
Vendue Au Vampire
Chapitre 3
Chapitre 3
Les rumeurs circulaient lentement au sein de la ville, comme des murmures portés par le vent. Camille n'y avait pas prêté attention au début. Après tout, les rumeurs étaient monnaie courante dans une ville aussi vieille et énigmatique que la sienne. Mais peu à peu, ces chuchotements commencèrent à se faire plus insistants, plus persistants, comme une mélodie sourde qui s'imposait sans qu'elle puisse s'en défaire.
« Tu as entendu parler du vampire ? »
La question résonna dans son esprit comme un écho. Un vampire, disait-on. La créature de légende, solitaire, errant dans la nuit, invisible, insaisissable. Une idée qui la fascinait autant qu'elle l'effrayait. Camille avait toujours été attirée par les mystères, les légendes anciennes qui peuplaient les livres qu'elle dévorait avec avidité. Mais jamais elle n'aurait cru que ces récits deviendraient soudainement une réalité qui frapperait à sa porte.
Les rumeurs étaient comme des ombres. Elles se glissaient dans les coins sombres des rues, se propagaient dans les tavernes, s'épanouissaient dans les recoins discrets des quartiers anciens. Camille, après quelques jours à les entendre, sentit une étrange sensation naître en elle, comme une pulsion irrésistible à découvrir ce qui se cachait derrière ces mots. Une partie d'elle savait que tout cela était absurde, que les vampires n'étaient que des fables destinées à faire frissonner. Mais une autre partie, plus profonde, plus instinctive, savait que quelque chose, quelqu'un, se cachait dans cette ville, quelque chose qui l'attirait sans qu'elle puisse y résister.
Ce soir-là, Camille se rendit dans la vieille bibliothèque, un endroit qu'elle fréquentait souvent, où les livres semblaient renfermer les réponses à tous les mystères. Mais cette fois, elle n'était pas là pour se perdre dans des récits fictifs. Elle cherchait des réponses. Elle voulait comprendre, savoir si les rumeurs étaient fondées, si les histoires de vampires avaient un fond de vérité.
Les couloirs sombres de la bibliothèque étaient silencieux, à l'exception du bruit de ses pas sur le sol en bois, résonnant dans l'immensité du lieu. Les rayonnages dégageaient une odeur de papier ancien, de vieux parchemins. Camille se rendit directement aux archives, où les livres les plus rares étaient conservés. Elle se sentait nerveuse, comme si le simple fait de chercher quelque chose qui appartenait à l'invisible allait la conduire sur un chemin dangereux. Mais elle n'avait pas le choix. Les rumeurs l'obsédaient.
Elle se fraya un chemin entre les étagères poussiéreuses, ses doigts frôlant les reliures des ouvrages anciens. Ses yeux s'ouvrirent grands lorsqu'elle aperçut un petit volume caché dans un coin, presque oublié. Le livre semblait vieux, très vieux, son cuir usé, son titre presque effacé. Camille n'hésita pas. Elle l'ouvrit délicatement et en tourna les pages lentement. Les mots semblaient se fondre dans l'obscurité du lieu, des légendes oubliées, des récits de créatures de la nuit, d'hommes changés en monstres. Elle s'arrêta sur un passage en particulier. « Celui qui erre dans l'ombre, celui dont le souffle est plus froid que la mort. Le vampire, solitaire, à l'âme tourmentée. Il s'abreuve du sang des innocents pour maintenir sa vie éternelle. » Le cœur de Camille s'emballa. Elle lut encore. Le texte évoquait un être solitaire, perdu dans les siècles, hanté par la soif et la quête de rédemption, incapable de trouver la paix. Les mots semblaient se répercuter dans sa tête, comme un écho puissant.
Elle leva les yeux, la tête remplie de questions. Était-ce de cela qu'il s'agissait ? Était-ce à cela qu'elle avait été confrontée cette nuit-là, dans la ruelle sombre, lorsqu'elle avait croisé le regard de Lucien ? Les rumeurs, les histoires... tout prenait soudainement un sens. Elle avait trouvé des indices, mais quelque chose en elle la poussait à aller plus loin. Elle devait savoir. Elle devait comprendre ce qui était réel et ce qui relevait de l'imaginaire.
Soudain, elle eut la sensation d'être observée. Un frisson glacial parcourut son échine, comme une main invisible posée sur sa nuque. Elle se retourna vivement, mais les rayons étaient vides. Rien n'indiquait qu'elle avait été suivie. Pourtant, elle avait ce pressentiment étrange que quelqu'un ou quelque chose, dans l'ombre, la regardait. Elle secoua la tête pour chasser l'inquiétude qui montait en elle. Peut-être était-ce sa propre anxiété, les mots du livre, qui l'avaient rendue paranoïaque. Mais la sensation persista.
Le lendemain, Camille se rendit à l'endroit où elle avait vu Lucien la première fois, ce petit café tranquille, comme pour vérifier une dernière fois, comme pour trouver un indice supplémentaire. Le café était calme, presque désert. Seuls quelques habitués sirotaient leur café, indifférents à tout ce qui se passait autour d'eux. Mais Lucien était là, assis dans son coin habituel, seul, comme si le monde n'avait aucun pouvoir sur lui. Ses yeux se levèrent et rencontrèrent ceux de Camille, une lueur sombre et perçante dans ses prunelles. Le regard qu'il lui adressa était à la fois intrigué et... inquiétant.
« Je vois que vous avez trouvé ce que vous cherchiez », dit-il doucement, sa voix profonde et pleine de sous-entendus.
Camille sentit son cœur s'emballer, une bouffée de chaleur envahissant son corps. Comment savait-il ? Comment pouvait-il savoir ? « Je... je ne sais pas de quoi vous parlez », balbutia-t-elle, bien que les mots semblaient sortir de sa bouche malgré elle.
Lucien esquissa un léger sourire, comme s'il savait que ses paroles n'étaient que des tentatives futiles de dissimulation. « Les rumeurs, Camille. Elles vont et viennent comme la marée. Parfois, elles révèlent des vérités que nous préférerions ignorer. »
Elle se sentit déstabilisée par cette réponse. Mais au fond d'elle, un éclair de compréhension jaillit. Elle avait raison. Il savait. Il savait ce qu'elle avait découvert, ce qu'elle cherchait. Et cette rencontre n'était pas le fruit du hasard.
« Vous ne pouvez pas fuir ce qui est inévitable », dit-il, ses yeux fixant les siens avec une intensité qui lui serra la poitrine. « Ce que vous cherchez... vous l'avez déjà trouvé. Mais il y a des vérités qui viennent avec un prix, Camille. Un prix que vous ne pouvez pas encore comprendre. »
Elle tenta de répondre, mais ses mots moururent dans sa gorge. Elle se sentait perdue, noyée sous la profondeur de son regard. « Pourquoi ? Pourquoi m'avez-vous laissée chercher ? » réussit-elle à murmurer.
Lucien se leva lentement, ses mouvements fluides, comme une ombre qui s'étendait dans la pièce. Il s'approcha d'elle, trop près, si près qu'elle sentit son souffle sur sa peau. « Parce que vous êtes plus proche de la vérité que vous ne le croyez. Et maintenant, vous ne pouvez plus revenir en arrière. »
Camille recula instinctivement, mais quelque chose en elle, quelque chose d'inconnu et de mystérieux, la retint. Elle savait, au fond d'elle, que sa rencontre avec Lucien n'était pas un simple accident. Elle était destinée à ce moment. Elle était destinée à lui.
Lucien la fixa un instant, puis se tourna lentement pour quitter le café. « La prochaine fois, Camille, vous comprendrez ce que tout cela signifie. Mais soyez prête. Le chemin que vous avez choisi... il vous changera pour toujours. »
Il disparut dans la rue, laissant Camille seule avec ses pensées. Mais quelque chose en elle s'était éveillé, une étincelle de curiosité, de peur et d'anticipation. Elle savait qu'elle devait le suivre, qu'elle devait comprendre ce qui se cachait dans les ombres. Et elle savait, aussi, qu'elle n'en sortirait pas indemne.
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