repas ce soir. Quelques tomates, une boîte de petit salé aux lentilles, du camembert en portions, une petite boîte de sel, deux bouteilles de jus d’orange, une grande bouteille d’eau minérale, une grappe de raisin. Au rayon parfumerie, elle choisit une teinture pour cheveux, elle va devenir blonde.

Elle récupère Sac à dos et bicyclette et sort de Nort-sur-Erdre par la D 178, puis s’engage sur un chemin qui l’amène dans un bois au bord de l’Erdre.

Fin de la première étape. Elle prend le temps de souffler un peu, de faire le point assis au bord de l’eau un jus d’orange à la main.

Il est 19 h. Elle est à 71 kilomètres de chez elle. Ses parents sont maintenant rentrés à la maison depuis une heure. Ils ont forcément déjà constaté sa disparition. Ils vont avertir la gendarmerie qui va venir examiner les indices énumérés par ses parents. Ils vont rapidement retenir la thèse de la fugue, écartant l’enlèvement. Une fugue ne déclenche pas un branle-bas de combat, avec mise en place du dispositif enlèvement avec émission d’un message d’alerte par tous les médias, sur le réseau routier, dans les gares, sur Internet.

Ce qui inquiète Angela, ce sont les réseaux sociaux. Ses parents vont relater sa fugue sur Facebook avec diffusion de sa photo, cela sera partagé et ainsi diffusé dans tout le pays. Il faut qu’elle change de look.

Elle se choisit un coin dégagé, en retrait de la rivière et à l’abri des arbres pour installer son bivouac. Elle va d’abord manger, puis faire sa teinture, se laver et ensuite dormir.

Elle réunit trois grosses pierres, des herbes sèches, des brindilles et quelques morceaux de bois secs, pour faire son feu. Pas un gros feu, juste de quoi se faire à manger. Elle sort son petit matériel de cuisine prépare son repas. Au menu de ce soir deux tomates au sel, petit salé aux lentilles, un morceau de fromage, raisin. Avant de se coucher, elle se fera un café. Mais avant d’allumer le feu, elle se brosse les cheveux, prépare son mélange colorant et oxydant, se protège la peau avec de la vaseline stérilisée, relève ses cheveux jusqu’au sommet de crâne, puis commence à appliquer la teinture avec le pinceau. Angela a visionné plusieurs tutos sur Internet à ce sujet. Il faut 45 minutes, pour que la teinture prenne. Il est temps de manger.

Elle n’a pas pris de maillot de bain, aussi pour se rincer les cheveux, elle décide d’aller se baigner nue. La nuit est déjà tombée, l’eau est un peu fraîche mais elle prend plaisir à cette nouvelle sensation. Elle se sèche au coin du feu tout en préparant son café. Elle passe un caleçon, un sweat-shirt, fait sa vaisselle range son campement éteint le feu, déplie son tapis de sol, se glisse dans son sac de couchage, fume une cigarette, couchant dans son journal le récit de sa première journée, tout en écoutant la radio.

Angela est debout à 6 h, boit un grand verre de jus d’orange avec deux barres de céréales au chocolat, un short, un débardeur, elle est prête à partir pour une nouvelle journée. À son guidon, elle a accroché un sac en papier rempli des détritus de la veille, pour les jeter dans le premier container qu’elle trouvera au bord de la route.

Elle va obliquer sur le sud-est, direction Mauves-sur-Loire là où elle traversera la Loire, puis La Chapelle-Basse-Mer, la Boissière-du-Doré. 42 kilomètres, elle doit y être pour midi.

Peu de monde sur les routes, elle pédale allégrement laissant flotter aux vents, avec fierté, ses longs cheveux blonds.

Le pont qui franchit la Loire est en travaux et il est fermé à la circulation. Il faut faire un détour jusqu’à Thouaré-sur-Loire, franchir la Loire par la D 37, suivre cette route jusqu’à Le Landreau.

Angela y arrive peu après midi. Elle a fait un peu plus de chemin que prévu, mais elle est contente d’elle. C’est la fin du marché à Le Landreau. Elle s’achète une part de pizza et une bouteille d’eau bien fraîche, sort du bourg toujours sur la D 37 en direction de Vallet. Au premier coin d’ombre venu, elle fait sa pause déjeuner. Elle s’accorde une heure de repos, puis reprend son petit bonhomme de chemin. Il y a 40 kilomètres pour rejoindre Cholet. Elle va longer la N° 149, évitant ainsi le centre-ville et couper l’autoroute A 87. C’est son objectif pour ce soir.

Ravitaillement à Mortagne-sur-Sèvre, deux steaks hachés, un paquet de nouilles, du jus d’orange sans pulpe, une bouteille d’eau minérale. Arrivée au bord de l’autoroute, Angela cherche un point d’eau avec des sanitaires. Elle emprunte le petit chemin qui longe l’autoroute jusqu’à une aire de repos. Le coin lui est sympathique, boisé, au bord d’une prairie herbeuse. Elle pose vélo et sac à dos, se désaltère en fumant une cigarette assise sur un tronc d’arbre, puis prépare son bivouac. Avant de se faire à dîner, elle va aux toilettes et se rafraîchir.

En sortant des sanitaires, son attention est attirée par un aboiement. Attaché à un arbre, un chien appelle. Un Berger Belge à poils longs, un Tervueren d’environ trois ans la tête noire, le restant du pelage est fauve, une bête magnifique. Visiblement un animal abandonné par ses propriétaires sur le chemin des vacances. Angela connaît bien cette race de chien qui a la réputation d’être assez agressive. Le chien remue la queue de satisfaction à l’approche d’Angela, il lui lèche les mains, le visage et gémit de reconnaissance. Elle le détache et l’emmène jusqu’à la fontaine à eau pour qu’il puisse boire. Il avait grande soif, la pauvre bête. Elle retourne à son campement, le chien la suit d’instinct et se couche près du sac à dos.

Que vais-je faire de lui ? se demande Angela. Il a un collier, mais pas de plaque d’identification. L’abandonner et continuer mon chemin ? Pas question, il vient déjà d’être abandonné. Le confier à la SPA ? Impossible, ils me demanderaient mes papiers et des explications. Je vais le prendre avec moi décide-t-elle et je vais l’appeler « Le Chien », comme dans le film Alexandre le Bien heureux

Elle prépare son dîner qu’elle va partager avec Le Chien, lui sacrifiant un de ses steaks et augmentant la portion de nouilles. Il aura même droit à une portion de Camembert. Il se régale Le Chien qui reput se couche sous un arbre.

C’est une adoption réciproque, constate Angela en souriant. Elle dessine un croquis du chien dans son journal.

Cela change un peu la donne pour son voyage. En prenant son café avec une cigarette, elle réfléchit à ce qu’elle va faire maintenant, comment continuer avec Le Chien ?

Difficile de songer à le faire courir à côté de la bicyclette. Il faut écarter l’idée de l’auto-stop, elle est trop jeune et en plus avec un chien. Une idée lui vient. Rejoindre une ligne de chemin de fer, abandonner son vélo et monter dans un train de marchandises. La gare la plus proche est celle de Mauléon, à 15 kilomètres. De là, elle devrait pouvoir rejoindre Parthenay. C’est décidé. Demain matin au petit jour, reprendre la bicyclette et filer jusqu’à la gare de Mauléon.

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