
Traquée par le mensonge
Chapitre 3
Trois ans après…
Je suis engouffrée dans la drogue et dans tout ce qui pouvait me faire échapper à cette vie. Je la voulais autrement mais je n’avais pas le pouvoir ou le courage de la changer.
Je suis restée quelques années dans ce schéma, de mauvaises fréquentations en mauvaises fréquentations. Je passais mon temps à rêver d’une vie meilleure, comme si j’attendais que cela me tombe dessus, comme un miracle.
En attendant, j’enchaînais les journées défoncées, les soirées arrosées d’alcool. Insouciante et inconsciente, je continuais ma triste vie sans but…
Je jouais un jeu dangereux comme si ma vie ne valait pas la peine d’être vécue. Ce qui était sûr c’est que je n’avais peur ni de mourir ni de jouer.
Pourtant j’avais des rêves comme tout le monde. J’aurais voulu faire de grandes études en psychologie. J’aime beaucoup écouter les gens, me mettre à leur place et les aider du mieux que je peux juste avec quelques mots. Les mots dans une vie sont tellement importants car contrairement aux gestes ou aux blessures, les mots restent et ne s’oublient pas.
J’avais le sentiment d’être coincée dans un personnage que je ne voulais être en aucun cas. Mais je n’ai jamais vraiment su qui je voulais être ni comment je devais me comporter. J’avais l’impression de n’avoir aucune personnalité ou au contraire d’en avoir trop. C’était tellement plus facile de salir son image que d’avoir à devenir quelqu’un d’autre. Cela demanderait tellement d’efforts… c’était bien plus simple de rester comme ça…
Mais je me détestais ! j’aurais voulu être comme toutes ces filles, sorties du lycée avec leurs beaux habits, un copain à leur bras retrouvant une vie de famille stimulante et faisant de beaux projets ! Qui j’étais moi ? Je n’avais rien ; en tout cas c’est ce que je pensais puis je me suis vite rendu compte que même si je n’avais rien, je pouvais tout construire seule.
Au final, les moments stones m’ont donné tellement à réfléchir que j’ai fini par exploser de dégoût pour moi-même et ma volonté a fini par être suffisamment grande pour vouloir recommencer une vie que je peux désormais contrôler et surtout aimer.
J’ai 17 ans et je me tiens debout, droite face à ma vie, le regard fixe devant moi malgré ce qu’il y a derrière.
Je vais essayer de la faire courte sur mon enfance et moi, juste assez pour que vous puissiez cerner le personnage de Sam.
Une enfance heureuse. Non je plaisante ! Un père alcoolique et absent, n’exigeant qu’une chose de moi : « la crainte ». Se pensant suffisamment fort pour m’éduquer d’une main de fer et laissant le reste à la main de velours que portait ma mère.
Ma mère… une femme exceptionnelle, dotée d’une patience bien supérieure à la moyenne, comparée à ce rustre, chez qui la moindre porte qui claquait, déclenchait un tourment dans sa tête prenant possession de son corps et de son poing fermé… la table tremblait.
Je passais mes mercredis à regarder les autres papas aimants, braves et gentils, certains étant sportifs, d’autres drôles, et les derniers juste bienveillants.
Le mien n’était pas drôle, mais il savait rire des autres. Il n’était pas sportif mais il savait t’entraîner à l’endurance pour courir dans ta chambre. Et bienveillant… non, mais le seul bon choix de sa vie a été de laisser le contrôle de la mienne à ma mère. Sans elle… eh bien il serait probablement mort, car je l’aurais certainement tué de mes propres mains ! Si je l’avais fait, aujourd’hui, je n’assisterais pas à sa décadence.
La dégradation que l’alcool a eue pour effet sur lui, sans aucune volonté de sa part de vouloir s’en sortir. Ou de vouloir juste rendre ma mère heureuse ! Le bonheur qu’elle aurait mérité pour tout ce qu’elle a enduré et donné.
Du haut de mes 30 ans aujourd’hui, je peux affirmer que sa crainte m’a rendue plus forte, j’ai du caractère, de la franchise, mais aussi beaucoup d’empathie et de compassion.
Il aurait dû comprendre que la crainte n’élève pas l’enfant, la crainte n’est pas une preuve de respect, si seulement il avait fait les choses différemment. Mais l’histoire ne serait sûrement pas la même… vous savez, c’est comme quand vous regardez un film et qu’à travers la télé vous hurlez en essayant d’expliquer à cet acteur que s’il avait allumé ce soir-là, il aurait vu le tueur derrière la porte et rien ne se serait passé… En revanche, le film n’aurait pas existé non plus.
On ne peut pas changer certaines parties de notre vie, mais elles nous ont sûrement apporté quelque chose pour en écrire d’autres ; il faut juste apprendre à écrire sa vie.
De ce fait, je suis devenue un personnage assez torturé, à la fois soumis et évitant tout conflit, tout en étant doté d’un certain courage et dont les pieds ne sont pas faits pour qu’on marche dessus.
Je suis entourée d’une famille très unie. Enfin… cela ressemble plus à un clan de nanas malheureuses en amour qui tombent plus facilement sur des crapauds que sur des princes charmants ! Tu auras beau les embrasser à minuit, ta citrouille se changera peut-être en carrosse mais ton crapaud restera crapaud.
Ma famille se compose donc de mes parents, mes grands-parents, deux personnes merveilleuses, de quelques cousines (merveilleuses aussi bien sûr) et d’une personne différente de moi mais née de la même histoire, ma sœur. Mon exemple, mon amie, mon guide même si avant mes 17 ans on ne s’entendait pas aussi bien que je l’aurai voulu. Pourtant c’est elle qui à ma naissance, voyant que j’étais plutôt mignonne s’était tournée vers ma mère et lui avait dit : « C’est bon ! On peut la garder ». Bien plus tard, sa vie droite à côté de la mienne me rendait vraiment jalouse. Moi, j’avais fait le choix de mauvaises fréquentations, de drogues, de sorties alcoolisées. Je décevais beaucoup ma famille et personne n’arrivait à me remettre sur le droit chemin. Je me disais que si un adulte n’y arrivait pas pour lui-même pourquoi moi je ferais l’effort d’être quelqu’un de mieux ?
Voilà ma petite vie à 17 ans, bientôt 18 ans dans quelques jours.
On peut dire que jusqu’à maintenant je suis une ado qui se cherche (et qui aura mis presque 30 ans à se trouver). Cache-cache était mon jeu préféré et je suis la preuve vivante que l’on peut y jouer seule.
Pendant ma période rebelle d’adolescente, j’ai évité longtemps le cercle familial. Ce n’était pas agréable, je n’étais pas heureuse de rentrer chez moi le soir ; à chaque fois que c’était l’heure de passer la porte d’entrée, une boule me tordait les tripes :
« Est-ce que ce rustre va être là ? » « Est-ce que son humeur va varier selon mes dires ou mes gestes ? »
Ce n’était ni drôle ni réjouissant de rentrer à la maison le soir, tout était sans joie dans cette maison, du moment que sa présence se faisait ressentir.
Non seulement je n’étais pas heureuse mais en plus de ça, ce soir de 14 juillet avait suffi à me dévaster. J’étais en colère contre moi, contre la terre entière de ne pas me comprendre sans avoir besoin de raconter. Je pouvais lire dans tes yeux pourquoi on ne lisait pas dans les miens. Et à l’inverse, j’arrivais parfois à me convaincre que ce n’était rien, que j’avais exagéré mes souvenirs, que je l’avais bien cherché voire rêvé.
Mais tout est en train de changer pour mes 18 ans. Je vais enfin arriver à être quelqu’un de bien, parce que j’ai compris maintenant que personne ne pouvait le faire à ma place ! Je serai bien plus forte que mon père si j’y arrive ! Lui et mon 14 juillet ne seront plus les bourreaux de ma vie ni la cause de mes mauvais choix. Je vais enfin assumer les mauvaises décisions que j’avais prises seule et surtout je veux retrouver une maman et une sœur que j’avais perdues par mon manque de confiance en la vie…
Tout se met en place doucement, j’ai raccroché de la drogue plus facilement que je ne l’aurais pensé. La volonté vous donne la force nécessaire pour vous décrocher ou au contraire vous raccrocher à votre vie.
Je rêvais à ce que j’allais faire de ma vie. Voyager ? Apprendre ? Rencontrer ? Vivre…
Rien n’allait se passer comme je l’imaginais.
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