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Couverture du roman UNE FAMILLE À AIMER

UNE FAMILLE À AIMER

Au Gabon, le foyer forge l'avenir, mais être parent exige plus que de donner la vie. Entre favoritisme et injustice, de simples géniteurs peuvent briser l'unité d'une fratrie. Ce récit explore le malaise profond de deux individus marqués par des blessures familiales. Face à un destin d'aigreur et de divisions imposé par leur éducation, parviendront-ils à s'en libérer ? Découvrez leur quête émouvante pour trouver l'amour et la paix loin des traumatismes d'enfance.
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Chapitre 1

UNE FAMILLE A AIMER

Ma montre indique 18h30, et dans le taxi qui me transporte de l’aéroport jusqu’à la cité Otando où se trouve la maison familiale, je me demande juste ce que ma mère peut encore faire d’autre pour me blesser plus dans la vie.

Cinq jours que je suis arrivée à Libreville. Cinq jours durant lesquels j’ai pris soin d’appeler ma mère pour prévenir de mon arrivée sur Port-Gentil. Pourtant j’ai encore bien dit à Papa de la prévenir encore lorsque j’étais en salle d’embarquement parce qu’elle ne décrochait pas à mes appels. La grosse surprise c’est seulement lorsque j’ai constaté à l’arrivée qu’il n’y avait personne pour m’attendre. Et maman oh, et Amanda oh, oma fô (personne). Heureusement que papa m’a remis quelques billets, ce qui m’a permis de prendre le taxi juste après avoir attendu pendant au moins 1h, les fantômes qui devaient venir me chercher.

Tant qu’on a pas fini de vivre, On a pas fini de voir.

-moi : vous pouvez garer devant le portail noir là.

-Taximan : ok. C’est bon.

-moi : tenez !

Je lui tends un billet de 2000fcfa, montant de la course que j’ai demandé.

-Taximan : merci.

Il m’aide à faire descendre mes deux gros trolleys du coffre de son taxi, et je m’avance tant bien que mal vers la maison en prenant soin de bien fermer le portail derrière moi. Ce n’est pas le moment de chercher les injures. Un Pajero Montero que je devine être à ma sœur est bien garé sur l’allée.

Une fois au niveau de la terrasse, Je peux apercevoir à travers la baie vitrée, maman bien assise avec sa fille au salon.

Si c’était chez les autres, j’aurais eu droit à ce qu’on appelle un accueil chaleureux, mais ici, Je ne peux pas rêver de ça. On se connaît bien. En 25 ans de vie sur terre, Je ne sais pas si j’ai un quelconque souvenir de tendresse avec maman ou ma grande sœur Amanda. Avec mon petit frère encore ça passe. D’ailleurs, ça ne peut que bien passer vu que nous sommes tous deux dans la même position.

Finalement, Je pénètre dans le salon.

-moi : bonsoir ohhh !

-Amanda : bonsoir.

Ah ? Donc la miss est même enceinte ? Bien oh…

-Maman : tu es là depuis ?

-moi : non, Je viens d’arriver.

-Maman : ah ok !

En tout cas, Je suis déjà habituée. Même si je disais que je suis arrivée depuis le matin, la réponse aurait été la même. Ce n’est pas comme si on s’inquiète pour moi ici.

-moi : Darryl n’est pas là ?

-Maman : il doit sûrement traîner avec ses amis dans la cité. Est-ce qu’il reste à la maison ?

-moi : ah ok. Comme j’ai essayé son numéro mais ça ne passait pas.

-Maman : hummm

Je tire mes affaires jusque dans ma chambre.

Ma chambre, mon sanctuaire.

Je crois que c’est la seule chose positive qui m’a poussé à revenir ici en revenant de mon séjour très très prolongé d’études.

Je suis même surprise de voir un semblant d’ordre dans la chambre. On dirait que quelqu’un a fait un petit nettoyage. Humm quand je regarde juste le lit mal fait là, Je sais déjà que c’est Darryl qui est passé par là. Au moins je vais pouvoir me reposer ce soir, et bien arranger cette chambre demain à mon réveil.

J’hôte mes chaussures et je me pose sur le lit.

Je respire un bon coup comme à chaque fois que je sent la tristesse monter en moi. Je devrais normalement être immunisé contre les coups de maman et sa fille chérie, mais il faut croire que je suis trop sensible pour m’en foutre complètement.

Hum, Maman et sa fille Amanda. Sa plus belle histoire d’amour. Son idole, sa fierté, son tout.

Avez-vous déjà eu la sensation d’être un enfant adopté malgré le fait de ressembler à vos parents ? Moi c’est ce que je me dis depuis que j’ai au moins 6 ans. Bon, c’est vrai qu’avec la naissance de Darryl 7 ans après la mienne, et le traitement semblable au mien que lui a servit maman, ma théorie tombe à l’eau. Mais je refuse d’y croire. On nous a sûrement adopté.

Le duo de maman et sa fille, Je crois que je le subis depuis ma naissance. Je suis même certaine que maman ne m’a pas allaité. (Rires)

Vous voyez, quand je replonge dans mes souvenirs, je ne peux m’empêcher de verser quelques larmes.

Je n’ai pas en mémoire des moments de tendresse avec l’une ou l’autre.

Il a toujours été question d’Amanda pour maman à tel point qu’on oubliait parfois qu’elle était notre aînée. Même Darryl le plus petit était au balango (aux oubliettes).

Je me dis même que c’est sûrement cette attitude de maman qui a fait en sorte que papa s’en aille par la suite. Mais comme nous sommes dans une famille où le dialogue n’est pas présent, On vit seulement les choses en les ignorant, sans poser de questions.

J’ai 3 ans de moins qu’Amanda, mais je jure que dans la tête de ma mère elle a eu qu’un seul enfant : Amanda. Encore Amanda et toujours Amanda.

Dieu m’est témoins que j’aime ma sœur, mais bon, le sentiment n’est pas trop réciproque. Pas une fois je ne l’ai entendu dire quoi que ce soit en ma faveur ou celle de Darryl à sa maman chérie.

Si il y avait un anniversaire qu’on ne pouvait jamais ne pas fêter, c’est celui de ma sœur. La plus intelligente de la famille au school, encore elle. La beauté, il ne faut pas nous comparer mais, tout le monde s’accorde toujours pour dire qu’elle est plus belle, plus sexy, plus ceci, plus cela.

Quand on remettait les bulletins scolaires, c’était toujours celui d’Amanda que maman montrait aux gens. Le salon est toujours rempli de ses tableaux d’honneur d’ailleurs. Nous là, On était que les à-peu-près. Que tu ais la moyenne ou non, On ne te calcule pas.

Quand je me suis retrouvée au Collège et Lycée Raponda Walker avec Amanda, c’est moi qui était littéralement chargée de veiller sur elle. Un genre de monde à l’envers quoi. Si je rentre avant la frangine, c’est pratiquement si maman ne me disait pas de retourner la chercher.

Quand Amanda est seulement un peu malade, c’est toute la maison qui doit veiller. Quand c’est ton tour, On va te dire de boire d’abord le paracétamol. Si tu ne convulses pas, madame Imbendjè Solange ne va pas te faire voir les portes de l’hôpital.

La partie où elle m’a achevé, c’était avec le bac. Pour sa fille, elle l’a accompagné chaque jour aux épreuves devant le portail du centre de la ville ; au Lycée Joseph Ambouroue Avaro. A la délibération elle était même plus stressée que la concernée. Quand son 14 de moyenne à l’examen est tombé, il ne manquait plus que la télévision pour venir couvrir l’événement à la maison. Maman l’a accompagné pour ses démarches administratives sur Libreville. Il ne manquait plus qu’elle se déporte avec elle jusqu’au Canada. Quand ce fut mon tour, imaginez seulement comment j’étais seule au parking du LJAA de 19h à 23h pour attendre l’affichage des résultats. J’ai affronté Libreville seule avec le boss. Heureusement qu’il était déjà installé là-bas après sa séparation avec maman. Ma chance était d’avoir obtenu une place pour l’IUT de St Nazaire, en France.

Vu que la question argent je réglais avec papa, j’allais encore appeler maman pourquoi ? Ça c’est juste ce que la logique voudrait, mais moi qui suis toujours entrain d’attendre un revirement de situation de sa part ou bien celle de sa fille, Je faisais le maxi d’appeler environ toutes les deux semaines même si la conversation ne durait pas plus de 50 secondes.

J’ai appris que ma sœur rentrait au Gabon par Facebook. Pareil pour son boulot à Addax Petroleum.

Elle encore ce n’est pas tout le temps qu’elle ne me calcule pas. Il y a des moments où on peut croire que la fibre fraternelle est présente. Ses humeurs défilent par saison en fait. Bref !

C’est mon quotidien mais je refuse d’en faire ma vie.

J’ai encore espoir que ça change un matin.

Toc toc toc

-moi : oui ?

La porte s’ouvre sur Darryl qui vient me faire deux bises.

-Darryl : hummm la Française de Fala (France). Tu sens la neige han ?

-moi : que tu connais l’odeur de la neige ?

-Darryl : laisses seulement. Ça dit what ? J’espère que j’ai quelque chose dans les grosses cantines là ? Ou bien ?

-moi : dans quoi ? Vas là-bas.

-Darryl : ah donnes seulement toi aussi. Tu veux déjà faire le malondon (malin) comme ta sœur ?

-moi : abomination. Ça commence par où ? Que qui me gaspille ça ?

-Darryl : ah ok. Gardes seulement la même position, tu vas voir comment tu auras vite les rides à force de bouder comme elle.

-moi : tu es bien fou. Tires la valise bleue là ici au lieu de raconter ta vie.

-Darryl : Mélissa c’est ma sista du cœur oh.

-moi : frère par intérêt oui. Je dis han, tu traînes encore jusqu’à l’heure là au basket, On ne dirait pas que tu es en classe d’examen han ?

-Darryl : tu as oublié que la grande a déjà eu le bac pour nous tous ?

-moi : LOL

-Darryl : ne t’inquiètes pas, Je gère bien. Je sens même que j’ai déjà ma moyenne ce premier trimestre.

-moi : ok alors.

Je fais sortir les quelques affaires qui lui sont destinées et je les lui tends.

-moi : soulèves seulement tout et tu bouges avec. Et tu prends les deux parfums là que tu donneras aux duchesses qui sont assises au salon en passant.

-Darryl : que les autres avec les mères et les sœurs oh. À base de cadeaux parfumés…

-moi : c’est pour faire semblant seulement. On se connaît tous.

-Darryl : au moins toi tu fais encore semblant. Moi une fois que je sors de cette maison, Je ne reviendrai plus

-moi : on disait tous ça. Malheureusement on a pas toujours le choix. Bon fais seulement tu vas me chercher même des brochettes ou un chawarma quelque part. Je crève la dalle

-Darryl : grillade ? Le sommet de la grillade c’est chez Adjuma. Mais je sais que ses marmites sont déjà vides…

-moi : à 19h ?

-Darryl : on te dit que toute la ville ne mange que là-bas. Si tu as raté ta place à 17h quand la marmite est encore au feu, 18h quand tu arrives tu seras celui qu’on servira le fond de la marmite. Kiakiakiakia

-moi : fais seulement, même un petit chawarma et une canette de coca, Je suis preneuse.

Je fouille un billet de 10. 000 fcfa dans mon sac que je lui tends.

-moi : tu prends aussi pour toi, et tu me rapporte ma monnaie.

-Darryl : top top !

Une fois qu’il sort de ma chambre, Je profite à me déshabiller pour rejoindre la douche.

Appelez-moi Rebendambia Mpemba Mélissa Fanny. Je viens de rentrer sur Port-Gentil et je cherche une famille à louer. Une famille où je n’aurai pas à chercher l’attention des gens, où je serai simplement aimée. Si vous avez des idées, faîtes-moi signe.

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