
You Made Me Mad
Chapitre 2
J'aurais voulu m'enterrer vivante. Combien de probabilités y avait-il pour que je bouscule un type ce matin, qu'il soit extrêmement agaçant, qu'on se retrouve dans la même classe et surtout, qu'on soit à côté ?! Je vais vous le dire, c'était proche de zéro et, encore une fois, c'est sur moi que le destin fait ses griffes !
Il me sembla qu'un long moment s'était écoulé pendant que je m'efforçais de sortir mes affaires et de regarder mon voisin de table à la dérobée. Du coin de l'œil, je voyais tous les autres élèves rentrer et s'approprier les places vides. Je ne me sentais pas de glisser un regard vers Lana. En fait, je savais déjà ce que ses yeux me diraient, "que j'étais foutue". Et ça, et bien je l'avais deviné. Surtout que mon cher camarade ne me regardait pas avec une très grande sympathie.
- Edwige..., lâcha-t-il finalement comme si il testait l'efficacité de mon prénom.
Son regard me transperçait à nouveau. Est-ce bien humain d'avoir les yeux aussi glacés ?
- Eyden, l'imitai-je insolemment.
La fille assise devant lui se retourna vers nous.
- Cassandre, chuchota-t-elle sur un ton mi blasé, mi irrité. Bon, vous comptez vous asseoir après les présentations ? On vous attend, là.
C'est à ce moment que je pris conscience de tous les regards tournés vers nous. On était les seuls abrutis encore debout, génial. Heureusement, la prof avait le nez dans ses fiches et ne semblait pas avoir remarqué. Je m'assis en vitesse et Eyden fit de même.
Le début des deux heures se passa sans accro ou presque. On nous avait distribué tout un tas de documents à faire signer dans la joie et la bonne humeur. Au bout d'un instant, mon voisin de table bien aimé intercepta une feuille verte qui devait me revenir et commença à lire à voix haute.
- Edwige Dinah Maria Clark... Née le 26 décembre...
Je sautai presque de ma chaise pour lui prendre la fiche des mains.
- Mais arrête ! m'exclamai-je. Rends la moi !
- Encore 15 ans ? T'es jeune.
Putain mais on est de la même année... Il m'envoya balader à chaque fois que j'essayai d'atteindre la feuille et continua de lire, imperturbable.
- Adresse : 2 rue du...
- Mais tais toi ! Rends moi ça !
- Spécialités : Géopo, SES, anglais. LV2 : Chinois...
Il fit une pause pour me regarder alors que j'essayais toujours de lui prendre la feuille des mains.
- Tu fais Chinois ? Mais on a que Espagnol et Allemand, ici.
Je l'ignorais et me saisis de la feuille pour la ranger sur ma table, loin de lui. Je lui lançai un regard noir et il sourit, une petite fossette se creusait sur sa joue. Et mon dieu, ce sourire... C'était la première fois que je le voyais. Même quand il parlait avec les autres gens dans le couloir, je ne l'avais pas vraiment vu sourire.
Je détournai précipitamment le regard, me rendant compte que ce n'était sans doute pas normal de le fixer ainsi. Cependant, je sentais toujours ses yeux bleus sur moi qui me brûlaient la peau.
- Du coup, tu fais comment pour le Chinois ?
J'hallucine. Il avait l'air de vraiment s'y intéresser, en plus. Donc le mec me fait comprendre qu'il compte m'enterrer sous un des pauvres arbres du lycée et maintenant il s'intéresse à mon parcours scolaire. Super, je vais de ce pas ajouter "lunatique" à la liste non exhaustive des trucs qui déconnent chez lui.
- Je vais prendre Espagnol, lançai-je en haussant les épaules, méfiante. C'est plus simple.
- OK.
Wow, un glaçon, ce mec. Je me détournai pour accueillir mon cahier de liaison qu'on distribuait. Pour une fois qu'ils sont stylés et pas d'une couleur délavée ! J'inscrivis avec soin mon nom et commençai à remplir quelques informations du début.
Le temps passait lentement avec la prof qui parlait dans le vide et la masse de documents qu'il fallait nous distribuer. Je jetai des regards en biais à mon voisin de table qui avait sorti son téléphone. Je tendis le bras vers sa fiche verte et commençai à la lire. Il me regarda faire du coin de l'œil, haussant légèrement les sourcils, un mince sourire aux lèvres. Bipolaire, ce type.
- Eyden James Morgans. Né le 13 janvier. T'es vieux et tu portes malheur.
Il leva les yeux au ciel, essayant de me reprendre la feuille mais je l'esquivai, un sourire revanchard aux lèvres.
Je grognai en découvrant ses spécialités. Il avait les mêmes que moi et faisait aussi Espagnol. Je lui lançai un regard agacé qu'il ne calcula pas et poursuivis ma lecture.
En voyant le nom de son père, je me demandai si il n'avait pas des origines américaines ou au moins d'un pays anglophone. Et puis, sans raison apparente, j'eus envie de le piquer.
- Y'a marqué que t'as un sale caractère.
- Au moins, j'suis beau gosse.
J'éclatai de rire, surprise par son égo surdimensionné. Il me regarda mal et je me mordis les lèvres pour arrêter de rire.
- Pas comme toi qui ressembles à un poux, enchaîna-t-il en baissant à nouveau les yeux sur son téléphone.
Je grognai et détourna le regard en croisant mes bras sur ma poitrine. Je l'entendis souffler du nez en se fichant de moi. Je lui donnai un coup agacé sur l'épaule.
- D'accord, dit-il. Donc tu me tombes dessus, je me mange le trottoir parce que tu me prends pour un matelas te protection et maintenant tu me frappes ?
Je lui filai une pichenette accompagnée d'un regard énervé. Il attrapa mon poignet au vol et rangea son téléphone dans sa poche en une seconde avant de tourner son regard vers moi. J'avais l'impression qu'un courant électrique partait de sa main pour passer dans tout mon bras puis dans tout mon corps.
- On se calme, la nouvelle.
Je remarquai que la prof avait les yeux rivés sur nous et lui le vit aussi. C'est pourquoi, sans me lâcher, il descendit ma main sur la table mais maintient sa prise sur mon poignet. La prof détourna le regard pour répondre à un élève qui lui posait une question et je soupirai.
- Lâche moi, espèce d'abruti.
- D'abruti ? sourit-il en s'amusant à jouer sur la table avec mon poignet que je ne contrôlait plus. C'est tout ce que t'as en réserve ?
- Je suis bien élevée, marmonna-je en essayant de brusquement dégager ma main.
Échec de la mission.
- C'est pas l'impression que j'ai eue ce matin, déclara-t-il d'un ton neutre.
Je levai les yeux au ciel. J'allais répliquer quelque chose de probablement violent qui aurait mis en péril la survie de mon poignet mais le garçon devant moi se retourna soudain pour parler à Eyden. Lui aussi s'interrompit en voyant que ce dernier tenait ma main sur la table. Il releva les yeux.
- Eh ben, vous avez signé l'armistice bien plus tôt que ce que je pensais, s'exclama-t-il d'un ton légèrement moqueur.
Je le reconnus comme étant un des garçons qui avait essayé d'éloigner l'autre fou furieux de moi, devant le lycée. Je lui dois la vie.
- J'ai l'air d'avoir fais la paix avec cette écervelée ?! s'exclama Eyden en levant mon bras pour appuyer ses dires.
Oula on se calme ou mon bras va se détacher...
- Alexandre ! Je suis de ce côté, arrête de bavarder avec tes voisins de derrière, lança la prof avec humeur.
Le garçon soupira et se retourna docilement.
- Oui, Madame Morin, répondit-il d'une voix enfantine.
Cette dernière, blasée, leva les yeux au ciel avant de s'intéresser à un autre cas.
- On dirait que tu la fatigues moins que l'année dernière, commenta Cassandre, la fille devant Eyden.
- On est que le jour de la rentrée, reprit l'autre sur un ton qui en disait long. Nous deux, c'est pour la vie, elle ne peut pas m'oublier !
Cassandre éclata de rire et Alexandre se balança en arrière sur sa chaise pour parler à Eyden. Celui-ci s'avança sur sa table pour l'entendre et je fis de même pour capter la conversation.
- Je voulais te montrer Ludovik. On dirait qu'il s'entend bien avec la fille qu'il a à côté...
Je me retournai avec Eyden pour suivre le regard du garçon. Le taré eut un sourire diabolique.
- J'crois qu'il a fait une touche. Il a intérêt à me raconter ce que se passe avec cette fille.
- Vous parlez de Lana ?
À l'entente de ma question, ils se tournèrent vers moi.
- Tu la connais ? demanda Alexandre.
J'allais répondre mais Eyden me coupa.
- Ouais. C'est en allant voir cette fille qu'elle m'est rentrée dedans comme un bulldozer.
Je lui lançai un regard noir et il sourit en coin. Décidément, cette année, ça promet.
Sous un regard en biais de la professeure, Alexandre remit sa chaise sur ses quatre pieds et prit une fausse posture d'élève sérieux et attentif qui fit pouffer de rire Cassandre. Je regardai à nouveau Lana. C'est vrai qu'elle a l'air de m'avoir oublié avec son beau... Comment ils ont dit qu'il s'appelait, déjà ? Ludovik. Elle aussi, elle a intérêt à me raconter après les cours.
Je rougis en prenant conscience que ma main était toujours retenue par celle du psychopathe lunatique assis à côté de moi.
- Ça t'ennuierait de me rendre ma main ?
- Nan, t'es dangereuse, murmura-t-il.
On dirait un gamin.
- Tu es vachement violente, comme fille. Tu me choques.
Je soupirai, amusée, et laissai ma main en place.
- T'as qu'à pas m'embêter et je ne te ferai pas de pichenette.
Il esquissa un sourire.
- Je te crois pas, la tigresse.
- On a quelque chose à noter, tu devrais me lâcher.
- Je suis dans le regret de t'annonce qu'on ne notera rien, alors...
Je soufflai bruyamment avant de continuer à mi-voix à cause du silence qui se propageant peu à peu dans la salle. Tous commençaient à recopier ce que la prof inscrivait au tableau.
- Râh mais c'est ça ta vengeance pour t'avoir bousculé ?!
Il me regarda dans les yeux, tirant légèrement sur mon bras pour me rapprocher de lui.
- Crois moi, murmura-t-il, si que je te tienne le poignet te perturbe déjà, la suite va t'achever.
Sur ce, il me lâcha et se mit à noter ce qu'il y avait au tableau comme si rien ne s'était passé.
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