Suivre
Chapitres
Partager
Couverture du roman Une autre vie

Une autre vie

Vingt ans après le massacre de sa famille par un agent du MI6, le légendaire mafieux Ghost n'est plus qu'un lointain souvenir. Alors que Wesley Donovan et le monde criminel ont tourné la page, le passé resurgit brutalement. Entre un fils en quête de vérité, un prisonnier bavard et une sœur assoiffée de justice, l'ombre du mythe plane de nouveau. Les dettes de sang réclament leur dû. Et si la mort n'était qu'un masque ? La guerre reprend, car personne n'échappe à son destin.
Chapitres
Partager

Chapitre 3

NARRATEUR EXTERNE

Il y a des noms que le temps efface. Et puis il y a ceux que même la poussière du silence ne parvient pas à recouvrir. Ghost. Le Roi sans couronne. Le criminel que même les agences les plus secrètes n'ont jamais pu attraper. Le mari disparu. Le père effacé. Le monstre. L'homme. On raconte qu'il est tombé une nuit d'automne, avec femme et enfant, dans une explosion suite à une course-poursuite par un agent du gouvernement.

Corps calcinés. ADN partiel. Assez pour clore une enquête. Pas assez pour clore une légende.

Le MI6 a classé le dossier. Wesley Curtis Donovan a tiré sa révérence. Liam Lemarchal a été incarcéré pour meurtre d'État dissimulé. Et le monde a tourné la page. La paix, enfin. Du moins, en surface.

Mais certaines vérités sont des mines enfouies. Il suffit d'un pas de trop pour que tout explose à nouveau. Car, il y a des jours où le passé frappe à la porte sans prévenir. Et d'autres où il l'enfonce.

20 ans après, le béton à Manchester a changé de peau, les visages aussi. Les anciens caïds sont devenus des légendes, ou des fantômes. Les jeunes dominent les rues, arrogants, insouciants, croyant avoir tout inventé. Mais dans certains bars, certains entrepôts, certains regards, un nom continue de geler les conversations.

Ghost.

- Tu crois qu'il est encore vivant ?

La question tombe comme une blague. Mais personne ne rit vraiment. Et c'était presqu'ainsi à chaque fois.

Manchester, cet après-midi-là, n'avait rien de particulier à offrir. Le ciel plombé pesait sur les rues humides, et les passants pressés évitaient les flaques comme des pièges invisibles. Pourtant, dans un amphithéâtre d'une université locale, une salle se remplissait d'étudiants en criminologie, impatients et curieux. Au fond, une silhouette se détachait des autres. Il portait un manteau sombre, le col relevé, les yeux perçants scrutant la pièce avec une attention calculée. Son nom ne figurait pas sur la liste officielle des intervenants, et pourtant, il détenait une aura qui commandait le silence.

Cours de criminologie, master 2. Sujet du jour : « La disparition des figures criminelles et leur mythisation ».

Le professeur, Evan Reeds, un homme aux tempes grisonnantes, s'adressa à la classe. Il en parlait toujours avec une neutralité feinte, comme s'il n'avait pas été consultant pour le MI6.

- Aujourd'hui, nous allons parler d'une figure qui a marqué l'histoire criminelle moderne. Une énigme autant qu'un mythe : Ghost.

Un murmure parcourut la salle. Un jeune homme au manteau esquissa un léger sourire.

- Ghost... disait-il, n'est pas seulement un nom. C'est un symbole. Celui de la résilience dans l'ombre, de la menace qui ne meurt jamais vraiment.

Un étudiant leva la main, hésitant.

- Mais... comment est-il possible qu'après vingt ans, on parle encore de lui comme si c'était hier ?

- Parce que les vérités les plus terrifiantes ne meurent jamais. Elles dorment, répondit le professeur. Et Manchester, malgré ses apparences, n'a jamais cessé d'être un terrain de chasse.

Une image s'affiche à l'écran : un cliché noir et blanc, flou. Une silhouette encapuchonnée. En bas de l'image : Ghost. Présumé mort. Niveau de menace : classé X.

- Certains experts affirment que cet homme, là, serait un revenant. Le criminel serbe plus connu sous le nom de « Ghost ». Daté de janvier dernier. Mais l'image n'a jamais pu être authentifiée.

Silence tendu. Une étudiante leva la main, voix hésitante.

- Mais... si c'était lui ? Pourquoi réapparaître maintenant, après tout ce temps ?

Reeds la fixa, un instant trop long.

- Parce que certaines ombres n'acceptent pas de mourir. Et que certaines dettes ne s'effacent jamais. Cela dit, rien n'est sûr.

L'amphithéâtre sentait le cuir vieilli. Les murs de pierre, rénovés mais toujours froids, portaient l'écho de générations d'élèves.

- Qu'est-ce qui différencie un criminel de légende d'un simple tueur ? il osa leur demander.

Une vingtaine d'étudiants le fixaient, mi-curieux, mi-inquiets. Sur l'écran derrière lui, l'image floue en noir et blanc toujours projetée.

- La peur qu'il inspire, répondit une étudiante blonde à l'accent londonien.

- L'impunité, ajouta un garçon en sweat noir.

- Le mythe, conclut une jeune femme au fond de la salle, la voix posée.

Elle s'appelait Olesya. Yeux bleus, cheveux noirs tirés en queue-de-cheval, silhouette sobre. Presque transparente.

Le professeur tourna lentement la tête vers elle. Un silence suspendu s'installa.

- Intéressant... Le mythe. C'est vrai. Ghost n'était pas qu'un criminel. Il était une narration vivante. Chaque acte, chaque meurtre, chaque disparition faisait partie d'un récit plus vaste.

Il s'arrêta un instant, puis appuya sur la télécommande. Une autre image apparut. Celle d'une femme. Jeune, belle, regard dur. Légende en bas : Épouse de Ghost. Aussi fausse que dangereuse.

Le professeur Reeds fixait l'image projetée.

- L'histoire de Ghost fascine, dit-il. Mais celle de sa femme... trouble. On dit que derrière chaque grand criminel, il y a une femme. Mais dans le cas de Ghost, c'est plus complexe que ça. Elle ne l'a pas seulement suivi. Elle l'a défié. Elle l'a aimé. Et elle l'a choisi.

Il tourna les talons, marcha lentement devant la salle comme s'il cherchait ses mots.

- Elle n'était ni tueuse à gages, ni agente secrète, ni simple épouse silencieuse. Elle était... une fracture. Un paradoxe vivant. Sœur de l'ennemi juré de Ghost. Le seul à l'avoir défié pendant longtemps. Leur rivalité était un conflit d'empires. Un jeu de pouvoir et de sang. Et au milieu... il y avait-elle. Une anglaise, élevée dans un monde de principes, de loyauté, de guerre de territoire. Et pourtant...

Il appuya sur la télécommande. Une autre image apparut : une femme dans une robe de mariée. Beauté froide, regard ferme, presque insolent. Derrière elle, en arrière-plan, flouté mais bien là : Ghost. L'ennemi. Le mari.

- Elle a choisi de l'épouser. Ou peut-être a-t-elle été forcée. Les versions divergent, confuses, contradictoires, comme toujours avec les figures trop humaines pour être des monstres, et trop monstrueuses pour être des victimes.

Les étudiants écoutaient, captivés.

- Ils formaient un duo improbable. L'homme venu de Belgrade, roi des ombres, bête noire des services britanniques. Et la femme anglaise, élevée dans le giron de l'un des parrains les plus redoutés de Londres. C'était comme voir le feu épouser l'essence. Ce n'était pas une histoire d'amour. C'était une guerre déguisée en mariage. Un mariage qui, pourtant, a duré. Qui a donné une enfant. Et qui s'est terminé dans une explosion. Littéralement.

Un étudiant fronça les sourcils.

- Pourquoi elle ? Pourquoi aurait-il pris la sœur de son ennemi ? Une vengeance ?

- Peut-être, répondit Reeds. Elle était censée être un pion. Une monnaie d'échange. Un appât, peut-être. Mais elle est devenue la reine. Certains disent que c'était une alliance stratégique. D'autres, un coup de foudre interdit. Moi, je pense que c'était pire que ça : une dévotion. Une guerre perdue d'avance, acceptée avec grâce. Ou un amour qui n'aurait jamais dû exister. L'Histoire, messieurs dames, ne fait pas de sentiment. Mais parfois, ce sont les sentiments qui font dérailler l'Histoire.

Un autre murmure. L'image de Lindsay s'évanouit, remplacée par celle de leur fille, âgée de trois ans à l'époque de leur mort présumée. Aucun nom n'était affiché. Juste une silhouette, une innocence brisée.

Le professeur Reeds s'arrêta. Sa voix s'était faite plus douce.

- Ce couple... cette famille... ils sont devenus des figures de légende précisément parce qu'ils n'auraient jamais dû exister. Parce qu'ils ont défié toutes les lois, même celles du sang.

Puis, après un silence lourd, il conclut :

- Mais il y a une rumeur, persistante. Certains disent qu'il a survécu. D'autres qu'elle l'aurait trahi. D'autres encore qu'ils ont tous trois mis en scène leur propre mort pour disparaître.

Un étudiant demanda, d'un ton hésitant :

- Et vous, professeur... vous y croyez ? Qu'ils soient encore en vie ?

Reeds le regarda longuement. Puis, un sourire à peine perceptible au coin des lèvres :

- Je crois... que certaines histoires n'ont pas besoin d'être vraies pour continuer d'exister. Il suffit qu'on y croie. Et que quelqu'un, quelque part, ait encore peur.

Derrière, dans la pénombre, l'homme au manteau noir se leva. Il quitta la salle sans bruit, sans se retourner. Olesya, elle, le suivit du regard, les mains crispées sur son carnet de notes.

Le silence est retombé comme une chape. Les étudiants hésitaient à bouger, comme si quitter la salle revenait à rompre un sort. Le professeur Reeds regardait encore l'écran vide, pensif, comme s'il avait lui-même convoqué des fantômes qu'il n'arrivait plus à faire disparaître. Puis il soupira, tapota sur le clavier, et déclara :

- Très bien... On s'arrête là pour aujourd'hui. Je vous laisse réfléchir à ce que cela signifie : survivre à sa propre mort.

Le froissement des sacs, les chaises qui raclent, les murmures à voix basse. Le charme se brise lentement. Certains étudiants semblent soulagés. D'autres, encore habités, quittent la salle d'un pas plus lent, comme si quelque chose dans leurs certitudes s'était fissuré.

Olesya resta figée un instant. Son regard vide fixé vers l'endroit où l'homme au manteau noir s'était trouvé. Il n'était plus là. Elle baissa les yeux sur son carnet avant de le fermer précipitamment. Puis, elle se leva.

Au bureau, le professeur Reeds rangeait ses documents. Il releva brièvement les yeux en croisant son regard, la fixa une demi-seconde de trop, comme s'il la connaissait. Mais il ne dit rien.

Elle sortit.

Dans le couloir, l'agitation ordinaire des étudiants masquait la tension du moment. Les murs de pierre grondaient encore des échos du nom interdit. Ghost. A l'extérieur, le vent souleva une feuille morte qui vint s'écraser contre le mur de pierre.

Continuez à regarder !
L'histoire devient intense ! Passez sur l'application pour continuer la lecture
Débloquer tous les épisodes
Ouvrir le site officiel

Vous aimerez aussi

Couverture du roman À l'épreuve des balles
8.6
Tyler Madden était la star du lycée jusqu'à ce qu'un lourd secret ne brise son avenir. Pour noyer sa souffrance, l'ancien athlète s'est enfoncé dans l'univers brutal des combats clandestins. Intriguée par sa chute, Francesca Howard s'approche de lui et découvre la réalité sombre qui l'emprisonne. Alors qu'une romance fragile naît entre eux, Franny se retrouve mêlée à la criminalité. Ensemble, ils vont lutter pour sauver Tyler de cet engrenage mortel et protéger leur futur.
Couverture du roman Argus, La chute des Gardiens: Tome II
9.2
Argus s'est volatilisé après les récents bouleversements. Désormais, les Gardiens font face à un péril imminent découlant de leurs erreurs passées. Émissaire du Conseil, Katan se jette dans une lutte acharnée pour empêcher la chute définitive de leur ordre. Parallèlement, le jeune Jason découvre le passé complexe de son père et le poids de ses choix éthiques. Le temps presse pour ces protecteurs dont le destin dépend désormais entièrement de Morl-Dérin.
Couverture du roman Corrections
8.5
Un agresseur en série voit son destin basculer lorsqu'une de ses victimes réclame justice. Trois sœurs aux méthodes radicales répondent à cet appel, déterminées à corriger les vices masculins. Cependant, leur proie est aussi la cible d'une patronne de la mafia cherchant à récupérer une dette. Cette collision d'intérêts déclenche une spirale de violence extrême. Entre tortures et kidnappings, la guerre est totale. Qui sortira vainqueur de cet affrontement impitoyable ?
Couverture du roman Cœur de Biker
8.8
Entraînée malgré elle dans une spirale de dangers mortels, une femme au tempérament de feu voit son destin basculer. Pour assurer sa survie, un biker endurci se retrouve contraint de devenir son protecteur. Entre missions périlleuses et tensions électriques, ce duo improbable doit briser ses certitudes pour s'unir. Au cœur d'un univers où la violence règne, leur passion naissante pourra-t-elle triompher des obstacles et des préjugés qui les séparent ?
Couverture du roman L'Épreuve De Leur Amour
8.3
À Paris, Jeanne et son frère Antoine voient leur vie basculer quand la puissante famille Fournier détruit violemment le chef-d’œuvre du jeune peintre. Entre agressions physiques et corruption policière, les Dubois subissent l'humiliation. Trahie par une amie et menacée de chantage, Jeanne refuse de céder, même après la tentative de suicide d'Antoine. Munie de la médaille de leur père défunt, elle interpelle le Préfet Duval pour obtenir justice et laver leur honneur.
Couverture du roman Les rayures du zèbre
9.5
Nelson Roger Cram mène une existence monotone jusqu'à un matin de juillet décisif. Sa rencontre avec Lyuba Clement, une femme slave idéaliste et marquée par la vie, bouleverse son quotidien. La présence de cette âme hypersensible auprès de Nelson et de sa fille n'est pas fortuite. Entre romance et fantastique, ce récit de ChrisTo Balh explore les tréfonds de l'humanité, naviguant entre une violence brute et un amour capable de transformer le destin de chacun.