
Vengeance immortelle: Tome I
Chapitre 3
J’avais dû rester muette trop longtemps et avoir l’air un peu trop bébête puisqu’il commençait à se diriger vers la porte métallique qui débouchait sur la cage d’escalier de l’immeuble. Il avait l’air de flotter, comme si ses pieds n’entraient pas vraiment en contact avec le sol. Je trouvais ça de plus en plus étrange mais, en même temps, terriblement attirant.
Je ne sais pas si l’effet de sa voix s’était dissipé ou si c’était parce qu’il ne braquait plus son regard sur moi mais j’avais tout de suite senti un changement. Une sorte de libération, comme si mon esprit venait de s’échapper d’une prison. Je pouvais à nouveau réfléchir et penser normalement. C’est à ce moment-là que j’avais pris la pleine mesure de ce qui venait de se passer. J’avais failli mourir et il m’avait sauvé. Je ne l’avais jamais vu, je ne savais pas d’où il sortait et pourtant il était présent pile au bon moment. Tout ceci était surréaliste et j’en avais la tête qui tournait.
— Attends, qui...
Je me sentis vaciller, mes jambes ne me portaient plus. Une chaleur désagréable me parcourrait l’échine et un voile noir passa devant mes yeux, je tombais à nouveau... Pas pour les mêmes raisons mais c’était sans doute trop d’émotion en peu de temps.
Alors que mes genoux auraient dû cogner le sol pour amortir ma chute, je n’avais rien senti, si ce n’était une nouvelle sensation de fraîcheur. J’étais toujours debout ? Comment ? Pourquoi ?
La vue quelque peu troublée, j’avais l’impression qu’on m’appliquait quelque chose de frais sur le front. Après les bouffées de chaleur, cette fraîcheur me faisait un bien fou.
En rouvrant les yeux, il était là, encore. Une main dans le creux de mes reins et l’autre sur mon front. Il était proche, trop proche... Mon premier réflexe fut de tenter de le repousser mais c’était comme si j’avais essayé de bouger un bloc de marbre d’un mètre soixante-dix. Il avait pourtant l’air si fragile et léger, pourquoi je n’arrivais pas à l’éloigner de moi ?
— Du calme, tu as failli perdre connaissance, garde un peu de force.
Et voilà qu’il recommençait avec sa maudite voix.
Bien qu’elle avait toujours ce petit effet sur moi, je sentais une forme de colère monter en moi. Elle était provoquée par mon manque total de contrôle vis-à-vis de ce qui se passait sur montoit. Par contre, elle était bénéfique parce qu’elle m’apportait l’énergie qui m’avait fait défaut, un instant plus tôt, et je sentais que je pouvais tenir toute seule sur mes jambes.
— Tu peux me lâcher, je peux marcher toute seule.
— Vraiment ? répondait-il avec un ton dédaigneux.
Il lâcha prise, créant aussitôt une sorte de vide, comme si je devenais dépendante de sa présence dès lors qu’il me touchait.
Je ressentais toujours cette colère bienfaitrice et elle me permettait de continuer à raisonner normalement. Je me rendais compte qu’il m’avait rattrapé, avant que je ne m’écoule au sol, alors qu’il était à quelques mètres de moi et qu’il me tournait le dos un instant plus tôt.
Je braquais sur lui un regard accusateur et mes sourcils se froncèrent aussitôt.
— Comment tu as fait ?
— De quoi parles-tu ?
— De quoi je parle ? criais-je.
Je sentais mon sang bouillir dans mes veines et je le vis frémir mais, sur le moment, cela ne m’avait pas interpellé plus que ça. J’avais la sensation qu’il se moquait de moi et je détestais ça. Je ne ressentais plus son emprise, j’étais libre de penser et d’agir selon ma volonté. Était-ce simplement dû à la colère ? Je n’y avais pas réfléchi, à cet instant, ce n’était pas ma priorité.
— Je tombe dans le vide, tu me rattrapes, je tombe dans les pommes, tu me rattrapes encore alors que tu me tournais le dos... Tu sors d’où ? Je monte ici presque tous les soirs et je ne t’ai jamais vu !
— Eh bien, estime-toi heureuse de ne pas avoir été seule cette fois-ci.
Mes yeux s’écarquillèrent et j’éprouvais une furieuse envie de lui en coller une.
— Tu te fous de moi ?
— Absolument pas, rétorquait-il avec un air détaché.
— Et c’est tout ?
— Que veux-tu de plus ?
Mon cerveau fonctionnait à nouveau normalement et les informations arrivaient en même temps que les questions. J’en avais mille à lui poser mais, au fond de moi, je sentais qu’il ne répondrait à aucune d’entre elles. Mais je ne pus m’empêcher de les poser...
— Je veux que tu m’expliques !
— Que je t’explique quoi ?
— Cesse de me prendre pour une conne...
— Ce n’est pas le cas.
— Grrrrrr.
Le son, qui était sorti de ma bouche, ressemblait à un grognement aigu. Il me mettait hors de moi et il allait avoir droit à sa gifle s’il continuait ainsi.
— Pourquoi es-tu aussi froid et... comment fais-tu pour être aussi rapide ?
— Je ne vois pas de quoi tu parles.
Voilà que le vase recevait la goutte de trop. J’avais armé ma main pour lui coller une jolie gifle mais elle ne rencontra aucune substance solide sur sa trajectoire. Avec l’élan, j’avais failli faire un tour sur moi-même. Mes paupières clignèrent d’incompréhension. Il n’avait pourtant pas bougé, il était toujours là, devant moi, immobile et impassible.
— Putain de merde ! Mais tu es quoi ? Un fantôme ?
— Ce que tu dis est ridicule…
Il n’avait pas tort, sur ce coup-là, mais la surprise fut telle que j’avais eu l’impression que ma main était passée à travers son visage. Je ne l’avais pas vu bouger, alors pourquoi ne l’avais-je pas touché ? Je commençais à croire que tout ceci n’était qu’un rêve, finalement.
Ma colère s’était envolée aussi vite qu’elle était venue et à la place je me sentais totalement perdue. Je ne comprenais plus rien à ce qui se déroulait sous mes yeux.
Puis il y eut comme un sentiment de résignation, exprimé par un profond soupir qui signifiait que j’abandonnais. Rompant le contact entre nos regards, j’étais partie m’asseoir.
— Bon... et si tu me disais simplement qui tu es ?
Je m’étais faite plus docile mais de façon naturelle, je n’avais pas essayé de le charmer pour obtenir des informations. Je me sentais juste fatiguée et je n’avais plus la force de crier ou de gesticuler.
Sentant qu’il me regardait, j’avais recroisé son regard argenté qui brillait en pleine nuit. De mémoire, je n’avais jamais rencontré personne d’autre capable de me captiver à ce point, simplement en me regardant.
— Haïto...
— Super, et en plus tu es bavard ?
Malgré tout le charme que dégageait tout son être, il avait le don de m’exaspérer. J’avais horreur qu’on m’oblige à jouer les détectives. Bon, en même temps, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même puisque je lui avais demandé de me répondre de façon simple. J’étais servie, on ne pouvait pas faire plus concis.
Puis, j’eus le malheur de fermer les yeux, le temps de secouer la tête négativement en exprimant un nouveau soupir.
— Tu pourrais être plus pré...
Et là, en relevant la tête, je m’étais aperçue qu’il n’était plus là. J’avais bondi sur mes deux pieds, les yeux ronds et les bras tendus en signe de croix. J’étais restée muette mais il était facile de voir que j’étais en train de me demander : mais c’est quoi ce bordel ?
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