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Couverture du roman Transforme ses larmes en diamants - Tome 1

Transforme ses larmes en diamants - Tome 1

Héritière richissime à la beauté insolente, Carmen de la Fresnay ne recule devant aucun caprice. Excédés par son tempérament rebelle, ses parents décident de lui imposer une surveillance constante. Saul Rivet, un jeune homme sans-abri et tatoué, devient alors son garde du corps. Recruté par la mère de Carmen, il bénéficie d'une formation et d'un salaire en échange de sa protection. Mais derrière son allure brute, Saul cache une personnalité bien énigmatique.
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Chapitre 2

Le lendemain, un mal de crâne abominable accompagna mon réveil. Une main sur le front, je repensai douloureusement à la réception. Il était vrai qu’une fois tous les invités partis, j’avais un peu forcé sur le rhum. Mes parents et Nomiko avaient dû repartir de l’autre côté de la ville pour régler je ne savais quelles affaires et je m’étais donc retrouvée seule avec Gen.

— Vous buvez ? avais-je demandé en lui tendant un verre.

Gen avait desserré sa cravate, déboutonné les premiers boutons de sa chemise et avait pris place dans le fauteuil bleu nuit de cuir face à moi.

Dès qu’il eut accepté l’alcool, les évènements s’enchaînèrent rapidement et après quelques bouteilles de vin et plusieurs paquets de cigarettes, nous avions décidé d’un commun accord qu’il vaudrait mieux aller se coucher.

Mais la boisson avait encore eu raison de moi. Je me retrouvais maintenant avec une terrible gueule de bois en plus d’une nausée diablement persistante. Je n’eus pas le temps de me plaindre davantage, il était presque huit heures et j’avais pris du retard sur ma journée. Après une brève toilette, j’étais prête pour aller en cours.

Le lycée dans lequel j’étais inscrite me répugnait mais je n’avais pas le choix. Rempli de fils à papa en tout genre et de princesses gâtées jusqu’à la moelle, l’établissement me dégoûtait. Évidemment que je faisais partie de cette catégorie richissime mais j’avais le mérite de ne pas m’en vanter.

— Salut, dis-je à Maddy en balançant mon sac sur la table.

— Hey ! Joyeux anniversaire, je suis vraiment désolée de ne pas avoir pu venir, j’étais coincée chez mes grands-parents pour le week-end…

— Ne t’en fais pas pour ça.

Maddy se mordit la lèvre et sourit à pleines dents. Elle était mon amie et dans ce lycée merdique, c’était l’une des rares personnes pour lesquelles j’éprouvais de l’affection.

Elle était débordante d’une énergie incroyable et rien que de la voir me redonnait un peu de courage. Je vis à ses yeux inquisiteurs qu’elle voulait des détails de la soirée. Je roulai des yeux et souris. Elle eut même droit au détail de la danse avec Gen.

Partout où je passai me valurent les regards curieux des élèves. Durant la nuit, les photos de la réception avaient été publiées dans les journaux et dans les magazines et comme à chaque fois, seuls quelques élèves avec un bon statut avaient pu venir. Les invitations des de la Fresnay créaient beaucoup de jaloux et étaient un objet de convoitise.

Ils salivaient tous devant nos galas que l’on disait si spectaculaires dans le pays entier. Je m’arrêtai dans le cloître de l’établissement et posai un pied sur le banc de pierre pour remonter ma chaussette haute.

— Ta soirée était réussie, de la Fresnay. Dommage qu’on n’ait pas pu danser ensemble.

Je relevai la tête vers le fils d’un célèbre diplomate russe, Alek Voronov. Celui-ci passa le dos de sa main sur son veston noir et m’offrit un sourire en coin.

Lunettes relevées sur le haut du crâne et assez intello, Alek plaisait aux filles et aux garçons. Il faisait un tabac dans l’équipe de hockey et était l’une des fiertés du lycée. Je m’assis sur le banc et détachai mes cheveux.

— Mon argent de poche n’aurait pas été augmenté si t’avais été mon cavalier. Mais peut-être la prochaine fois, qui sait, hasardai-je en haussant les épaules.

Alek éclata d’un de ses rires francs dont il détenait le secret et me fit un signe de la main avant de s’éloigner. Je l’avais vaguement aperçu en accueillant les invités et je l’avais royalement ignoré. L’air commença à se rafraîchir, j’attrapai mon sac et pris la direction de ma prochaine salle de cours.

Naître dans une famille aisée comprend aussi toute l’éducation et les mœurs qui vont avec. Et mes parents avaient un peu forcé sur la case « éducation ». À trois ans, mon père me faisait prendre des cours d’anglais avec la meilleure professeure britannique qui puisse exister. À huit ans, il y eut ensuite le mandarin, le russe, l’espagnol et le latin, sans oublier l’hindi. Les cours d’équitation, d’art, de mathématique avancée et toutes sortes de sports ne passèrent pas à côté non plus.

Vous pourriez croire qu’une fois les langues les plus parlées dans le monde maîtrisées, je serais enfin tranquille. Eh bien non : j’étais actuellement plongée dans l’apprentissage de l’arabe et du japonais.

Jongler d’une langue à l’autre sans difficulté était primordial : dans quelques années, peut-être même quelques mois, je prendrai les rênes de l’entreprise familiale où mon père y avait fait fortune grâce à ses nombreuses relations à l’international.

En attendant, même dans la classe européenne la plus poussée, je me faisais royalement chier. Alek et Maddy m’encadrant et tous deux participant avec une vivacité hors du commun me firent quand même une légère distraction.

Mais les cours de ce lycée se devant d’être le meilleur des meilleurs commençaient à me taper sur les nerfs. De plus, entendre mes deux voisins s’exciter sur leurs chaises avait fait revenir ma migraine.

La nuit tomba vite et quand le chauffeur me déposa devant l’entrée du domaine, il faisait déjà noir. Je pris immédiatement la direction des écuries.

Le domaine où je logeais depuis toujours était il y a une quarantaine d’années un immense centre équestre destiné aux enfants et adultes de la haute bourgeoisie. Après la mort de mon grand-père, mon père décida de rénover le bâtiment principal qui avait maintenant l’air d’un gigantesque hôtel particulier.

Pour honorer la passion de mon grand-père pour les chevaux, les écuries avaient également été entièrement refaites et les quelques hectares de terrain derrière le domaine étaient occupés par la dizaine de chevaux que nous possédions. Le chemin était illuminé par quelques éclairages au sol et je ne pus m’empêcher de sourire en atteignant les écuries

Une fois mon cheval sellé, je m’apprêtai à passer le pied dans l’étrier quand la sonnerie de mon portable retentit si fort qu’Apollon hennit de surprise et secoua frénétiquement la tête.

Je poussai un juron en lisant sur l’écran le nom de père. La discussion fut brève, il me demanda simplement de rentrer immédiatement. Évidemment, il ne précisa pas pourquoi. Mais le ton de sa voix me préoccupa.

Mon père était quelqu’un de doux quand il le voulait et quand il avait quelque chose à me dire, il venait me trouver aux écuries et nous nous rendions ensuite tous les deux faire une balade dans la forêt derrière les champs. Le fait qu’il ne me donne aucun détail était bizarre. Je poussai la lourde porte d’entrée, ma bombe toujours sous le bras, et me dirigeai à grands pas vers le salon.

Ma mère était assise sur le sofa, la mine pâle, et mon père lui frottait doucement l’épaule. Lui aussi avait l’air inquiet. Ses cheveux poivre sel étaient ébouriffés et il tirait de grosses bouffées sur son cigare cubain.

J’étais des plus confuses, je ne voyais pas ce qui pouvait se passer pour mettre mes parents dans un tel état. Je ne l’avais pas vu tout de suite à cause des gros piliers s’élevant du sol au plafond mais je l’aperçus enfin.

Un cri sortit aussitôt de ma gorge et j’accourus vers Gen. Assis face à mes parents, il avait le visage tuméfié et du sang frais coulait de sa lèvre, de son nez et de son front. Il était trempé de sueur, sa poitrine montait et descendait à un rythme irrégulier et saccadé. Nomiko affichait une mine consternée. Son fume-cigarette coincé entre les dents, elle tournait et retournait entre ses doigts un fin poignard.

— Mais… Mais qu’est-ce qui s’est passé ?

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