
« X » - La lettre de mon malheur
Chapitre 2
Monsieur Cottrin effectua la demande comme prévu, car comment me reconvertir si je ne percevais plus rien pour vivre ? Bien sûr, Fabien gagnait sa vie, il travaillait dans une banque mais ce n’était pas non plus la panacée. La vie à Paris est chère, notamment en ce qui concerne les loyers. Nous étions locataires et une grosse partie de nos salaires passait dans cette rubrique budgétaire. Nous avions commencé d’ailleurs à réfléchir à un projet d’achat immobilier.
La demande d’accès à cette formation fut examinée en commission et acceptée. Il était fort probable que ce qui avait motivé la décision était le fait que la formation déboucherait sur un diplôme d’état et que le chômage n’existait pas pour cette profession.
Je pouvais donc entamer ma reconversion tout en percevant les indemnités chômage. La chance de ma vie !
Je passais donc un concours d’entrée en centre de formation au métier d’assistante sociale. Quelle ne fut pas ma surprise quand arrivée sur le lieu du concours, je m’aperçus que toutes les jeunes femmes présentes sortaient du lycée ou avaient quelques années de plus. Comment me remettre à écrire une dissertation alors que j’avais quitté les bancs de l’école depuis pas mal de temps ? L’écrit consistait en une dissertation et un commentaire de texte. Je me souviens encore aujourd’hui des sujets. Celui de la dissertation était : « La peur peut-elle provoquer du plaisir ? » et le commentaire abordait lui les sports à risques chez les adolescents. J’ai tenté le tout pour le tout. J’ai écrit comme je le sentais. Je me suis inspirée de mes lectures, de mon expérience personnelle et de mes souvenirs scolaires. Et j’ai aussi utilisé l’humour en concluant ma dissertation par la phrase suivante : Qui vous dit que je ne suis pas en train d’éprouver du plaisir à dépasser la peur de ce concours ? Et cela a fonctionné.
Ayant eu une note correcte à l’écrit, je fus admise à la deuxième partie du concours, à savoir un entretien de sélection par un jury composé d’un psychologue, de la directrice de l’Institut ainsi que d’une formatrice de l’école. J’ai été admise et ai intégré à la rentrée suivante le centre de formation dans lequel j’avais passé mon concours
Pour être vraiment franche avec vous, je vous dirais que je ne savais même pas qu’on pouvait s’inscrire à plusieurs concours en même temps. De ce fait, j’avais pris de gros risques. Si j’avais raté mon concours dans cette école, ma reconversion échouait. En effet, il n’y avait que 40 places à pourvoir et nous étions plus de 400 candidates dans cette école. Les postulantes s’étaient inscrites dans plusieurs écoles pour essayer de décrocher au moins un concours.
Ces trois ans de formation avaient été pour moi un vrai bonheur, me reconvertir était une opportunité. J’avais l’impression de rajeunir ! J’étais entourée de nanas plus jeunes que moi et je dois dire que j’ai bien ri pendant tout ce temps. Il est vrai qu’à mon âge je me sentais beaucoup moins timide donc plus disponible pour apprendre. Le monde scolaire pour moi présentait moins de pression et beaucoup plus de confort que le monde professionnel, des horaires très cool, des vacances scolaires. Les périodes de stages elles, étaient plus difficiles.
Aujourd’hui encore, je suis en contact régulier avec plusieurs d’entre elles qui sont devenues assistantes sociales dans des domaines différents. Certaines ont lâché la formation et sont parties vers d’autres horizons professionnels. Malheureusement, elles résident toutes en région et je ne les vois pas souvent.
Mon premier stage m’avait vraiment intéressé. Je l’avais réalisé dans un service de maternité Parisienne. J’avais choisi le thème de mon premier mémoire : je travaillerai sur l’accouchement dans le secret, ou plus communément appelé « l’accouchement sous X ».
J’avais lu quelques années auparavant un livre sur ce thème, dans lequel j’avais compris que la plupart du temps, lorsque l’on porte un nom de famille qui est aussi un prénom, on peut supputer l’existence d’un ancêtre abandonné. Cette information avait eu un grand écho en moi dans la mesure où mon nom de jeune fille est Laurent.
Je m’étais dit qu’un de ces jours, j’effectuerais des recherches généalogiques pour éclaircir cette question. Mais pour le moment, c’était la formation qui devait occuper toutes mes pensées et tout mon travail.
À l’issue de la formation, j’obtins mon D.E. (Diplôme d’État), puis passai le concours d’entrée dans la fonction publique. J’avais commencé par travailler dans une mairie communiste sur le 93. J’étais assistante sociale en polyvalence de secteur. Ce qui consistait à accompagner toutes personnes domiciliées sur un même quartier. Les situations étaient diverses, les problématiques nombreuses et variées. C’est là que j’ai tout appris, en tout cas tout ce qu’il faut pour exercer à peu près correctement.
Être assistante sociale municipale avait pour conséquence un partenariat très solide avec tous les services de la Ville mais aussi les services intercommunaux et départementaux. Ce qui facilitait grandement le travail d’accompagnement des usagers. De plus, nous devions exercer les missions bien sûr nationales, départementales mais aussi municipales. Le 93 était un département où l’on testait les nouveaux dispositifs sachant qu’à l’époque et encore aujourd’hui, le niveau de pauvreté y était important. Après quelques années d’exercice dans cette ville, j’ai demandé mon détachement pour entrer dans une maternité publique à Paris.
Je m’interrogeais à nouveau sur mes choix. Pourquoi ce choix de la maternité alors qu’un poste dans un service d’hématologie, greffe de moelle osseuse s’offrait à moi. En effet, j’avais eu un très bon contact avec la Cadre Sociale qui me pensait très adaptée au poste. Mais je n’ai pas réfléchi très longtemps pour me décider à accepter la proposition du poste en Maternité. Au niveau de ce recrutement, j’avais vécu le contraire de ce que j’avais toujours connu en travaillant dans le privé. C’était moi qui choisissais le poste sur lequel je voulais exercer et non l’inverse. Ce qui était quand même très confortable.
Mon détachement accepté et ma candidature retenue, je rentrais dans une équipe de quatre assistantes sociales et une secrétaire médico-sociale mais aussi dans un monde de soignants. Ce qui ne fut pas sans poser quelques problèmes à mon arrivée. Pendant quelque temps, il m’avait fallu œuvrer pour me faire accepter et apprécier.
Les difficultés rencontrées tenaient au fait que les transmissions d’informations étaient toujours teintées de résistances. Le secret professionnel n’était pas le même pour les assistantes sociales et les soignants. Cela pouvait donc créer des raideurs dans la communication entre les différentes catégories professionnelles, parfois même des conflits.
J’essayais d’arrondir les angles, car certaines de mes collègues se montraient rigides et se retranchaient derrière la déontologie de la profession. Cela nous était beaucoup reproché d’autant que nous avions accès facilement et régulièrement aux dossiers médicaux des patientes, en revanche le personnel médical n’avait pas accès aux dossiers sociaux. Les soignants se sentaient dévalorisés et trouvaient cela injuste.
Il m’a toujours semblé que nous pouvions être souples à condition que cela serve à l’avancée des situations. Trop de rigidité empêche le travail d’équipe qui est indispensable dans une relation d’aide.
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