
Trompée, Humiliée, Elle Se Bat
Chapitre 3
Avant de débarquer, j'ai envoyé un message à Antoine.
"Atterrissage en douceur ! J'ai tellement hâte de te voir. Ne bouge pas de la zone d'arrivée, j'ai une surprise pour toi."
Je voulais le voir avant qu'il ne me voie, savourer ce moment.
Il a répondu presque instantanément.
"Je ne bouge pas d'un pouce. L'attente est insoutenable. Je t'aime."
Son message m'a totalement rassurée. Le cauchemar était bien derrière moi. J'étais stupide de m'être laissée effrayer comme ça.
J'ai récupéré ma valise et je me suis dirigée vers la sortie, le cœur léger. Je me suis cachée derrière un grand pilier, près des portes automatiques, scrutant la foule.
Je l'ai cherché des yeux, mon Antoine.
Et c'est là que l'horreur a recommencé.
Un homme, portant exactement le même manteau sombre et le même masque de gargouille que dans mon rêve, s'est précipité vers moi.
Non. Pas vers moi. Il semblait juste courir dans ma direction.
J'ai essayé de m'écarter, mais il était trop rapide. Il m'a percutée de plein fouet. J'ai perdu l'équilibre, ma valise a basculé.
Avant que je ne puisse réagir, il m'a attrapée et m'a serrée dans ses bras. Une étreinte de fer.
"Te voilà enfin ! Mon amour, tu m'as tellement manqué !" a hurlé la voix étouffée derrière le masque.
La même odeur de renfermé. Le même contact froid.
"Lâchez-moi !" ai-je crié, me débattant. "Qui êtes-vous ?"
Mon cri a attiré l'attention. Des gens se sont retournés. Le spectacle était absurde : une femme se débattant dans les bras d'une gargouille humaine.
"Mais Camille, c'est moi," a-t-il dit, sa voix pleine d'une fausse blessure. "C'est Antoine, ton mari. Arrête, tu nous donnes en spectacle."
La colère a remplacé la peur.
"Vous n'êtes pas Antoine ! Lâchez-moi, espèce de malade !"
Je lui ai donné un coup de pied dans le tibia. Il a grogné de douleur mais n'a pas desserré son étreinte.
La foule autour de nous grossissait. Des téléphones étaient sortis. J'entendais des murmures, des rires.
"C'est quoi ce délire ?"
"Elle a pas l'air contente de retrouver son mari."
"Franchement, faut avoir des goûts spéciaux pour sortir avec un type comme ça."
"Peut-être qu'elle aime ça, c'est un jeu entre eux."
Leurs mots étaient comme des gifles. La honte me montait aux joues. Ils me jugeaient, moi. Ils pensaient que j'étais partie prenante de cette mascarade.
"Je ne le connais pas !" ai-je hurlé à la foule. "Aidez-moi !"
Personne n'a bougé. Ils regardaient, fascinés par le drame.
L'homme à la gargouille a finalement relâché un peu sa prise. Il a fouillé dans la poche de son manteau et en a sorti un portefeuille.
Il l'a ouvert et a brandi... un livret de famille.
"Regardez !" a-t-il crié à la foule. "Camille Dubois, épouse de Antoine Moreau. C'est écrit ici. C'est un document officiel."
Il a tendu le livret à une femme curieuse à côté de nous. Elle l'a regardé, a hoché la tête et me l'a tendu.
J'ai lu les noms. Mon nom. Et le sien. Antoine Moreau.
C'était impossible. Ce n'était pas un rêve. C'était en train de se produire.
Mais cette fois, j'étais préparée.
"C'est un faux," ai-je dit, ma voix plus ferme que je ne l'aurais cru. "J'ai la preuve que mon mari n'est pas... ça."
J'ai sorti mon téléphone, le cœur battant d'une fureur juste. J'ai ouvert ma galerie de photos, puis le dossier sécurisé.
"Regardez," ai-je dit, prête à montrer les captures d'écran à tout le monde.
Mais le dossier était vide.
Non.
J'ai rafraîchi la page. Vide.
J'ai tapé frénétiquement le nom du dossier dans la barre de recherche. "Aucun résultat."
Une sueur froide a perlé sur mon front. J'ai ouvert Instagram. Le profil d'Antoine.
Les photos avaient changé.
Sur chaque image où il était censé être, il y avait maintenant la gargouille. Lui et moi à la Tour Eiffel, son bras masqué autour de mes épaules. Lui et moi sur une plage, le masque de pierre contrastant avec le sable doré.
La photo de profil d'Antoine était maintenant un gros plan du masque.
"Alors, cette preuve ?" a demandé l'homme-gargouille d'un ton moqueur.
J'ai regardé mon écran de téléphone, puis son masque, puis les visages de la foule.
Leurs expressions avaient changé. La curiosité avait laissé place au mépris.
"Elle est folle."
"Elle voulait le nier en public ? Quelle garce."
"Le pauvre type, il a l'air de l'aimer, et elle lui fait une scène pareille."
Le sol s'est dérobé sous mes pieds. La réalité que je connaissais était en train d'être réécrite, en temps réel, par une force que je ne comprenais pas.
"Non... non, ce n'est pas possible," ai-je murmuré, plus pour moi-même que pour les autres.
"Viens, mon amour," a dit la gargouille, sa voix se faisant douce et persuasive. "Tu es fatiguée. Rentrons à la maison."
Il a de nouveau tendu sa main vers moi.
Cette fois, je n'ai pas crié. Je n'ai pas lutté.
J'ai fait la seule chose que je pouvais faire.
J'ai lâché ma valise et j'ai couru.
J'ai fendu la foule, bousculant les gens, ignorant leurs insultes.
"Reviens, Camille !" a crié la voix étouffée derrière moi.
Je n'ai pas regardé en arrière. Je courais vers le seul endroit où je pourrais peut-être trouver une réponse, une aide.
Vers la seule personne qui ne pouvait pas me mentir.
Le vrai Antoine.
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