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Couverture du roman Un soleil mauve d'automne

Un soleil mauve d'automne

Un soleil mauve d'automne dépeint la rencontre de deux trajectoires qui s'entrechoquent. Entre passion ardente et conflits déchirants, le récit suit des personnages tourmentés, oscillant sans cesse entre ombre et lumière. Dans cet équilibre fragile, une simple confession bouleverse irrémédiablement leur perception du monde. Catherine Keime explore ici la complexité des sentiments contraires et la précarité de l'existence à travers une narration sensible et intense.
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Chapitre 1

De la même auteure

Quand tu sortiras, ce sera le printemps, Éditions de l’Officine, 2003 ;

De la musique et des hommes, Éditions de l’Officine, 2004 ;

La semaine de l’étranger – tome I, Edilivre, 2019 ;

Les solitudes – tome II,Edilivre, 2019 ;

À l’aube, Aurora – tome III, Edilivre, 2020.

Il n’y a pas de raison, a priori, pour que j’en dise davantage sur lesmotifs qui me poussent àécrire ainsi, soudain, sans crier gare, notre histoire improbable.Elle ne servira à personne, tu vas vers la maturité et moi je m’achemine vers une certaine solitude enfin consentie. Mais voilà, c’est arrivé. À ce moment de ma vie où mes certitudes étaienten passe de basculer,je cherchais une ligne droite, un chemin à suivre. Il faut que je raconte un bout de cette aventure, parce que Jules n’est plus là et parce que je veux tout de même parler à quelqu’un de ce qui survient quand on perd tout ce en quoi on croyait et qu’il faut continuer. Tous les chemins sont toujours là et personne ne se tient à côté pour vous dire quelle direction choisir. Combien sommes-nous à avoir connu cette expérience ? Un grand nombre sûrement et pourtant je pense que chacun a vécu seul cette traversée que nous n’avons, pour une grande majorité, jamais partagée, non plus que ces peines, ces errances comme les doutes ou les espoirs qui ne manquent pas de survenir dans chacune de ces chroniques.

C’est un petit bout de narration, un fragment, car, pour être dans la précision, le passé se situe pour moi un peu avant la mort de Jules et le reste du chemin qui me reste à parcourir. Au moment où j’ai commencé ce récit, je me trouvais à égale distance entre son départ de la maison et sa mort et le moment précis de notre rencontre. Ont suivi les éclaircies et les déroutes qui façonnent le début de cette histoire dont j’ignore tout de la fin, en tout cas jusqu’à aujourd’hui.

J’ai longtemps hésité : la fatigue aurait-elle raison de moi, de cette tension qui prenait possessionde moi encore de temps en temps, celle du choix entre la mort ou l’espoir, alors que mon esprit cherchait vainement une autre voie de fascination qui me purgerait de mon chagrin ? De retour de voyage, j’ai décidé de tout consigner par écrit, pour l’emporter sur le sort.

De ce qui s’est passé avant dans ma vie, je ne peux tout dire en ce qui concerne en tout cas l’enfance de Jules, parce que ce serait trop long à raconter. Pour la suite, je livrerai les mois les plus riches des deux dernières années avant sa mort et les mois les plus remarquables des deux ans qui ont suivi sa disparition. En effet, c’est dans cet intervalle très court, parce que deux ans de maturation pour une association improbable cela passe vite comme un coup de poésie, c’est dans cet intervalle, donc, que nous avons fait connaissance toi et moi.

Je ne sais comment cela s’est produit au juste. Toutefois, j’ai fini par aimer tout ce qui t’entourait, à commencer par ce cher Léonard et après cet éveil, cette floraison de l’être, jusqu’à cette période bénie où tout est encore possible en rêve comme dans une réalité ténue où l’imagination tient lieu de présent. Après cette période, l’imagination laisse avec insistance la place à un présent qui s’impose avec plus ou moins de cruauté. Tout ne tiendrait-il qu’à une acceptation ? Pas si simple vous allez voir.

Tout est arrivé dans un éblouissement, tant la lumière était vive et le soleil puissant ce jour-là, alors que j’essayais de ne pas me retourner de peur de faire tourner mes souvenirs au vinaigre.

Le système solaire est ainsi fait qu’à partir du moment où l’astre a atteint son zénith, il amorce son déclin dans l’instant. Il n’y a pas de période intermédiaire, pas de laps de temps « entre-deux », c’est l’ascension et le crépuscule. Dans l’intervalle, il y a eu cette somme d’efforts et de souffrances qui ont fait le déroulement de nos vies, celle des plaisirs et des joies qui ont occupé le temps à un moment donné, toutes les peines additionnées, ainsi que les indicibles surprises parfois mêlées, emmêlées, ou bien même juxtaposées qui ont alterné leurs cruelles variations au gré des désirs et des haines. Toutes se sont ajoutées les unes aux autres le temps d’un tout petit voyage, celui d’une histoire. Le tout sans fin livré à l’infini des cycles cosmiques. L’instant du basculement indéfinissable.

Je me battais encore contre ma propre perte, terrible et sans fin, un peu plus récente que la tienne. Tu avais prié, disais-tu, et trouvé la paix, mais existe-t-elle vraiment, durablement sur cette terre ? Comme il faut bien trancher avant de rendre son âme, ce que tu entrevoyais dans ta sagesse abîmée, angoissée, maladroitement endossée, sur le tard, peut-être trop tard, comme il fallait trancher donc, pour vivre à plein temps et traverser dorénavant aussi courageusement qu’avant les déserts de la vie, tu devais, tu ne le dis pas mais je le devinais, mettre un terme à une certaine insouciance. Celle peut-être de croire qu’on peut convaincre rien que par un sourire ou faire changer d’avis l’autre sur un trait d’esprit. Au jeu de la séduction, nous étions peut-être à l’âge où qui perd gagne.

Pourtant, je pensais que certains regards, certains moments auxquels s’attache cette chose indéfinissable qu’on nomme sentiment, sont inoubliables. Je nourrissais cette naïveté et tu avais sûrement de grandes leçons à me donner. Tu l’avais peut-être compris depuis longtemps cette fin de l’insouciance, et aussi ma naïveté, tant qu’on y était. Moi, j’étais dans la certitude qu’il y a parfois une trace, un rien qui s’accroche et qu’alors on n’oublie plus. Si bien que, quand tu étais partieencore, une fois de plus, étant plus jeune que toi et pas encore un être résigné, j’avais la certitude que cela continuerait, sans savoir comment toutefois. Avais-je voulu le croire ?

Cependant, tu allais m’imposer ton raisonnement, ton silence et j’allais consentir. Parce que la vie venait de m’égratigner si sérieusement que je n’étais pas de taille à lutter contre toi. Parce que c’était toi, rien que toi, qui, au fond, menaçaisd’anéantir le plus sûrement mes convictions, comme personne. Il me semble important de raconter une partie de cette rencontre, le chemin étroit de toutes ces émotions, alors que je n’ai pas la certitude que nos chemins se rencontreront vraiment un jour.

Mais avant cela, que de méandres, que de contorsions.

Voici comment tout avait commencé, voici comment tout était arrivé.

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