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Couverture du roman Voyou et la loi du plus fort

Voyou et la loi du plus fort

Unis par un lien indéfectible depuis l'enfance, deux êtres parcourent les chemins de la vie dans une harmonie parfaite. Au-delà des mots, leur complicité s'exprime par des regards empreints de tendresse et une confiance absolue. Cette amitié profonde, pure et sans artifice, évolue vers un sentiment plus intense où chaque geste devient une déclaration silencieuse. Découvrez un récit touchant sur la force des âmes sœurs et l'élégance d'un amour qui n'a pas besoin de s'énoncer.
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Chapitre 1

À mes amis animaux**

Le combat est à son comble dans la cave de cet immeuble d’une vétusté telle qu’il fut laissé à l’abandon pour devenir, d’une année à l’autre, ce lieu sordide et pourtant si convoité lors de ces rassemblements entre jeunes désœuvrés.

Cette nuit-là, l’astre lunaire parade sous un ciel encore envieux d’une chaude journée, déclinant sur la terre, tel un réverbère, son halo de lumière. Gardienne de l’éternité, cette lune rougie par endroit du feu d’un soleil ardent, un regard tristement sombre déployé sur elle, le ciel se laisse griser peu à peu pour pâlir à son tour. Troublant éclat d’une nuit sans fin sur une lune pensive et morose à la fois, qu’un nuage en passant tout près d’elle permet de masquer les misères d’en bas.

Entre les cris de ceux venus s’éclater là et les hurlements de leurs compagnons à quatre pattes tendant vers ce ciel devenu soudain ténébreux, le vacarme devient insoutenable. Si le mal se doit d’exister ce soir-là ; il exulte avec rage à présent, exhortant à sa manière tous les corps d’animaux meurtris à force de se battre. Les murs de béton résonnent tant, qu’ils lâchent à leur tour le venin sorti tout droit des entrailles de ce monde aberrant. Des yeux rougis, exorbités par la violence naît l’affront tandis que les injures renforcent le mépris. La fureur du combat entre animaux déclenche peu à peu chez leurs maîtres cette passion frénétique qui engendre la haine. Celle-ci leur explose à la face dans un premier temps, puis à gorge déployée pour se ramifier enfin sur les corps de certains avec acharnement. Le torse trempé, recouvert d’un débardeur kaki, les jeunes gens, le muscle arrogant, reluisent de cette matière devenue si visqueuse qu’elle dégage, à force de l’entretenir, une odeur sui generis et fétide à la fois. Image ou prestige, tous ou presque arborent sur leur peau un signe distinctif, un tatouage pour le moins raffiné, exprimant pour certains la représentation charnelle de leurs vérités. Quant aux autres, moins bien lotis pour la plupart, ils laissent s’écouler sur leurs chairs appauvries, le bariolage de quatre sous, leur servant de label qu’ils souhaitent celui des zonards. D’autres frimeurs encore, l’arme blanche à la ceinture, harponnent dans le lot, ceux non moins hâbleurs mais nouveaux venus, s’exposant là, une chaîne rutilante en bandoulière en signe de bravade. Entre ces murs devenus étroits, dans ce mélange des corps de l’homme et de la bête où l’impulsion de la cruauté domine, et sous l’emprise de l’alcool, le délire s’empare alors de tous et de chacun, exception faite des chiens autrement éprouvés. Le glas finissant de tinter, il invite la semeuse à faucher au passage les corps des combattants d’animaux sans vie. Pour certains d’entre eux, haletant et geignant de douleurs, un soupir pour finir dans les bras de la mort venue se rassasier sous ces quelques mètres carrés de béton.

Dans cette atmosphère viciée, la cruauté bien installée fait son chemin. D’un côté, les petits malins se frottant les mains avant de compter les billets, de l’autre des animaux cruellement blessés. Nulle fatalité dans cet antre où les seules larmes invisibles au regard des humains sont celles des bêtes inanimées. Naturellement, ces pleurs n’atteignent pas les autres, les chiens sur le point de se taire à jamais, hurlant de douleur en appelant la mort à la rescousse. Qu’importe à présent, vainqueurs ou vaincus, les animaux baignent dans un flot d’indifférence, mais plus encore dans leur sang. Tels les vaincus car leur sort en est jeté et leurs corps bientôt enterrés dans quelques terrains vagues. Quant à leurs congénères, ou ce qu’il en reste, en piteux état ou pour avoir cédé, ils seront revendus ou bien abandonnés jusqu’à leur triste sort. Mais que dire du sujet victorieux, ce rescapé prometteur ou vainqueur entravé, contraint puis glorieusement soumis, pour qui l’avenir sera tout autre ? En attendant son heure, cette nuit achevée ne sera qu’une trêve, une de plus, durant laquelle il subira malgré lui et sans la partager, la joie intempestive de son maître plus lucre que sensible. L’affection pour son toutou, enfouie sous quelques liasses de billets, et sa réputation aidant, il ne lui restera plus qu’à imaginer le moyen de dépenser ce fric acquis avec l’acharnement du désespoir, celui de plus d’un animal ayant combattu contre un adversaire, son congénère, devenu aussi belliqueux que lui.

C’est ainsi que, cette nuit-là, Voyou le pitbull sortit vainqueur de la rivalité des hommes et de leur goût du paroxysme. Dans ses yeux, subsiste encore le feu qui engendre la folie et sème la mort. La lèvre du haut déchirée pendille, gênant son souffle haletant, tandis qu’il s’ébroue maladroitement. Les quelques ampoules suspendues çà et là au-dessus de son corps, portent tort aux ombres en les multipliant, tandis que de temps à autre, une main leste venue cogner l’une d’entre elles donne à ce décor des allures d’outre-tombe. C’est à ce moment-là, la fureur du combat oubliée, que l’on peut apercevoir ce malheureux chien, le corps sanguinolent, tremblant mais raide sur ses pattes, chercher son maître du regard.

L’épais voile de fumée au plafond s’efface par endroit pour se fondre dans cet espace où l’ombre des vivants flirte avec celle de la mort. Les habitués de ces combats illicites, antagonistes de cette barbarie, se font face à leur tour. De clameurs en ricanements, à la colère exacerbée, tout ce petit monde d’êtres humains gesticule et parle fort. Les perdants de cette nuit sans fin s’indignent, déplorant leur victoire, soufflée le temps d’une mise à mort, « par la faute de ces sales cabots », s’écrient certains. Tombés en disgrâce face à leurs pairs puis dépouillés de leur mise, ces humains irresponsables sont-ils capables d’imaginer une seule seconde que l’on puisse mourir en sacrifiant sa vie ? Sans doute que oui cependant qu’il ne s’agit pas de la leur. Et qu’importe pour ces non-passionnés, sinon de pratiques barbares, la vie de ces adversaires malgré eux, foudroyés d’un arrêt du cœur ou bien de peur face à leur destin. Tant de corps inertes et enchevêtrés vont être dispersés puis jetés n’importe où dans un quelconque terrain vague où ils seront négligemment ensevelis. Tandis que ceux encore vivants, mais en piteux état, gisent là sur le sol à attendre de leurs maîtres qu’ils décident de leur sort. Ces maîtres, méritants sans vergogne, indignes, qui, l’argent des paris dans les poches, fanfaronnent dans cette arène d’immeuble ensanglantée, leur chien dans l’antichambre de la mort. La plupart d’entre eux, de jeunes gens du quartier, vivent cette pratique avec délectation, poussant leur délire jusqu’à l’extrême, prêts à le revivre au plus tôt. C’est ainsi que leur forfait accompli et sans le moindre remords devant la souffrance de leur compagnon, ils décident de la revanche à prendre au plus tôt. Une brève inspection sur les corps amoindris de la part des acteurs de cette boucherie organisée, un coup de pied aux flancs pour donner du ressort à ceux-ci, et, chaque négociateur en verve reprend les paris, non sans avoir et selon son intime conviction, fait monter les enjeux. L’argent, unique fondement de ces combats barbares et illégaux se révèle néfaste à cette race d’animaux déjà tant décriée par le commun des mortels, mais qui s’en soucie au fond vraiment. Son extinction plus que probable mettrait fin à l’espèce d’animal qui ce soir souffre à force de cruauté, en soignant tant bien que mal ses morsures, léchant ses plaies ouvertes comme ils le peuvent. Enfin, et sans se soucier le moins du monde de ces détails qui dépassent leurs pensées, chaque participant, ivre de bibine et d’orgueil, parade sous le regard triste des animaux meurtris dans leur chair. Qu’importe, la date d’un nouvel affrontement sera fixée, les animaux soignés et préparés au prochain combat seront prêts à lutter pour leur survie au nouveau rendez-vous. Pendant ce temps, lourd de conséquences pour leur renommée, les déçus de la nuit évacuent les lieux, traînant dans leur sillage les cadavres de chiens dissimulés dans de grands sacs plastiques.

Le héros de cette nuit mouvementée, un truand nommé Gréco, fait tournoyer la laisse de cuir épais au-dessus de sa tête. Gagnant sans conteste, adulé par des admirateurs zélés, il savoure sa énième victoire, négligeant pour un temps Voyou son pitbull. Celui-ci, indifférent à cette agitation, épuisé et tête basse, se fraye lentement un chemin, puis, sans se faire remarquer, se dirige vers la sortie. Demeuré seul avec ses acolytes, Gréco flairant l’aube naissante met soudain fin à l’enthousiasme général en annonçant son départ. D’un geste large de la main, comme pour en faire « mousser » certains, il exhibe une dernière fois l’épaisse liasse de billets. Puis, las d’arborer ce à quoi il tient tant, il jette un regard morne sur sa montre tout en remerciant pompeusement l’assistance. L’heure est venue pour lui d’abandonner ce lieu souillé qui, à force de le fréquenter, lui donne la nausée. Il décide alors de ce qu’il reste de nuit afin de disparaître avec son chien pour se fondre dans ce décor qu’il connaît par cœur se perdant dans l’obscurité.

Son coup de sifflet n’étonne pas ses comparses, son coup de gueule non plus lorsqu’il ordonne à chacun de sortir du carré. Consciente à son tour de la nécessité de changer d’air, la petite troupe s’engage vers la sortie dans un désordre parfait. La plupart d’entre eux tenant à peine debout, tels des exaltés, hurlant tous présents à son incitation à fêter l’événement dans un bar de nuit. Ce moment de gloire si bénéfique aux uns fut propice à Voyou, lui permettant de masquer son absence afin de fuir au loin.

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