
Ainsi soit-il
Chapitre 2
Chapitre 2 : Confessions
***Néhémie N’TCHALLY***
[Toc toc]
[Toc toc]
Moi : O'MBOULA, ouvres cette porte ou je la casse !
Moyia : ...
Moi : Tu es rentrée des cours à 11h et tu t’es enfermée dans la chambre depuis neuf heures de temps. Tout ça, sans manger ni boire, rien de rien. Que se passe t-il ? [Bougeant la poignée] Stp ouvres. Je commence à m'inquiéter.
Moyia (de l’autre coté de la porte) : Je n'ai pas faim maman. Ne t’inquiète pas. Je suis juste un peu... fatiguée
Moi : Ouvres un peu, stp.
J'ai attendu quelques minutes, avant d’entendre la clé tourner dans la serrure. Sa chambre étant plongée dans l'obscurité, je n'ai donc pas eu le temps d’apercevoir son visage en poussant la porte. À peine, j’appuyais sur l'interrupteur, qu'elle glissait sous la couette.
Je passe rapidement les paumes de mes mains sur mes bras.
Ce froid. Cette petite, aime descendre la température de la climatisation au niveau le plus bas. N’en parlons pas de la musique qu'elle écoute, c'est juste à rendre fou. J'ai arrêté le split, baissé le volume de la musique avant d’aller la retrouver dans le lit. Elle s’est un peu poussée pour me faire de la place. Je me suis couchée près d’elle, sans parler.
Moyia est ma petite dernière. Avant son frère Dymine et elle, j'ai eu 5 filles. Lorsque j'ai fait la connaissance de leur père, j'étais sûre d'une chose, ce que des enfants je n'en voulais plus, surtout que je n’avais eu que des filles. Alexander et moi, nous sommes mariés six mois après notre rencontre. Au bout d’un an, je donnais naissance à des triplés, des garçons. Ma joie fut de courte durée car des trois, il n'eut que Dymine qui survécut.
DIEU m'avait enfin donné des garçons mais j'en avais perdu 2 du coup. Cela a failli m'achever. J'ai pourtant dû me relever et prendre sur moi car celui qui était resté, avait besoin de moi. Alexander et moi, avons retenté le coup et 3 ans après, naissait Moyia. Quand j'ai vu que c'était ENCORE une fille, je me suis faite ligaturer les trompes, au grand dam de mon mari qui en voulait d’autres.
Moyia, c’est mon bébé, mon trésor. Je la trouve fascinante, belle comme un ange. Une véritable force de la nature. Une lumière, qui ne passe pas inaperçue où qu’elle aille. Elle a beaucoup pris de son père sauf la taille. Elle est quasiment naine [rire]. Non je rigole, elle a une taille normale pour le pays.
Elle laisse échapper un soupir. C’est alors que je tire brusquement sur la couette pour voir son visage mais elle se cache la face avec les mains.
Moi : Tu peux me dire ce qui te tracasse ?
Moyia : Rien. Il n’y a rien.
Moi (retirant ses mains de son visage) : Qu’y a-t-il Mo ?
Moyia (regard fuyant) : Y a rien maman, je t'assure.
Moi : Tu sais que tu peux tout me dire, n’est-ce pas ?
Moyia (baissant ses paupières) : Je sais.
Moi (lâchant ses mains) : Ok ! Je serai dans ma chambre quand tu voudras parler [petite voix] d’accord ?
Moyia (faisant oui de la tête) : ...
J’ai quitté le lit.
Moi (me retournant pour la regarder) : Maintenant, je veux juste que tu fasses un truc pour moi.
Moyia (levant les yeux vers moi) : …
Moi : Prends une bonne douche et manges un peu. Ok ?
Je quitte la chambre après qu’elle ait acquiescé avec un mouvement de la tête.
[Soupir]
Je suis Néhémie. J’ai 49 ans pour 1m68 et 64 kilo. Je suis très claire de peau avec des traits très fins. Je suis mariée et j’ai 5 enfants et plusieurs petits-enfants. Tous sont bien portants, DIEU merci.
Je me suis mariée à 3 reprises. L'alcoolisme suivi de la violence de mon 1er mari, ont eu raison de notre mariage. Je porte l’entière responsabilité de l’échec de mon 2ème mariage, celui avec Alexander, le père de Moyia et Dymine. On s’est séparés il y a de cela 11ans et ça va faire 8ans que j’ai dit oui, à mon actuel mari.
Je crois, du moins je l’espère que cette fois, c’est la bonne. Puisse cette union durer jusqu’à ce que la mort nous sépare. Pour la petite histoire, mon mari actuel fût mon 1er amour. On a été séparé lorsqu'il est allé continuer ses études à l’étranger en me laissant enceinte et dans un désarroi absolu. Je n’avais que 14ans.
On s’est perdu de vue et quand il est revenu, j’étais dans mon cycle infernal de mariages toxiques et ratés. C’est le suicide de notre enfant [ma fille ainée] qui nous a de nouveau rapprochés. Aujourd'hui, nous sommes ensemble et j'essaie d'être une bonne mère, une bonne grand-mère et une bonne épouse, laissant le passé et tout ce qu'il a eu de douloureux, derrière moi.
[Toc toc toc]
Moyia (derrière la porte) : Maman tu dors ?
Moi : C’est ouvert.
Moyia (ouvrant et passant la porte) : J'espère que je ne te dérange pas ?
Moi (enlevant mes lunettes de couture) : Non.
Je lui fais de la place près de moi sur le lit et elle vient se poser près de moi.
Moyia : Que fais-tu ?
Moi : Je suis entrain de rafistoler une vieille robe.
Moyia : Ah ok.
Moi (la fixant) : Et toi ça va ?
Moyia (fuyant mon regard) : Ça va.
Moi : Dis-moi ce qui te tracasse hum ma puce.
Je dépose tout ce que j’ai en main.
Moi : Si tu ne me dis rien, je ne pourrai pas t'aider. [Sourire pour l’encourager] Allez vas-y mon ange.
Moyia (de but en blanc) : Pourquoi tu as parlé de ma situation à Titille ?
Moi (clignant des yeux, surprise) : Mais…qu'est-ce que tu racontes ?
Moyia : Tu lui as dit pour ma maladie. Tu […]
Ma fille n’arrivait plus retenir ni ses larmes ni la morve qui lui sortait du nez.
Moyia : Ça ne peut être que toi qui lui en as parlé. Maintenant tu vois comment ça [hoquetant] ça se retourne contre…contre... moi ?
Je me lève et sors de la chambre pour revenir avec un verre d'eau glacée, que je lui somme de boire. Chez moi, c'est comme ça que l'on fait passer la colère, la tristesse ou les larmes.
Je me rassois près d’elle.
Moi (passant ma main dans son dos) : Et si tu me racontais ce qui s'est passé…le plus calmement possible… pour que je puisse comprendre.
Moyia (prenant une longue inspiration) : Excuses-moi pour tout à l’heure [s'essuyant les yeux] Tu te rappelles de… euh…Reka…mon condisciple de classe, non ?
Je lui prends le verre vide des mains.
Moi (oui de la tête) : ...
Moyia : Donc euh… la mère de Reka, Mme BEKALÉ et Titille sont amies.
Moi : …
Moyia (Regard fuyant) : Bon, pour le taquiner, sa mère a eu à dire à Titille qu'elle pensait que son fils était amoureux de moi.
Moi : Huhum.
Moyia : Après que Titille se soit assurée qu'il s'agissait bien de moi [voix tremblante] ce qu'elle a dit ohh maman…
Elle se remet à pleurer.
Moi : Titille a dit quoi ?
Moyia : Elle a demandé à la mère de Reka, de tout faire pour couper court à notre idylle… par... parce que…
Moi (plissant mes yeux) : Parce que quoi ?
Moyia (pleurant de plus belle) : parce que je…
Moi : Oui ?
Moyia : parce que je suis stérile.
Mon cœur a raté un battement. Je me suis levée si vivement que le verre que je tenais dans la main, m’a échappé et s’est brisé au sol.
Moi (voix étranglée) : Titille a dit ça ?
Moyia hoche la tête.
Moi : Tu es sûre de ça Mo ? Parce que c’est très grave ce que tu dis là.
Moyia (levant ses yeux bouffis vers moi) : C'est Reka qui me l'a dit. Il était présent lorsqu'elle l’a dit à sa maman. Il n’a pas pu l’inventer…
Je me plaque la main sur la bouche. Je n'en reviens pas. Je m'étais confiée à Titille comme à une sœur, une mère, une amie, une femme. De là à ce qu'elle retourne cela contre ma fille.
[Les mains sur la tête]
Je me rappelle encore comme si c'était hier, de combien les conclusions du médecin, concernant les analyses des énormes kystes ovariens prélevés lors de l'ovariectomie qu'avait subie Moyia, m'avaient chamboulée.
.
Flashback
Docteur OBAME (respirant fortement) : Prenez place Mme MAMBOU.
Moi (m’asseyant en face de lui en tremblant) : Merci Docteur OBAME.
Dr O (me regardant droit dans les yeux) : Je vais être sincère avec vous, du fait de votre appartenance au corps médical.
Moi (soutenant son regard) : Merci Docteur.
Il prend une feuille sur laquelle il y a l’image de l’appareil génital féminin. Et c’est à l’aide d’un stylo qu’il fait glisser sur l’image qu’il me montre de quoi il s’agit.
Dr O : Nous avons d'abord procédé à une kystectomie sous anesthésie générale. Il s'agissait de très gros kystes organiques, qui avaient malheureusement provoqué, d'après ce que l'on a pu constater au cours de l’intervention, une torsion considérable des 2 ovaires.
Moi : …
Dr O : La torsion a empêché l'irrigation des ovaires pendant trop longtemps. Résultat, ils se sont nécrosés.
Moi (nœud à la gorge) : ...
Dr O (soufflant) : Je n’avais jamais vu ça de toute ma carrière.
Moi (au bord des larmes) : …
Dr O : Nous avons donc dû procéder à une ovariectomie [ablation des ovaires].
Moi (me pinçant les lèvres pour m’empêcher de pleurer) : …
Dr O : Comme je le disais tantôt, les kystes prélevés étaient très gros. Le ventre de votre enfant, distendu. [Me regardant fixement] J'ai maintenant une question pour vous Mme MAMBOU.
Moi (les larmes aux yeux) : …
Dr O : Pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour amener votre fille à l'hôpital, vu l'énormité de son ventre ?
Moi : Docteur, je…je… croyais que ma fille était… qu’elle était enceinte et qu'elle nous le cachait...
Le Docteur OBAME frappe sur son bureau avec le plat de la main.
Moi (sursautant) : …
Dr. O (me tutoyant directement) : Néhémie mais enfin ! Une autre personne mais pas toi ! Qui plus, est du domaine !
Moi (baissant la tête) : …
Dr O (baissant d’un ton) : À supposer même que cela avait été le cas, il n'aurait pas été plus judicieux d’emmener ta fille voir un gynécologue-obstétricien ? Si cela avait été une grossesse comme tu le pensais, ton enfant n'aurait donc pas été suivie ? Non ?!
Moi (voyant l’énormité de ma bêtise) : Je ne sais pas. Je…je...je crois que j'étais trop déçue et en colère. Je repensais à moi, qui étais tombée enceinte au même âge. Je…je… ne sais pas trop ce que j'avais en tête... juste qu'elle avait 13 ans. Je me répétais juste ça et...
Le docteur Obame s’appuie au dossier de son fauteuil, l’air dépité
Dr O : Voilà où cela nous a conduit. Ta fille de 14 ans n'a plus ses trompes de Fallope ni ses ovaires et son utérus. Elle n'a même pas encore commencé sa vie sexuelle qu'elle est déjà confrontée à la pire des choses qu'une femme puisse vivre sur cette terre. [Petite pause] Ne pas pouvoir avoir d'enfants naturellement.
Un vrai coup de massue. Je me suis effondrée en écoutant ces phrases.
Dr O (voulant se rattraper) : Je ne dis pas qu'elle n'en fera pas. De nos jours, la médecine fait des progrès extraordinaires et [...]
- Mon enfant, ma fille, mon bébé… mais que faire ? Où aller ? Mon DIEU ! Et c'est de ma faute, de ma faute ! Je ne cessais de me répéter.
Le Docteur OBAME parlait mais je l’entendais comme dans un brouillard.
Dr O (reprenant à me vouvoyer) : Néhémie ressaisissez-vous ! Votre fille est encore en Réa. Elle a et aura besoin de vous. Si vous vous effondrez maintenant qu'adviendra-t- il d'elle ? Séchez vos larmes, je vous en prie.
Lorsque je suis remontée en Réa [c’était l'étage au dessus] je me suis d'abord rendue aux toilettes pour me rincer le visage et reprendre contenance. Je suis ensuite allée au chevet de ma fille.
Titille est passée juste après et c'est dans cet état d'extrême désarroi que je m’étais confiée à elle. Je me rappelle qu’elle avait su me remonter le moral, en me faisant comprendre que ce n'était pas la fin du monde. C’est elle qui m’avait parlé d'adoption et de l'option de mère porteuse. J'avoue que cela m'avait remis un peu du baume au cœur. Alors qu’on me dise ce qui s’est passé pour que la même Titille s’en serve aujourd'hui pour faire du mal à moi mon enfant. Je me suis creusée les méninges pour voir où je l’avais heurtée mais je ne trouvais rien.
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