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Couverture du roman Two Faces

Two Faces

Fin du XIXe siècle. Annabella Wallis, figure de l'aristocratie londonienne, se voit contrainte d'épouser Arthur Stuart. Séduite par l'apparente noblesse de son fiancé, elle accepte ce destin avec espoir. Pourtant, les noces passées, le masque tombe : Arthur s'avère être un manipulateur violent. Prisonnière d'un mariage toxique, Annabella voit sa vie basculer lorsqu'un incident imprévu survient, bouleversant l'équilibre du couple et ouvrant la voie à un avenir incertain.
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Chapitre 2

En marchant dans l'angle de Glenford Street, je ne peux m'empêcher de sourire à la pensée de ce rendez-vous improvisé. Je suis restée vague auprès de mes parents au sujet de la discussion qu'Arthur et moi avons eu, lors de leur départ et la soirée s'est poursuivie comme-ci de rien n'était. Je ne voulais pas leur donner de faux-espoirs.

C'est une bonne surprise que nous nous soyons trouvés des points communs, mais ce rendez-vous ne veut rien dire. Nous apprenons juste à nous connaitre, sans que cela ne débouche forcément sur quoique ce soit. Je suis malgré tout impatiente à l'idée de l'entendre jouer. Le Philamornic Orchestra de Londres ! Ce n'est pas rien! Et puis, il se dégage de lui une sorte d'aura mystérieuse, qui titille ma curiosité.

Je pousse la porte du salon de thé et demande une table. Le piano est au bout de la salle contre un mur, mais toutes les tables sont prises dans ce périmètre et il n'y personne pour le moment. Je suis donc installée à une petite table, dos au piano. Je commande quelques assortiments de sandwichs et du thé pour patienter. Alors que le serveur s'en va, j'entends les premières notes d'une sonate de Mozart. Je me retourne brusquement et vois Arthur concentrer à sa tâche. Les clients se sont tût et écoutent à présent ce nouvel hôte avec attention.

Je dois reconnaitre qu'il s'y prend avec beaucoup de virtuosité pour faire jouer les notes avec harmonies. Je ne le vois que de dos, mais tout son corps bouge, lui donnant une sorte de grâce presque irréelle. Je regarde autour de moi et remarque que la plupart de la gente féminine présente, l'observe avec un intérêt certain...

Inconsciemment un sourire se dessine sur mes lèvres, tant je suis ravie d'assister à ce récital. Même les employés de l'établissement arrêtent de faire ce qu'ils font, pour profiter de la musique. Au bout de quelques minutes, le morceau se termine et Arthur se lève de son tabouret sous les applaudissements. Il fait une révérence discrète, puis scrute la salle de son regard perçant, lorsqu'il m'aperçoit, il marche jusqu'à ma hauteur et vient s'asseoir à ma table.

- C'était formidable! Dis-je extatique. Je n'ai jamais assistée à rien de tel avant.

- Merci. Votre enthousiasme me touche. Cependant, je ne m'attendais pas à ce qu'il y ai autant de monde aujourd'hui...

- Ils ont eu l'air d'apprécier...

- Désolé pour mon retard, mais je devais régler quelques affaires avant de venir.

- Je n'ai pas patienter longtemps. J'en ai profité pour commander de quoi boire et manger. J'espère que vous aimez le thé et les sandwich au concombre...

- Qui n'aimerait pas ça? Dit-il, avec ironie. Avant de porter à ses lèvres la tasse que je lui tend.

...

Nous restons près de deux heures à Menke's, à discuter de tout et de rien. Je lui pose toutes sortes de questions sur son parcours et à ma grande surprise, il me répond de bonne grâce. J'apprends notamment, qu'il a commencé le piano à cinq ans et qu'il a jouer professionnellement à dix-huit ans. Il habite seul depuis cet âge là.

- Vous n'avez pas souffert d'avoir quitté votre foyer aussi tôt? Demandais-je lorsque nous sortons de l'établissement et marchons dans la rue.

- Pour être honnête, ce fut une véritable libération. Je n'ai jamais aimé vivre ici! De cette manière, je veux dire. Une grande maison, grouillant de personnel, avec des dîners interminables, boire le thé à 16h...

- Ça n'avait pourtant pas l'air de vous déplaire, il y a quelques instant... de boire le thé? Répondis-je du tac au tac.

- Disons... que vous avez réussi à rendre ça supportable.

Nous nous dirigeons vers le jardin botanique, non loin de là et nous y engouffrons. C'est un endroit paisible et très luxuriant, peuplé de plantes exotiques et de statues d'inspiration grec.

- Vous aviez l'air d'une autre personne en jouant.

- Ah bon? Autre, comment?

- Je ne sais pas. Je vous connais à peine... je dirai juste, que vous vous teniez autrement. Vous étiez à la fois détendu et concentré.

Il m'observe sans répondre. Je détourne la tête, ne pouvant soutenir un regard si pénétrant. Je crois qu'il m'intimide un peu... beaucoup en réalité. Je n'avais jamais fait la connaissance d'une personne comme lui et j'ai l'impression d'être si banale à son contact.

- La musique à cette faculté... de rendre la vie plus supportable. Dit-il pour seule réponse.

Il est plus grave tout à coup, comme-ci un chape de plomb était tombé sur cette promenade qui était pourtant si légère. Je réfléchis à comment retrouver l'insouciance des premiers instants mais ne trouve pas la parade.

- J'ai toujours aimé venir ici. Dis-je calmement. J'ai l'impression d'être ailleurs, dans une contrée lointaine où tout est possible... où ma condition n'a pas d'importance, et porter le nom que j'ai ne signifie pas grand chose... Je suis de celle qui pense que les actes sont le seul et unique reflet de qui l'on est, non les titres de noblesses ou le patrimoine.

Il fronce subrepticement les sourcils, avant de se dérider.

- Vous pensez vraiment ce que vous dites?

- Oui, sinon pourquoi le dirais-je?

- Je ne sais pas... c'est surprenant d'entendre de telles paroles dans la bouche d'une jeune fille comme vous. Désolé d'être directe, mais vous avez grandit dans un milieu privilégié et je pense que vous ne savez pas grand chose du vrai monde. Je veux dire, de ceux qui ne possède rien...

- Vous avez raison, je ne sais pas grand chose, en dehors de ce que je connais, mais cela ne veut pas dire que je ne comprends pas ce qu'il se passe autour de moi. J'ai très peu voyagé, mais j'ai beaucoup lu et je pense que les livres sont une fenêtre sur le monde.

- Rien ne vaut la réalité mademoiselle Wallis. Dit-il laissant apparaitre un petit sourire. D'ailleurs je préfère vous avoir à côté de moi, plutôt que de lire une description de vous.

Je lève la tête vers lui et sourit, surprise par ce compliment impromptu, qui doit être assez rare venant de lui. Encore rougissante de ses paroles, je ne regarde pas où je marche et manque de tomber à terre, mais je sens une main ferme me retenir par le bras. Il me tire contre lui et nous nous retrouvons face à face, nos visages à quelques centimètres l'un de l'autre.

- Vous allez bien? Demande-t-il, inquiet.

- Oui... je... j'ai dû marcher sur quelque chose...

Ses yeux me scrutent encore et cette fois-ci, je m'y perds vraiment, hypnotisée par leur éclats. Il me tient toujours fermement et j'ai une main posée sur sa veste. Il observe ma bouche, et je sens qu'il hésite à choisir entre la galanterie et à assouvir un désir inavoué. Alors que je l'imagine vaciller, il s'éloigne de moi et me lâche.

- Je vais vous raccompagner chez vous. Dit-il, ayant retrouvé ses esprits.

Il passe devant moi, et j'expire calmement, me rendant compte que pendant tout ce temps j'ai été en apnée.

...

Arthur m'a raccompagné à quelques mètre du domaine, avant de s'éclipser. C'est donc discrètement que j'essaye de faire mon retour à la maison. Cette après-midi a été riche en expérience et enseignement. Je ne pensais pas en me réveillant ce matin, qu'elle serait autant bouleversée par le fait de passer du temps avec lui. Il y a quelques chose qui m'attire irrémédiablement vers sa personne. Je ne saurai pas le nommer à proprement parler, mais derrière son apparente dureté, se cache des fêlures encore vives.

De ma vie, je n'avais jamais rencontré quelqu'un d'aussi complexe et fascinant!

- Annabella! Crie mon père de son bureau, alors que je passe dans le couloir.

Je souffle bruyamment, comprenant que je n'ai pas été si discrète que ça. Je me rends à contre coeur dans son bureau, redoutant le moment où je devrai lui mentir...

- Oui papa...

- Ta promenade s'est beaucoup éternisée... Dit-il avec espièglerie.

- Oui, je... il fait si beau, que j'ai décidée de profiter du temps.

- Toute seule?

- Pourquoi me poses-tu cette question?

- Tu veux que l'on joue à ce petit jeu toute la soirée, ou tu vas me dire si cet Arthur s'est comporté comme un gentleman? Je sursaute presque en l'entendant prononcer son nom. Tu veux savoir comment je le sais? Disons que le salon de thé Menke's est le dernier endroit où la discrétion est de mise...

- Écoute, je ne te l'ai pas dit car je savais que maman et toi, vous vous feriez de fausses idées. Nous nous sommes découvert une passion commune pour la musique, c'est tout, rien de plus... Ne crie pas victoire trop rapidement.

- Je ne crie pas victoire... je constate juste qu'il a assez éveillé ta curiosité pour que tu mentes sans scrupule pour allé le rencontrer...

- Je ne t'ai pas mentis, je ne t'ai rien dit, ce n'est pas la même chose! S'il te plait ne dit rien à maman. Dis-je suppliante. Je n'ai pas envie qu'elle me harcèle de question à son propos. Nous n'avons fait que discuter. Il est musicien et forcément nous avons des choses à nous dire.

Il m'observe un long moment avant de m'offrir un sourire généreux.

- Je ne dirai rien à ta mère, ne t'inquiète pas... mais, j'avais raison. Il est digne de toi.

- Comme tu l'a dit hier, c'est à moi d'en décider. Seul le temps te dira si tu avais raison...

...

Allongée sur mon lit, je regarde le plafond depuis maintenant une bonne heure... je me refait le film de cette après-midi passionnante et déconcertante. À un moment, j'ai presque oublié où nous étions et ce que nous faisons tant j'étais heureuse d'être là. C'est incroyable de ressentir de tel sentiment avec quelqu'un qu'on connait à peine. Arthur ne se laisse pas approcher facilement et bien qu'il ai répondu à mes questions, il n'en reste pas moins énigmatique.

Je ne l'avait jamais vu à Bristol, alors que sa famille est l'une des plus influentes du comté. Il m'a expliqué qu'il a été envoyé en pension à un très jeune âge, mais je ne le croisais pas plus pendant l'été... J'ai cru déceler le fait qu'il n'était pas très proche de sa famille, en tout cas comme moi je le suis... il avait même un certain mépris lorsqu'il les évoquaient. Cependant, lorsqu'il m'offrait des sourires fugaces, j'oubliais immédiatement la gêne que je ressentais. Parant son visage d'une lumière légère... Décidément, il n'y a rien de commun à fréquenter un homme comme lui.

Je passe mes doigts sur mon bras, là où il m'a agrippé avec sa main lorsque j'ai failli tomber. Me remémorant la sensation d'être touchée par lui. Un mélange de force et de douceur. Comme quand il jouait du piano...

Arthur Stuart, qui êtes-vous?

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