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Couverture du roman « X » - La lettre de mon malheur

« X » - La lettre de mon malheur

En entrant dans la pièce, je découvre Myriam, le regard noyé par les larmes et le visage marqué par une profonde tristesse. Face à sa détresse visible, je décline mon identité avant de m'enquérir de son état. Je lui expose ensuite l'objectif de ma visite et le déroulement des étapes à venir. À travers le personnage de Clotilde Charpentier, l'auteure explore les émotions et les dilemmes complexes qui ponctuent le quotidien d'une assistante sociale.
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Chapitre 1

Merci à toutes ces femmes

qui m’ont tant appris…

Première partie

Depuis longtemps j’entends dire, « les AS n’écrivent pas » ! Eh bien là, vous allez être servis !

D’abord, c’est vrai il faudrait déjà expliquer un peu ce que c’est ce terme d’A.S. Il ne s’agit pas d’Aide-Soignant, ni d’une carte de poker mais plutôt de travailleuse sociale, le nec plus ultra, celle qu’on appelle « l’enleveuse d’enfants » depuis que la profession existe, celle d’assistante sociale.

Au début d’ailleurs, elles étaient appelées des Surintendantes. Souvent des bénévoles, dames de charité, qui venaient d’un milieu bourgeois ou très aisé et qui se sont professionnalisées peu à peu. Voilà pourquoi il y a aussi très peu d’hommes assistants sociaux. De par l’histoire, mais aussi au vu du salaire qui n’est pas très élevé malgré le nombre d’années d’études et la technicité de cette profession.

Et puis la mauvaise réputation tient aussi aux heures sombres de la guerre. Il fut reproché à la profession d’avoir fait le jeu d’un régime qui voulait imposer un ordre social fondé sur l’exclusion de groupes entiers de la population. Les assistantes sociales, pour certaines, furent soupçonnées de collaboration. J’avais d’ailleurs vu une très bonne pièce de théâtre qui montrait l’évolution de cette fonction au cours de l’Histoire. C’était à la fois drôle et cynique.

Il faut penser à l’évolution positive de cette profession ; à la réflexion sur le secret professionnel et sur la déontologie ; deux grandes valeurs qui sont liées à ce métier de la relation d’aide.

On entend souvent que les A.S. n’écrivent pas beaucoup sur leur pratique professionnelle. Et c’est bien dommage, car si c’était le cas cela éviterait que des théoriciens nous rebattent les oreilles avec des concepts sociologiques dénués de substance, nous parlent de la population comme si celle-ci était composée de gens qui entrent ou n’entrent pas dans de petites cases.

Cela permettrait peut-être de pouvoir se lire, s’élaborer, se comprendre, se remettre en question pour progresser dans sa pratique professionnelle avec le soutien de superviseurs, de psy en tout genre.

Mais ce n’est pas de cela que je vais vous parler ici.

Ce que je m’en vais vous narrer est plutôt le récit de quelque chose que je n’aurais jamais dû vivre. Mais ceci m’est arrivé, c’est mon histoire, en tout cas un bout de mon histoire et pas le meilleur.

Vous vous demandez peut-être qui je suis. Cela vient. Je m’appelle Clotilde Charpentier, j’ai eu 39 ans le mois dernier. Je commence à avoir pas mal de fils argentés dans mes cheveux bruns et de petites rides au coin de mes yeux verts. Il paraît que celles-là, elles viennent quand on profite pleinement de la vie, on s’en passerait. Moi je croyais plutôt que les rides venaient lorsqu’on faisait toujours la gueule. Genre je reste figée parce que je n’ose me laisser aller. En ce qui me concerne, il est vrai que je m’amuse de tout, je ris de tout, et je me moque de tout. Je crois que de rire ainsi, me permet de faire face aux difficultés du métier mais aussi de la vie.

Je vis avec mon compagnon Fabien, depuis bientôt 19 ans. Nous nous sommes rencontrés très jeunes, puisque j’avais 17 ans et lui 19 ans. Tout de suite, je me suis sentie très attirée par lui. J’avais l’impression que cette attraction était plutôt de type animal, un peu comme l’effet produit par les phéromones sur les individus d’une même espèce. C’était merveilleux. On se comprenait à mi-mots, ce qui souvent nous faisait rire en présence d’autres personnes. Mon Fabien est quelqu’un d’intelligent, un peu réservé, contrairement à moi. Mais on dit que les extrêmes s’attirent.

Même si nous étions jeunes nous avions pris la décision de vivre ensemble dès que cela serait possible. Il nous fallait d’abord terminer nos études pour ensuite gagner notre vie et devenir un couple autonome. C’est ce que nous avons réalisé en nous installant ensemble dans un quartier très sympa de Paris.

Nous y vivons toujours aujourd’hui. Nous rions beaucoup ensemble. Il m’a toujours beaucoup amusée. En vieillissant, je pense que je me laisse de plus en plus aller. Au début de ma vie de jeune femme, je ne réussissais pas à rire aux éclats. Je voyais un film très drôle et je riais intérieurement puis peu à peu je me suis lâchée.

Mais bon mes histoires de rigolades, ce n’est pas ce que vous cherchez en lisant ces lignes. Vous vous demandez où je veux en venir. Alors je vais vous expliquer comment j’en suis arrivée là. Tout est lié à ma profession car c’est au détour de celle-ci que j’ai vécu le meilleur mais aussi le pire.

Mon métier : assistante sociale de service social selon la dénomination officielle. Cela fait plusieurs années que je l’exerce. Avant ça, car il y a eu un avant, j’avais exercé des boulots alimentaires, qui ne m’avaient pas beaucoup apporté de satisfaction. Quand mon boss de l’époque avait annoncé que la boîte allait s’installer en banlieue, j’avais changé de mine dans un premier temps, puis j’avais réfléchi et m’étais dit que cela pouvait devenir MA super opportunité. J’allais pouvoir m’offrir une formation longtemps espérée. Le refus du déménagement m’avait permis d’être licenciée. J’avais pu grâce à monsieur Cottrin, conseiller A.N.P.E. comme on disait à l’époque, bénéficier d’une formation au métier d’assistante sociale.

Dans un premier temps, il avait vérifié que j’étais éligible à cette formation. Comme j’étais titulaire du bac, cela ne posait aucun problème. Il m’avait ensuite demandé si je connaissais ce métier. Moi ce que j’en connaissais, c’était plutôt l’image erronée de cette chère « Joëlle Mazard », sans qui peut-être je n’aurais jamais choisi cette profession, même si ce n’était pas le reflet de la réalité du métier. Mais, en tout cas, c’est cette série télévisée pause-café qui m’avait donné envie de devenir assistante sociale.

Donc pour en revenir à monsieur Cottrin, conseiller très efficace, il m’avait suggéré de rencontrer une assistante sociale en chair et en os et de lui poser tout un tas de questions sur sa profession. Ensuite, m’avait-il dit, vous reviendrez vers moi pour me dire si cela correspond à vos attentes et nous monterons alors un dossier et une demande de prise en charge financière.

Ne connaissant personne de la profession, et pensant que les assistantes sociales ne travaillaient que dans le scolaire, j’avais téléphoné à l’assistante sociale scolaire de mon quartier, pour solliciter une entrevue. Elle avait beaucoup hésité, et s’était montrée très frileuse. Je lui avais répondu que je n’allais pas écrire un article sur sa profession, je voulais juste savoir si cela pouvait répondre à mon souhait de reconversion. Finalement, elle avait accepté et nous étions restées une heure et demie à échanger sur son travail. En sortant de là, j’étais sûre de moi : je voulais devenir assistante sociale

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