
Angela : Libertine, gagneuse, belle, talentueuse - Tome 1: La fugue
Chapitre 3
Le jour n’est pas encore levé qu’Angela et Le Chien, à travers les chemins des champs, longent la N° 149 en direction de Mauléon. La gare est un peu à l’écart, il faut contourner le bourg. Un panneau déchetterie. Angela va y abandonner son vélo, prenant soin d’effacer toutes les possibilités d’identification. Il faut maintenant marcher. Le Chien est tout heureux de gambader autour de sa nouvelle maîtresse, prenant un bâton dans la gueule, lui apportant pour qu’elle le lui lance. À ce jeu, il est infatigable, mais il faut avancer. Il est un peu plus de 8 h lorsqu’ils arrivent à la gare. C’est quasi désert, pas un chat, pas une voiture, personne dans la rue. Les volets, les portes de la gare sont fermés. Sur le côté, cependant, un petit jardin. Une femme sort pour y étendre du linge.
— Bonjour, madame ! dites-moi, quand y a-t-il un train pour aller à Parthenay ?
— Eh ! Ma petite demoiselle, il n’y a plus d’arrêts ici à Mauléon, la gare est fermée depuis plus de 1976. Il faut aller à Cholet pour y prendre un train.
C’est la tuile. Évidemment, ce n’était pas indiqué sur la carte que la gare était fermée. Que faire maintenant se demande Angela ? Plus de bicyclette. Cholet, c’est à 25 kilomètres, au moins 7 h de marche. Tout à l’heure en passant sous la N° 249, elle a vu un échangeur routier, important avec notamment une aire de covoiturage. Il y avait aussi une station-service. Elle va tenter l’auto-stop auprès d’un routier. Il faut qu’elle se vieillisse un peu pour être plus crédible dans la fable qu’elle va essayer de faire passer auprès d’un routier. Dans une poche plastique, elle met des sous-vêtements propres, un tee-shirt, un d’jeans et sa trousse de toilette. En arrivant à la station-service, elle pose son sac à dos sur un banc près de l’entrée, attache Le Chien au pied du banc, sort une gamelle pour lui donner de l’eau.
— Ne bouge pas Le Chien. Tu gardes mon sac à dos, je reviens
Le Chien a compris. Il ne se couche pas, reste assis à côté du banc.
Angela entre, va à l’accueil et demande la clé pour avoir accès aux douches.
À la caisse, c’est un jeune homme d’une vingtaine d’années qui, avec un beau sourire, lui dit :
— Si vous avez besoin, je peux venir vous frotter le dos !
— Non, merci vous êtes gentil, mais je vais me débrouiller toute seule.
En revanche, si vous pouvez jeter un coup d’œil sur mon chien et au sac à dos, ça serait sympa.
— Pas de problème, mademoiselle, je l’ai dans mon champ de vision. Soyez tranquille.
Angela se douche, se change et passe au maquillage. Se fait les yeux, fond de teint, léger rouge à lèvres.
Sois séduisante mais pas trop.
Elle se fait une grosse natte, réajuste sa casquette, mets ses lunettes de soleil et retourne à la boutique.
— Wouaouh ! Superbe ! Qu’est-ce que je vous sers ?
— Merci ! Un café crème et deux croissants. Je vais faire un tour dans la boutique.
Une bouteille d’eau, des barres chocolatées, elle trouve même un paquet de croquettes pour Le Chien.
— Je reviens, je vais lui donner à manger.
— Il n’a pas bougé d’un poil depuis que vous êtes entré. C’est un bon chien de garde.
— Oui, mais il n’est pas commode quand on le dérange.
Le Chien apprécie les croquettes et l’eau fraîche.
— C’était parfait. Je vous dois combien ?
— Les croquettes 7 €, la bouteille d’eau 1.50 €, les cinq barres chocolatées 2.50 €
Le petit-déjeuner avec croissants 5 €. La douche est gratuite, ça vous fait 16 €.
Dites-moi, vous allez où comme ça ?
— Je descends rejoindre mon petit copain dans le sud.
— Le veinard ! Vous êtes véhiculée ?
— Non, je vais essayer de faire du stop.
— Faites attention à vous. Attendez, il y a un routier espagnol qui vient de s’arrêter.
Je le connais bien. Je vais lui demander de vous prendre
— Ah ! Ça, c’est vraiment gentil. Je vais attendre dehors avec Le Chien.
— Le jeune homme revient quelques minutes plus tard.
— C’est d’accord. Il peut vous laisser à Bordeaux, lui, il va à Bayonne.
— Un grand merci. Ça mérite une bise !
— Voilà une journée qui s’annonce belle pour moi. Bon voyage.
Une demi-heure se passe. Le routier a fini son petit-déjeuner, il va reprendre la route.
— Ola ! Eres tu el que hace auto-stop ?
— Si, pero tango mi perro.
— No hay problema, puedo llevarte a Burdeos.
— Muchas gracia. No hablo mucho español.
— Et moi, je parle un peu français. Mon prénom c’est Juan.
— Et moi, c’est Angela.
La cabine est assez haute et Angela doit aider Le Chien à monter. Elle semble un peu méfiante la pauvre bête. Première fois qu’elle monte dans un si gros camion sans doute
— Il est neuf heures et demie. Nous serons à Bordeaux vers treize heures trente.
Je ne vais pas m’arrêter pour manger. Vous n’aurez pas faim ?
— Non, j’ai bien déjeuné et Le Chien aussi. Ne vous inquiétez pas pour nous.
— Vous allez faire quoi dans le midi ?
— Je vais rejoindre mon petit copain qui est en vacances aux Saintes-Maries-De-La-Mer.
— Vous avez quel âge Angela ?
— J’ai 17 ans, je viens d’avoir moi BAC.
— Vous êtes en avance, normalement le BAC ce n’est pas à 18 ans ?
— Oui, mais j’ai sauté une classe à la fin de l’école primaire.
— J’ai une fille de votre âge. Je n’aimerais pas qu’elle soit ainsi sur les routes.
— Mes parents non plus, mais ils sont en voyage d’affaires en Australie, moi je devais garder Le Chien. Alors, je profite de l’occasion pour aller retrouver mon petit copain. Vous transportez quoi dans votre camion ?
— Là, je redescends à vide, j’ai livré des fruits et légumes à la plateforme logistique de Super U à Nantes.
— Et vous faites combien de kilomètres par an ?
— Environ 150 000.
— Vous n’êtes pas souvent à la maison alors !
— Non, en général du vendredi soir au dimanche à midi. Je vais avoir bientôt 53 ans. Dans sept ans, je prends ma retraite.
— Vous faites un dur métier et avec les risques d’accident, ce n’est pas facile.
— Oui, mais j’aime ce métier. Nous approchons de Bordeaux. Je vous dépose où ?
— Près de la gare si cela ne vous fait pas faire un gros détour ?
— Non, je vous descendrai à Pessac. Vous serez à moins de 15 minutes de la gare de Bordeaux Saint-Jean.
— Merci, ce voyage en votre compagnie a été très agréable.
— Ne me remerciez pas, grâce à vous le temps m’a paru moins long.
Il y avait beaucoup de circulation dans l’agglomération de Bordeaux. À 14 h, Juan stoppait son camion.
— Voilà Angela vous êtes arrivée.
— Le Chien et moi, nous vous remercions beaucoup Juan.
— Faites attention à vous jeune et belle demoiselle.
— Ne vous inquiétez pas pour moi, Juan. Le Chien me surveille.
Ce n’est pas Bordeaux Saint-Jean qui convient à Angela. Il faut qu’elle aille à la gare de triage d’Hourcade à Bègles. Une bonne trotte à pied, mais elle n’est pas pressée. Elle va faire un peu de ravitaillement au drive d’un Lidl. Eau minérale, jus de fruit de quoi se faire un bon gros sandwich pour ce soir, des croissants pour demain matin et un réchaud camping-gaz avec deux recharges. Elle ne pourra pas faire de feu ce soir. Elle arrive à la gare d’Hourcade aux environs de 5 h et sur une hauteur, à l’abri d’un petit bosquet, commence à observer ce qui se passe sur les voies. Les cheminots préparent les convois. Ils vont chercher, on ne sait pas où, deux, trois, parfois cinq wagons, parfois un seul qu’ils accrochent bout à bout. Il y a des wagons couverts avec des portes coulissantes, des plats soit vides soit avec des véhicules dessus, des wagons-tombereaux, des citernes, des wagons trémies, des wagons bâchés et pour finir une ou deux motrices.
Cinq convois sont en préparation. Reste à savoir leurs destinations et les heures de départ.
Angela va attendre le départ des cheminots pour aller voir.
Elle prépare son sandwich, donne des croquettes et à boire au Chien, ouvre une bouteille de jus de fruits. Pendant que l’eau pour son café chauffe, elle sort de son sac à dos un sweat-shirt à capuche et sa torche électrique. C’est une puissante Maglite à LED éclairant jusqu’à quatre cents mètres, qui pèse 500 g et mesure 25 cm. Une bonne matraque si besoin est.
Café, cigarette, le sac dissimulé dans les basses branches d’un arbre et c’est parti.
Elle longe le premier convoi, direction Nantes. Pas envie d’y retourner se dit Angela. Le deuxième, direction Marseille, via Toulouse et Nîmes. Départ 5 h demain Matin. Ça, c’est le bon. Il faut maintenant choisir un wagon. Soudain !
— Eh ! Toi la meuf. Tu cherches quoi là ?
Angela sursaute et se retourne pour être face à un jeune garçon d’à peine 20 ans.
— En quoi cela te regarde ? s’enhardit-elle, voyant le chien assis deux mètres derrière le garçon, prêt à bondir.
Continue à d’adresser à moi sur ce ton et mon petit camarade derrière toi va te faire comprendre la politesse.
Le garçon interloqué se retourne et Le Chien montre les dents en grognant.
— Attends, calme-toi, excuse-moi et surtout retiens ton chien.
— Ici Le Chien, sage. Et toi, tu fais quoi ici ?
— Je cherche un train pour Marseille.
— Alors, tu es comme moi, mais moi, je ne vais pas jusqu’à Marseille. Tu as l’habitude de ce genre de voyage ?
— Je l’ai déjà utilisé à plusieurs reprises. Il n’y a pas beaucoup de risques. Les effectifs des cheminots ont bien diminué et les trains ne sont pas beaucoup surveillés. À l’heure du départ, il y a juste un mécanicien qui vient s’assurer que tous les systèmes de freinage sont bien branchés.
— Tu as des bagages ?
— Oui un sac qui est caché dans un transformateur.
— Moi, j’ai mon sac à dos caché dans le bosquet plus haut.
— Si tu veux, on fait le voyage ensemble ?
— Ça me va. Tu as choisi un wagon ?
— Non et toi ?
— Il y a des wagons à portes coulissantes qui sont vides, les portes ne sont pas cadenassées. Ça fera un peu western !
— OK. C’est bon pour moi, va chercher ton sac.
— On va attendre le matin en buvant un café.
Ils discutèrent toute la nuit, ne voulant pas succomber au sommeil au risque de ne pas se réveiller à temps. Ce soir, elle n’a pas écrit dans son journal.
Vous aimerez aussi





