
Trop tard pour notre Lilas
Chapitre 2
Lilas POV:
La porte claqua derrière moi. J'enfilai mes écouteurs, le volume à fond. Je ne voulais plus entendre leur musique, leurs rires, ni le doux murmure de Natacha. Mon choix était fait. Je rentrais chez moi, à Bordeaux, pour épouser Hermès. Une alliance arrangée par ma grand-mère, mais qui, en ce moment, me semblait la seule issue. Il fallait juste que je finisse mon travail ici. Je ne voulais pas laisser de problèmes derrière moi.
Assise près de la fenêtre, je me plongeai dans mes dossiers. Le soleil se couchait, peignant le ciel de nuances orangées, puis laissant place à l'obscurité. Mes doigts volaient sur le clavier, fatigués mais déterminés. Quand je relevai la tête, la nuit était profonde. Le silence était revenu d'en bas. Ils étaient partis. Probablement avec elle.
Je retirai mes écouteurs, mon corps endolori. Enfin. Le travail était terminé. Mon téléphone s'alluma dans ma main, par réflexe. Un message de Natacha.
« Pourquoi tu n'as pas aimé ma photo ? » Une minute à peine s'était écoulée. Puis un deuxième message. « Désolée. »
J'ouvris son profil. Neuf photos. Un étalage obscène. Une robe de princesse rose. Des escarpins incrustés de diamants. Une voiture de sport rouge. Et au centre, Natacha, blottie entre Adelbert et Robin, souriant d'un air béat. La légende : « Aujourd'hui, moi aussi j'ai été une princesse. »
Elle savait que je verrais. Elle voulait me blesser. Avant, j'aurais été furieuse. J'aurais déchiré mon écran. J'aurais hurlé. Mais maintenant, je ne sentais rien. Le vide.
Mon doigt effleura l'icône du cœur. J'aimai la photo. Après tout, ils n'étaient plus que mes amis. Ils avaient choisi. Tant mieux pour eux.
Le lendemain, je remis ma démission. J'avais besoin de faire le vide.
En rentrant, je commençai à rassembler mes albums photo. Des dizaines d'années de souvenirs, des centaines de clichés. De notre enfance, de nos adolescences insouciantes, de nos voyages. Chaque photo ravivait un souvenir. Les rires dans le parc, les trophées gagnés ensemble, les découvertes du monde. Ils étaient si présents dans ma vie. Chaque instant gravé.
Mais plus maintenant.
Une par une, je les allumai. Les flammes dévoraient les images, les visages, les souvenirs. Je les jetais dans la poubelle, où elles formaient un petit brasier crépitant. Les images se tordaient, se transformaient en cendres.
C'est là qu'ils arrivèrent. Adelbert. Robin. Leurs yeux s'écarquillèrent.
« Lilas ! Qu'est-ce que tu fais ? » Adelbert s'avança, sa voix tremblante.
Je le regardai, mon visage impassible.
« Elles prenaient l'humidité. Je les brûle. »
Robin sauta pour attraper les dernières photos, mais je secouai ma main, les laissant toutes tomber dans les flammes. Il recula, le visage déformé par la chaleur.
« Même si elles prenaient l'humidité, Lilas. Ce sont nos souvenirs ! » Ses yeux étaient embués.
Adelbert, lui aussi, regardait le brasier avec une tristesse muette.
Je me moquai intérieurement. Eux, si indifférents à ma souffrance, pleuraient maintenant pour des photos. Je me demandais ce qu'ils feraient s'ils savaient que je rentrais chez moi pour me marier.
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