
UNE FAMILLE À AIMER
Chapitre 2
Je suis tranquillement assis devant la télévision, et j’ignore complètement les rois mages accompagnés des bergers qui se prosternent devant le presqu’enfant Jesus qui est né il y a 3 jours à la clinique Total, ici même à Port-Gentil et qui vient de rentrer à la maison familiale avec sa mère la Reine Elizabeth.
-Tante Mado : Christo, tu ne viens pas porter ton fils ?
-moi : mon fils ? Kiakiakiakia
-Tante Mado : mais oui han. Dans la coutume tes vrais enfants sont les enfants de ta sœur, parce que tu es sûr que vous avez le même sang.
-moi : ah donc dans ce cas, il y a des chances que j’ai été adopté. Attendez que je fasse mon test d’appartenance à cette famille avant de me coller un enfant que je n’ai pas fait.
-Tante Mado : toujours à faire l’intéressant même quand ce sont les vraies choses
-Elizabeth : ah mais maman laisses-le non ? Il aime toujours ce faire prier.
-moi : que j’ai demandé à qui de me prier alors que j’étais assis à regarder mon émission ? Non, mieux même, Je vais dormir. Je n’ai pas envie de vous gêner ici. Bonne nuit oh la familia.
-Elizabeth : tchuippp !
-moi : kiakiakia. Doucement la reine. Tu vas avaler ta langue à cause de me jalouser. Krkrkrkrkrkr
Je me dirige vers ma chambre en prenant soin de continuer avec mon sale rire de moqueur pour bien les énerver encore plus.
Je referme la porte derrière moi, et je vais me poser tranquillement sur mon lit.
Je souris de plus belle en pensant au fait que je vais quitter cette maison cette fin du mois, donc dans moins de 4 jours.
J’attends juste de voir leurs têtes quand je vais tirer mes valises au salon. La reine Zaza qui va tchiper jusqu’à ce que sa bouche s’attache, tante Mado qui va taper du pied avec de ‘hum’ on dirait quelqu’un qui va rentrer en transe, papa très imperturbable devant sa télévision, Éric sera muet comme une carpe, les deux fils de Tante Mado vont commencer à se disputer sur qui prendra ma chambre.
Kiakiakiakia j’adore cette famille et ils vont un peu me manquer parce que je n’aurai plus personne de qui moquer en longueur de journée. Je ne suis pas comédien, mais la moquerie fait partie de ces murailles que je me suis construites pour ne plus avoir mal face aux choses qui se passent chez moi.
Attendez je vais vous faire un petit exposé pour vous décrire ma famille formidable, et vous allez comprendre.
Tante Mado est la femme de mon père. En fait, notre mère est décédée un peu après mon 4 ème anniversaire. Tante Mado est rentrée dans nos vies quelques deux ans après. Je ne vais pas dire qu’elle nous a maltraité mais, elle a fait ce qui s’est révélé être commun à tous les parents de papa maintenant, ne s’occuper que d’Elizabeth.
Je vous explique bien.
Vous voyez, mon père n’est pas le genre à s’occuper des détails. Question argent, il finance, mais ne lui demande pas les choses sentimentales. Ça, c’est réservé à maman. Bon, à tante Mado maintenant. Maman a eu 3 enfants avec mon père. Éric l’aîné, Elizabeth qui vient 3 ans après, et moi 1 an après la reine. Avec Tante Mado il a eu deux autres garçons, mais assez tard. La preuve, ils n’ont que 13 et 14 ans. Bref.
La reine étant reine, elle a toujours eu droit à toute l’attention de Tante Mado. D’ailleurs elle est la seule à l’appeler maman. Bon Éric aussi ça lui arrive parfois quand il veut la torcher (lol). Tout chez ma sœur c’est ma compétition. Dès que j’ai compris ça, j’ai commencé à l’emmerder à tout bout de champ pour avoir un peu de satisfaction dans cette maison. C’est vrai qu’au départ j’ai voulu être un enfant bien mais, à l’inverse d’Éric, j’ai compris très vite que ça ne servait à rien. Mieux je joue au petit maudit et j’ai la paix sinon, Je devais être le petit « boy » de mesdames. Bon, comme je dis toujours à mon frère quand il est triste de toujours quémander l’amour de ces dames, c’est sûr qu’elles vampent la nuit ensemble sinon, Je ne vois pas comment on va adorer une seule personne parmis trois, tous même père, même mère, mêmes ancêtres. De la façon où même les parents de papa rentre dans cette logique de ne s’inquieter que d’Elizabeth, je jure que c’est elle leur chef la nuit. Si c’était qu’on était resté vivre à Libreville, Je suis sûre que j’allais aller vivre chez les parents de maman, mais hélas, Tante Mado vivait ici sur Port-Gentil et avec papa, nous l’avons tous rejoint dans cette ville une fois que la construction de cette maison où nous vivons maintenant a été achevée.
La guerre entre la Reine et moi a été officiellement déclarée lorsqu’on s’ est retrouvé en classe de 6ème au même moment. Pas qu’elle ait redoublé une classe, mais j’ai passé mon CEPE et mon concours d’entrée en sixième en candidat libre alors que je n’étais qu’en classe de CM1.
Vu qu’elle ne pouvait pas me dépasser avec les moyennes de classes, et bien elle se vengeait à la maison. Elle me narguait quand elle sortait avec « maman », quand elle avait plus de jouets à noël, ou quand elle revenant de vacances de chez tel ou tel tonton qui a ci et ça. Moi, Je brandissais juste mon bulletin de note ou alors, je racontais à haute voix la joie que ça fait d’être toujours présent sur les listes pendant la remises de prix aux élèves méritant en fin d’année scolaire.
Bon au départ je pensais que c’était des enfantillages, que les liens du sang finiraient par prendre le dessus sur nous, mais la reine n’a pas vu ça comme ça. C’est lorsqu’on s’est retrouvé tous les deux en France que j’ai su que ça n’allait plus changer. Je me suis retrouvé à ma remise de diplôme seul avec mon colocataire parce que ma sœur a dit qu’elle n’avait pas le temps pour des bêtises. Alors que mon coloc était choqué, moi je faisais semblant de rire en lui disant qu’elle est juste jalouse que j’obtienne mon diplôme avant elle. Dans le fond, j’ai été choqué et blessé. Depuis qu’on s’est retrouvé encore ici à Port-Gentil, Je ne la caresse pas aussi. Mieux on s’ignore même à la limite parce que quand elle veut m’essayer, Je lui fais regretter la chose. J’ai juste un peu mal pour mon frère Éric le sensible qui est toujours à la recherche de la création de « ce » lien là avec elles. Même avec papa, il cherche ce truc là, mais il n’a pas encore compris que son père n’est pas dans les détails. A 34 ans, avec une copine et 2 enfants, Je me demande ce qu’il fait encore dans le studio extérieur derrière la maison.
Ah oui, il attend d’abord que sa petite sœur se marie pour pouvoir faire autant. Mais eh, ce ne sera pas pour tout de suite on dirait. Krkrkrkrkrkr.
Je crois que je vais réussir à tous les scandaliser quand je vais me marier avant eux et que je ne vais pas les inviter.
Je sens les cornes pousser sur ma tête…
Kiakiakia…
Je me lève et je me dirige vers mon frigo de chambre à la recherche de quelque chose à grignoter. Avec mon numéro de ce soir, Je me mets le doigt dans l’œil si quelqu’un pense à me laisser même un os dans les marmites.
Ah oui, en fait, Je me présente : Nzigou Christophe Darrel, 30 ans, Ingénieur à Shell et à la recherche du bonheur familial.
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