
Amélie: Le Pacte de l'Argent
Chapitre 3
Si Chloé ou n'importe qui d'autre avait connu ma vie antérieure, ma réaction aurait semblé parfaitement logique.
Car oui, j'étais morte une fois. Et j'étais revenue.
Dans ma première vie, j'étais Amélie Dubois, la romantique, la naïve. Une jeune étudiante en design de mode qui croyait aux contes de fées. Et mon prince charmant s'appelait Louis Bernard.
Notre rencontre, la première fois, avait été identique à celle-ci. Je l'avais trouvé sous la pluie, désorienté, prétendant avoir perdu la mémoire. Mon cœur de midinette n'avait fait qu'un bond. Un bel inconnu en détresse ? C'était le début d'une grande histoire d'amour, j'en étais sûre.
Je l'avais recueilli, soigné, aimé. J'avais vidé mon maigre compte en banque pour lui acheter des vêtements, pour le nourrir. Je croyais en lui, en nous. Il était mon monde. Je dessinais des robes de mariée en pensant à lui, en rêvant du jour où je porterais l'une d'elles pour lui.
Puis, un soir, des voitures noires et luxueuses s'étaient arrêtées devant mon immeuble modeste. Des hommes en costume en étaient sortis. Louis, mon Louis fauché et amnésique, s'était redressé. Son expression avait changé, devenant froide et distante.
Il était Louis Bernard, l'unique héritier du puissant groupe Bernard.
Son grand-père, un vieil homme au regard d'acier, m'avait toisée de haut en bas, comme si j'étais une ordure sur son soulier verni.
Ils m'avaient offert de l'argent pour que je disparaisse. Une somme qui, à l'époque, me paraissait astronomique.
Mais j'étais amoureuse. Tellement amoureuse et stupide.
« Je ne veux pas de votre argent, » avais-je sangloté. « Je veux Louis. »
Je n'oublierai jamais le regard de Louis à ce moment-là. Pas de la pitié, pas de l'amour. Juste un mépris glacial. Un amusement cruel. Comme si j'étais un insecte particulièrement stupide qu'il venait d'écraser.
Il est parti sans un mot, me laissant en larmes au milieu de mon petit appartement qui sentait soudain la pauvreté et l'humiliation.
Mais je n'ai pas abandonné. J'étais folle. J'ai utilisé les médias, j'ai raconté notre histoire, j'ai prétendu être enceinte. Je voulais le forcer à revenir, le forcer à m'aimer.
Et d'une certaine manière, j'ai réussi. Pour éviter le scandale, la famille Bernard a accepté le mariage.
Ce fut le début de mon enfer.
Mon mariage n'a été qu'une longue et douloureuse torture. Louis me méprisait. Il m'ignorait, m'humiliait en privé et en public. Il rentrait tard, l'odeur du parfum d'autres femmes sur ses vêtements. Sa maîtresse, une mannequin célèbre nommée Sophie Laurent, ne se cachait même pas. Elle m'envoyait des photos d'eux, m'appelait pour me narguer.
Louis, lui, s'amusait de ma douleur.
« Tu voulais être Madame Bernard, non ? » me disait-il avec un sourire sadique. « Alors assume. C'est le prix à payer. »
Il a retourné l'opinion publique contre moi. De la pauvre fille abandonnée, je suis devenue la croqueuse de diamants, la femme avide qui avait piégé un riche héritier. Personne ne croyait à ma souffrance. Mes parents eux-mêmes étaient gênés, me suppliant de supporter en silence pour préserver le peu de dignité qu'il me restait.
J'ai sombré. La dépression m'a dévorée de l'intérieur. Les couleurs ont disparu, la nourriture n'avait plus de goût. Mon seul rêve, le design, est devenu une source de douleur. Chaque robe que je voyais me rappelait celle que j'avais rêvé de porter pour lui.
Un soir, après une humiliation de trop lors d'un dîner de gala où il m'avait présentée comme « son petit accident de parcours », je suis rentrée dans notre immense et froide maison.
J'ai regardé mon reflet dans le miroir. Je ne me reconnaissais plus. J'étais une coquille vide, un fantôme.
L'amour m'avait tuée.
Alors, j'ai mis fin à mes jours. Un geste calme, désespéré. Ma dernière pensée a été pour le regard méprisant de Louis.
Et puis, je me suis réveillée.
J'étais de retour dans mon petit appartement d'étudiante, trois mois avant ma première rencontre avec lui. Le soleil filtrait à travers les rideaux. J'étais jeune, j'étais en vie. Et surtout, j'étais libre.
La première chose que j'ai faite a été de pleurer. Pas de tristesse, mais de soulagement. La seconde a été de rire. Un rire un peu fou, libérateur.
J'avais une seconde chance.
Et cette fois, je n'allais pas la gâcher pour un homme. Cette fois, je n'allais pas choisir l'amour.
J'allais choisir l'argent.
Toute la naïveté, toute la romance en moi étaient mortes dans ma vie précédente. Ce qui restait était une femme pragmatique, résiliente, avec une seule obsession : devenir si riche et si puissante que plus personne, jamais, ne pourrait me traiter comme un « détail insignifiant ».
Mon plan était simple. Revivre le scénario, mais en en connaissant la fin. Accueillir le faux amnésique, jouer la comédie de l'amour, et attendre patiemment le chèque.
Cette fois, quand ils me le proposeraient, je ne pleurerais pas. Je ne suppliera pas.
Je le prendrais. Et j'écrirais dessus un chiffre avec tellement de zéros qu'il leur donnerait le vertige.
L'amour ? C'est pour les imbéciles. Moi, je voulais l'indépendance. Je voulais le pouvoir. Je voulais construire mon propre empire, brique par brique, robe par robe.
Et Louis Bernard, sans le savoir, allait en être le premier et le plus généreux investisseur. Sa cruauté passée allait financer ma gloire future.
C'était une ironie délicieuse.
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