
Le jour du mariage, je me suis éclipsée en simulant ma mort
Chapitre 9
À son réveil, Timothée et Ida étaient déjà attablés pour le petit-déjeuner.
En la voyant descendre, il s'empressait de tirer sa chaise, lui tendant un bol de céréale. Son expression s'adoucissait en la voyant manger calmement, une ombre de remords passant dans son regard.
« Dori, une urgence professionnelle m'oblige à partir quelques jours. Pour les derniers préparatifs du mariage, tu peux voir directement avec l'organisatrice. Je rentrerais dès que possible. » marquant une pause, il enchaînait, « Après la cérémonie, je te consacrerais une semaine entière. Où veux-tu partir en lune de miel ? »
Doriane savait pertinemment qu'il ne s'agissait pas de travail, mais de consoler Ida. Mais cela n'avait plus d'importance, donc elle hochait simplement la tête.
Alors qu'il franchissait la porte, elle l'appelait une dernière fois : « Timothée Humbert. »
Il s'immobilisait, surpris, puis lui caressait les cheveux avec tendresse. « Je manque déjà à ma Dori ? Ce ne sera que quelques jours. Bientôt, nous serons mariés. Tu m'auras sous les yeux à longueur de journée. »
La voix d'Ida résonnait depuis le jardin, il déposait un baiser précipité sur sa joue avant de s'éloigner.
Elle regardait sa silhouette disparaître, voilà la dernière contacte.
À peine leur voiture s'éloignait-elle que son téléphone vibrait. Des messages d'Ida : « Tu as tout vu hier soir, n'est-ce pas ? Quelle patience que tu as… »
« Tim a promis de m'accorder ces jours-ci. Ton futur époux, dans les bras d'une autre avant même le mariage… Tu n'es pas la plus pathétique des fiancées ? »
« Aujourd'hui, nous achetons une nouvelle maison. Il disait que ce serait ‘notre' nid. Vous êtes la bienvenue pour une visite, chère future Madame Humbert. »
Doriane ne répondait pas aux messages d'Ida. En revanche, elle demandait aux domestiques d'entasser dans le jardin tous les objets lui appartenant – y compris les photos de mariage.
Une employée hésitait devant les clichés de mariage déjà encadrés : « Mademoiselle… Même les portraits nuptiaux ? »
Son regard glissait vers la photo géante accrochée au salon : elle souriait face à l'objectif, tandis que Timothée la contemplait avec une adoration palpable.
Une image qui lui semblait désormais d'une ironie cruelle.
Elle acquiesçait d'un geste sec, supervisant l'arrachage méthodique de chaque souvenir.
Quand tout est empilé, elle allumait le bûcher. Immobile, elle observait cinq ans de sa vie se consumer en cendres. Quand les dernières flammes léchaient l'ultime fragment, leur histoire n'était déjà plus que fumée.
Deux jours avant son ultime départ.
Ida lui a envoyé un cliché : une échographie d'elle. Puis, elle recevait ces messages écœurants :
« Oh là là ! Enceinte ! Le premier enfant de Tim… Il veut lui offrir des actions de la compagnie ! »
« Mais hier soir, il s'est montré si… enthousiaste. Le médecin dit que je saignais un peu, à cause de ça. Et tu sais quoi, il m'a préparé lui-même un bouillon pour me consoler ! Tu es heureuse pour moi, non ? »
Pas de réponse de Doriane, au lieu de quoi, elle récupérait sa robe de mariée chez le couturier.
Les ciseaux déchiraient la soie en lambeaux méthodiquement. Cette création concue pour elle n'avait plus de raison d'être.
Le Jour de départ.
Nouveau message d'Ida : une photo de sa main ornée d'une alliance dotée d'un solitaire monumental.
« Tim m'a demandée en mariage ! Il promet une cérémonie encore plus somptueuse. Tu ne te sens pas un peu humiliée ? »
Cette fois, Doriane répondait : « Je vous souhaite que du bonheur. »
Puis elle extrayait les enregistrements de surveillance de Timothée et Ida, multipliant leurs ébats dans la villa – le salon, la cuisine, l'escalier principal.
Elle expédiait les vidéos à l'organisatrice de mariage, avec un message :
« Une surprise pour Timothée. Diffusez cela sur l'écran géant pendant la cérémonie. Confidentialité absolue. »
L'acquiescement de l'organisatrice était immédiat.
Alors que tout était en place, l'appel vidéo de Timothée surgissait, son visage affichant une contrition calculée.
« Dori, je ne pouvais pas rentrer ce soir. Mais je serais là demain pour le mariage, je te le promets. »
Un rire froid lui échappait. « Parfait. J'avais préparé une surprise pour toi. »
Une lueur d'excitation illuminait son visage. « Ma Dori m'a réservé une surprise ? J'ai tellement hâte ! »
« Cinq ans que j'attendais ce jour. Demain, tu deviendrais enfin ma femme. Je… » Soudain, sa voix se brisait net. Son corps se raidissait, un gémissement lui échappant malgré lui.
Les yeux de Doriane se remplissaient d'une ironie glaciale. « J'espérais que cette surprise te plairait, Timothée Humbert. »
Elle raccrochait avant sa réponse, franchissait le seuil de la villa sans un regard en arrière.
Une voiture de la structure falsificatrice aux fausses plaques l'attendait.
À l'aéroport, elle tapotait quelques mots sur son téléphone avant de le tendre à l'agent qui s'occupait de ses affaires, disant, « Demain, vous remettrez ceci, avec le corps qui me ressemble, au marié. Précisez que je mourais à 18h pile. Il y avait un message d'adieu. »
18h. L'heure exacte où elle avait coupé leur dernière conversation. Qu'il sache qu'au moment où il forniquait avec Ida, elle a choisi de mourir.
Ce message posthume le hanterait jusqu'à sa tombe.
L'agent acquiesçait, lui remettant un nouveau passeport et son billet. « Aurore, tous les enregistrements des caméras ont été effacées. Bon voyage. Que votre nouvelle vie soit radieuse. »
Aurore, qui signifiait « lever de soleil », était le nouveau prénom qu'elle s'est octroyée, qui scellait la fin des ténèbres en annonçant les premières lueurs d'un nouveau jour.
Ce jour marquait sa renaissance.
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