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Couverture du roman Traquée par le mensonge

Traquée par le mensonge

À dix-sept ans, Sam Lies pensait avoir trouvé le grand amour, mais cette idylle s'est transformée en un cauchemar marqué par treize années d'infidélité. Désormais trentenaire et mère de deux enfants qu'elle chérit, elle doit tout reconstruire à zéro. Entre les blessures du passé et les mauvais choix de sa jeunesse, Sam livre un récit poignant sur la quête de soi. « Traquée par le mensonge » retrace son combat pour renaître après avoir longtemps vécu dans l'ombre de la trahison.
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Chapitre 2

Le 14 juillet de mes 14 ans

À demi consciente de tes mains

Une soirée qui bat son plein… des amies, des inconnus, de la musique, du bruit, de l’alcool, de quoi fumer et bien s’amuser un vendredi soir d’été par excellence.

Puis cette sensation… cette chaleur… les lumières dansent autour de moi, mon corps bouge au rythme de la musique, j’ai chaud, très chaud, je ris beaucoup et mon corps est indolore, mes jambes sont si légères, mes bras marquent le tempo de cette chanson enivrante. Je me sens bien. Particulièrement absente comme si je me regardais danser sans avoir aucun contrôle de mes gestes.

Tu me regardes mais je ne te vois pas. Je vois tes lèvres bouger mais je ne t’entends pas. Tu es si loin et si indistinct pourtant ton visage est proche du mien. Je peux, je crois, sentir une de tes mains en bas de mon dos, je commence à sentir ton souffle bouillant dans mon cou mais je ne t’entends toujours pas.

Quelques pas et quelques éclats de rire plus tard et je ne vois plus les visages familiers qui m’entouraient il y a peine quelques minutes, je ne vois plus que ton dos et ta main qui tire la mienne. Je remarque aussi ne plus avoir de verre.

La ruelle me paraît sombre et la musique, pourtant si forte, commence à ne plus entraîner mon corps sur sa mélodie. La chaleur s’estompe, mais la peur ne prend pas place comme si…

Comme si je n’avais pas de raison d’avoir peur.

J’ai froid, très froid, les vieux murs de briques grises m’entourent comme un fond de rue sans issue, un endroit où nul piéton ne s’aventure, ou tout juste pour soulager une vessie pleine.

Quelques pas de travers et mes jambes ne me portent quasiment plus, j’ai maintenant l’impression que quelque chose appuie contre mon dos, quelque chose de glacé et d’inconfortable. Je repousse tes mains mais sans savoir exactement où elles se situent sur mon corps, j’arrive à toucher ton visage mais sans te reconnaître.

Qui es-tu ?

Pourquoi je n’arrive pas à te parler ? Je sens encore ce froid dans mon dos mais ne sens plus mon corps. Mes yeux sont lourds, tellement lourds, je me concentre pour garder en tête ton visage, inconsciente de ce que tu es en train de me faire, mais pas dupe de ce que je subis.

Il faut absolument que je garde en tête cette vague empreinte de silhouette qu’est la tienne.

Je sens une de tes mains parcourir brutalement le long de mes cuisses tandis que l’autre doit être ton garde-fou pour m’empêcher de te faire tomber en hurlant qu’on vienne m’aider, mais tu es tout aussi bien conscient qu’à ce moment précis je n’en ai plus la capacité. Pourtant cette main se tient tout près de moi, je peux sentir tes doigts derrière mon oreille qui tirent mes cheveux et sur ton pouce, qui touche ma lèvre, une odeur de cigarette. Donc tu fumes (ou alors tu la tiens pour un copain). Tes mains se tiennent prêtes à serrer mon visage et je serais incapable de m’en défendre. Je ne vais pas perdre mon temps à réfléchir sur quelque chose qui est perdu d’avance pour moi.

Débute alors un drôle de schéma dans ma tête, comme le fait de me dire que ta chemise est une grosse faute de goût, violette mais pas d’une grande classe, plutôt du genre Hawaï. Que tes cheveux, que j’arrive à frôler parfois avec une de mes joues, ne sont pas raides mais frisés et le seul rayon de lampadaire qui se pose sur toi me montre la blondeur moche de tes cheveux crépus. Tes mains ne sont pas douces, j’arrive à envisager le genre de métier avec lequel tu les occupes, et ton odeur n’est pas un parfum mais plutôt un mélange de transpiration et de bière renversée.

J’entends la cloche sonner mais je ne saurais dire quelle heure il est.

Je sais que je ne peux rien faire, mais je peux collecter autant d’informations que possible pour ne pas t’oublier. Je ne saurais expliquer avec certitude ce que tu m’as fait, ni comment tu as réussi à faire de moi cette fille facile et docile, moi qui ne suivrais jamais un inconnu dans une rue sombre.

Je sais que tu as joué avec moi, je sais que cette fraîcheur dans mon dos était le banc vert sur lequel tu m’avais allongée sans pitié. Je ne sais pas combien de temps a duré ton jeu malsain, combien de temps tu as regardé mon corps et les quelques larmes qui ont coulé sans faire de bruit.

Je ne sais pas pourquoi j’ai été ta cible ce soir-là, qu’est-ce qui t’avait fait croire que j’étais une proie désirable, pourtant loin de te désirer.

Ça y est, je revois tes lèvres bouger, je me sens d’un coup plus légère comme si un poids s’était retiré de sur mon corps… je ne te vois plus, je ne t’ai jamais vu partir comme je ne t’ai jamais vu arriver.

Que m’as-tu fait ?

À peine le temps de penser ces mots que mes yeux ont dû se fermer.

C’est la panique qui m’a réveillée, comme si mon âme était sortie de mon corps, ou peut-être encore les rires de fin de soirée des gens, passant non loin de là mais sans m’apercevoir.

J’ai mal au dos, j’ai mal aux jambes, d’ailleurs je suis égratignée sur un de mes genoux. En baissant mon regard, je vois mon tee-shirt qui ne me couvre plus ma poitrine et ma jupe qui est mal mise. En touchant de mes doigts, je sens ma culotte qui ne cache plus mon intimité. Mon esprit dans le vide et le brouillard, je réalise petit à petit que je ne suis pas venue ici seule et encore moins pour vider ma vessie.

J’arrive à me lever de ce banc sali mais je ne trouve plus mes amies et à vrai dire, je n’ai pas la force de les chercher, juste l’envie de marcher du plus vite que je peux et rentrer me coucher chez l’amie qui m’avait invitée à passer la nuit.

En rentrant chez elle, je ne vois personne, ses parents dorment, je suppose, mais mon amie n’est toujours pas là.

Je me suis allumé une cigarette dans le noir, je me suis assise sur la fenêtre et je me revois penser que cette épreuve fera partie du reste de ma vie sans arriver exactement à être claire sur ce qu’il venait de se passer.

Je n’ai pas eu le réflexe d’aller me laver de son odeur qui flottait encore sur mes habits, je voulais au contraire la sentir cette odeur sale et ne pas l’oublier !

Je commence à imaginer ce personnage avec une vie, il doit avoir des amis, une famille. Est-ce qu’à ce moment précis il est en train de rire ou de se sentir coupable ? Se souvient-il de ce qu’il vient de me faire ou l’ivresse de l’alcool a eu raison de ses souvenirs ? Est-ce qu’il me surveillait depuis longtemps ou m’a-t-il juste croisée sur le fil de sa soirée ?

Ma cigarette était presque finie, et je me demandais à présent ce que j’allais faire.

En parler ? Si j’en parlais, il fallait être sûre de moi, les mots que je n’avais pas entendus décrivaient peut-être ce qu’il projetait de me faire, le fait que je n’aie pas repoussé cet homme mal vêtu était peut-être tout simplement mon consentement à ce qu’il découvre mon corps.

Ne pas en parler ? Si je n’en parlais pas, je réussirais peut-être à oublier plus facilement…

Alors, je décidais de me taire et ce soir de 14 juillet restera silencieux.

Un détail néanmoins m’avait convaincue que je n’avais pas imaginé ce qui s’était passé. Tu étais bien réel car ce soir-là sur mes doigts qui écrasaient ma cigarette je vis le sang de mon intimité signer la fin de ma jeunesse.

À l’aube d’une vie imaginée, je ne pouvais me résoudre à faire de ma vie quelque chose de banal.

Je préférais danser sous la pluie plutôt que sombrer dans l’attente d’un orage et pourtant, en un battement de cœur, ma vie allait rebasculer vers un autre enfer.

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