
Vengeance immortelle: Tome I
Chapitre 2
Mes avant-bras étaient en appui sur la rambarde en métal me séparant du vide. J’imaginais ce que pourrait être ma vie si la magie, les créatures de science-fiction ou les super héros existaient. J’aimais m’accrocher à l’espoir que, quelque part, quelqu’un ou quelque chose puisse sortir de l’ordinaire. Qui n’a jamais rêvé d’un débarquement d’extraterrestre, de se faire mordre par une araignée radioactive ou d’être sauvé par quelqu’un possédant des pouvoirs surnaturels ? Eh bien, moi, c’était mon cas. Seulement voilà, tout ceci n’existait pas, ou du moins, c’est ce que je croyais. Je regardais les gens en bas, rentrant chez eux après une journée de travail de plus. Je n’ai jamais compris pourquoi l’être humain s’impose des contraintes qu’il n’a pas envie de suivre. Qui aime se lever tôt et rentrer tard ? Qui aime prendre les transports bondés matin et soir ou être coincé dans les embouteillages des grandes villes jour après jour ? Personne... et pourtant tout le monde le fait. Enfin, tous ceux qui ont la chanced’avoir ce Saint-Graal qu’on nomme travail.
Je les regardais tous, à environ cinquante mètres en dessous de moi, et je me les représentais comme un troupeau de moutons, incapable de faire autre chose que de suivre les règles établies par une poignée de gens ayant juste fait un peu plus d’études que d’autres. Pitoyable. Tout ça me foutait en rogne et accentuait la peine qui régnait en moi. Les morceaux d’Alicia Keys, qui passaient dans les écouteurs de mon téléphone, n’aidaient pas à me faire sentir mieux mais j’aimais écouter des morceaux tristes dans ce genre de moment.
C’est à peu près à ce moment-là, et dans ces circonstances, que mon destin bascula. Il avait tenté de m’avertir mais, à cause de la musique, je n’avais pas entendu les jointures, de la rambarde, se plaindre sous mon faible poids. J’avais juste senti une absence de résistance au niveau de mes avant-bras puis une légère inclinaison vers le vide. Bien sûr, je n’avais pas d’ailes à déployer pour m’en sortir, j’étais désespérément normale. La chute était, donc, inévitable normalement. Pourtant, à ma grande surprise, j’étais immobilisée dans cette position inclinée. Tout comme moi, un morceau de la rambarde pendait dans le vide. La rouille avait fini par avoir raison de la structure en ferraille. Heureusement, elle ne s’était pas détachée du reste. Les dégâts, en bas, auraient pu être très graves !
Sur le coup, je n’avais pas compris ce qu’il s’était passé. J’étais restée, un instant qui me parut une éternité, en inclinaison au-dessus du vide, les yeux écarquillés, cherchant une explication à ce phénomène.
— Qu’est-ce que...
C’est là que j’avais senti une sensation étrange au niveau de mon épaule droite. J’avais l’impression qu’un morceau de métal froid s’y était agrippé et me retenait. Je reprenais un peu de consistance, consciente que cette chose me maintenait en vie. Je m’étais, ensuite, sentie lentement tirée en arrière, écartant définitivement tout risque de chute. Mes deux pieds bien à plat, je prenais conscience que mon cœur cognait ma poitrine comme s’il voulait s’en échapper. Je n’avais vu personne sur le toit, j’y étais toujours toute seule d’ailleurs, donc je commençais un peu à flipper.
Voulant comprendre ce qui venait de se passer, j’avais ôté mes écouteurs, laissant la musique continuer mais je ne voulais pas qu’elle me perturbe dans mes réflexions.
— Fais un peu attention la prochaine fois.
Cette voix... impossible à décrire mais c’était un enchantement de sensualité surnaturelle qui s’inscrit en vous et imprègne tout votre être. Envoûtante et irrésistible, elle fit s’envoler ma trouille et je m’étais surprise à fermer les yeux pour l’apprécier davantage. Je profitais de cet état de grâce pour me retourner et voir celui qui m’avait sauvé, puisque c’était une voix d’homme. Je m’étais retrouvée presque nez à nez avec lui. Aujourd’hui, je trouve ça encore bizarre de l’avoir rencontré pile un soir ou je pensais à des créatures surnaturelles. Bon d’accord, ce n’était pas si étonnant que ça puisque j’y pensais presque tout le temps.
À première vue, j’aurais dit qu’il devait être Japonais. Pas très grand, moins que moi avec des talons, et un peu fluet, mais il dégageait une impression de force incroyable, créant un contraste vraiment étrange. Ce qui me frappa le plus c’était son visage. Il ne présentait aucune imperfection, pas un bouton, grain de beauté, petite ride, rien... sa peau était lisse et blanche donnant une impression de douceur alléchante. Il essayait de le dissimuler derrière de longues mèches noires mais ce n’était pas suffisant pour ne pas remarquer son surréaliste regard gris clair. Captivant, je ne pourrais pas mieux dire. Il paraissait très jeune aussi. Sur le coup, je lui aurais donné peut-être seize ou dix-sept ans mais ça ne collait pas. Je n’aurais su dire pourquoi mais j’étais sûre qu’il était beaucoup plus vieux que ça.
— Ferme la bouche, c’est gênant.
Cette voix, encore... Elle m’empêchait de reprendre totalement mes esprits mais, heureusement, ses paroles avaient réussi à se frayer un chemin jusqu’à ma cervelle de piaf. Rouge de honte, je refermais la bouche en m’apercevant que j’étais en admiration devant un parfait inconnu, bouche bée comme une gamine devant un boys band. Je me sentais ridicule mais je n’arrivais pas à retrouver ma sérénité habituelle. C’est ça qu’on appelle un coup de foudre ? Jusqu’à présent, ça ne m’était jamais arrivé, j’étais donc en droit de me poser la question. Le pire, dans tout ça, c’est que ses mots n’étaient pas forcément agréables.
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