
Amélie: Le Pacte de l'Argent
Chapitre 2
Ma meilleure amie, Chloé, a posé son verre de vin avec un bruit sec sur la table basse.
« Amélie, pour la centième fois, largue ce type. »
J'ai souri en remuant la sauce dans la casserole, une odeur d'oignons et de tomates remplissant mon petit appartement parisien.
« Chloé, sois gentille. Louis a juste besoin de temps. L'amnésie, c'est compliqué. »
« L'amnésie ? Mon œil ! » s'est-elle exclamée en se levant pour faire les cent pas. « Il est beau, c'est vrai. Mais il squatte chez toi depuis trois mois, ne paie rien, et prétend avoir perdu la mémoire. Ça ne te semble pas être la définition parfaite d'un gigolo ? »
J'ai haussé les épaules, jouant la carte de la jeune femme amoureuse et un peu naïve.
« Il n'est pas comme ça. Il est doux, il est attentionné. »
Chloé a levé les yeux au ciel.
« Il est attentionné parce que tu lui offres le gîte et le couvert ! Réveille-toi, Amélie. Tu mérites mieux qu'un parasite, même s'il a des abdos parfaits. »
J'ai continué à sourire, mais intérieurement, je jubilais. Chloé jouait son rôle à la perfection, sans même le savoir. Elle était la voix de la raison, l'amie inquiète que toute fille dans ma situation devrait avoir. Si seulement elle savait que j'étais parfaitement d'accord avec elle.
Larguer Louis ? Il n'en était pas question. Pas avant d'avoir touché le jackpot.
Ce soir-là, après que Chloé soit partie en secouant la tête de désespoir, Louis est rentré. Il portait un simple t-shirt blanc et un jean usé, le genre de tenue qui criait « étudiant fauché ». Il avait l'air fatigué.
« Ça a été, ta journée de recherche d'emploi ? » ai-je demandé avec une douceur mielleuse.
Il a hoché la tête, un air sombre sur son visage magnifique.
« Rien de concluant. C'est difficile sans souvenirs, sans papiers... »
Je l'ai pris dans mes bras, lui caressant le dos.
« Ne t'inquiète pas. Tout va s'arranger. Reste ici aussi longtemps que tu le voudras. »
Il m'a serrée plus fort.
« Tu es un ange, Amélie. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi. »
J'ai failli éclater de rire. Un ange, moi ? J'étais tout le contraire.
Plus tard dans la nuit, alors que je faisais semblant de dormir, je l'ai entendu se lever. Il est allé sur le petit balcon qui donnait sur la cour intérieure. J'ai tendu l'oreille, mon cœur battant non pas d'angoisse, mais d'une excitation pure.
C'était le moment que j'attendais.
Sa voix était basse, complètement différente de celle, douce et hésitante, qu'il utilisait avec moi. Elle était froide, autoritaire.
« Tout est en place ? »
Une pause. Il écoutait son interlocuteur à l'autre bout du fil.
« Bien. Maintenant que ces poissons ont mordu à l'hameçon, il est temps de rentrer et de ramasser le filet. L'opération a assez duré. »
Mon corps tout entier a frémi de joie. Le filet. J'étais le petit poisson qui attendait s'être fait ramasser.
Puis, j'ai entendu la voix de son assistant, étouffée par le téléphone, mais la question était claire.
« Et Mademoiselle Dubois, qu'allez-vous faire d'elle ? »
Le rire de Louis a été court et méprisant.
« Elle ? Elle est obsédée par l'argent. Un chèque suffira à la faire partir. Elle ne fera pas de vagues. »
J'ai enfoui mon visage dans l'oreiller pour étouffer un cri de pur bonheur. J'ai dû mordre le tissu pour ne pas rire aux éclats.
Obsédée par l'argent ? Oh, oui. Totalement.
Et ce chèque, j'allais m'assurer qu'il soit assez gros pour acheter la moitié de Paris.
J'allais enfin devenir riche.
Pendant les jours qui ont suivi, j'ai continué ma comédie. Je lui préparais ses repas, je lavais ses vêtements, je l'écoutais se plaindre de son « amnésie » avec une patience infinie. Chaque geste de fausse tendresse était un investissement.
Je l'ai même suivi une fois, juste pour être sûre. Il a rencontré son « assistant » dans un café chic près des Champs-Élysées. L'assistant, un homme en costume impeccable, lui a tendu une mallette. Louis l'a ouverte, a vérifié le contenu, et a hoché la tête avec un air de patron. Pas l'ombre d'un amnésique fauché.
Le soir, il revenait dans mon petit appartement, reprenait son rôle de pauvre homme perdu, et me regardait avec des yeux pleins d'une fausse adoration.
C'était presque comique.
La conversation finale, celle qui a scellé mon destin, a eu lieu une semaine plus tard. Encore une fois, sur le balcon, au milieu de la nuit. J'étais devenue une experte pour faire semblant de dormir.
« L'accord est finalisé. Grand-père est satisfait, » a dit Louis, sa voix tranchante comme une lame.
« Excellent, Monsieur Bernard. Pour Mademoiselle Dubois, le montant du chèque ? »
Il y a eu un silence. J'ai retenu mon souffle. Allez, Louis, ne sois pas radin.
« Laisse-le en blanc, » a-t-il finalement dit, avec une pointe d'agacement. « Qu'elle écrive ce qu'elle veut. Ça m'est égal. Je veux juste qu'elle disparaisse de ma vie. Elle n'est qu'un détail insignifiant. »
Un détail insignifiant.
Un chèque en blanc.
J'ai cru que mon cœur allait exploser. J'ai dû me concentrer pour ne pas sauter du lit et danser la gigue.
Cette nuit-là, je n'ai pas dormi. Je suis restée allongée, les yeux grands ouverts dans le noir, un sourire immense étiré sur mon visage. Je repassais en boucle les mots « chèque en blanc ». Je pensais aux robes de haute couture, aux appartements avec vue sur la Seine, aux voyages en première classe.
Je pensais surtout à ma revanche. Une revanche si douce et si lucrative.
Louis Bernard, l'héritier charismatique et manipulateur, pensait me jeter comme une vieille chaussette avec un peu d'argent.
Il n'avait aucune idée que c'était exactement ce que j'attendais depuis le début. Il n'avait aucune idée que j'allais le plumer jusqu'au dernier centime, et le faire avec le plus grand des plaisirs.
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