
Trahi par l'Amour Familial
Chapitre 2
La voiture sentait le tabac froid et la peur. Ma peur. Assise à l'arrière, coincée entre mon « père » et mon « frère » biologiques, je regardais les bâtiments défiler par la fenêtre sale. Chaque kilomètre parcouru me serrait un peu plus la poitrine. Je reconnaissais cette route. Je la connaissais trop bien. C'était la route qui menait à la Zone Grise, la route qui menait à l'enfer que j'avais fui il y a dix ans.
« On y est presque », a dit mon père d'une voix rauque, sans se retourner.
Sa voix était pleine d'une satisfaction malsaine. Ma mère, assise à l'avant, a jeté un regard mauvais dans le rétroviseur.
« Arrête de trembler comme une feuille, Amélie. Tu nous fais honte. »
Amélie Dubois. C'est le nom qu'ils m'avaient donné. Un nom que je n'avais porté que brièvement avant de leur être enlevée, puis que j'avais repris en m'enfuyant, comme pour essayer de me raccrocher à une vie normale qui n'avait jamais été la mienne.
J'ai essayé de parler, mais ma gorge était sèche.
« Où... où est-ce que vous m'emmenez ? »
Mon frère jumeau, Léo, a ricané à côté de moi.
« Tu le sais très bien. Tu retournes à la maison. »
Non. Pas cette maison. Pas cet endroit. La panique a commencé à monter, froide et piquante. Il y a dix ans, j'avais réussi à m'échapper de l'organisation. J'avais trouvé une petite vie, un petit travail, un semblant de paix. Et puis, ils m'avaient retrouvée. Ma famille biologique. Ils étaient apparus à ma porte, pleurant, disant qu'ils me regrettaient, qu'ils voulaient rattraper le temps perdu. Naïvement, je les avais crus. Je les avais laissés entrer dans ma vie.
Et maintenant, ils me ramenaient de force dans le cauchemar. La voiture a ralenti, puis s'est engagée dans une allée privée que je n'avais que trop vue dans mes pires souvenirs. Au bout, il y avait la villa. Immense, moderne, sinistre. C'était le cœur de l'organisation, le quartier général. Mon sang s'est glacé. Ils ne m'emmenaient pas simplement dans la Zone Grise, ils me livraient directement aux chefs.
Mon corps s'est mis à trembler de façon incontrôlable.
« Non... non, pas ici. S'il vous plaît, pas ici. N'importe où, mais pas ici. »
Mon père s'est retourné, son visage déformé par la colère.
« Tais-toi ! C'est à cause de toi que tout ça arrive. Tu es une malédiction. »
La voiture s'est arrêtée devant les portes massives en fer forgé. Ils ne le savaient pas. Ces monstres cupides et ignorants ne savaient pas qui dirigeait cet endroit. Ils pensaient me vendre à de simples criminels riches. Ils ignoraient que les maîtres de cette villa, les chefs de cette organisation internationale, étaient ceux qui m'avaient élevée. Mes parents adoptifs. Ceux que j'appelais « Papa » et « Maman ». Ceux dont la cruauté n'avait d'égale que l'amour étouffant et possessif qu'ils me portaient.
La porte de la voiture s'est ouverte. Léo m'a attrapée brutalement par le bras pour me faire sortir. La peur n'était plus une simple angoisse, c'était une terreur pure et absolue. Je me suis souvenue de ce qu'ils avaient fait à un garde, une fois. Il avait eu le malheur de laisser tomber un vase que ma mère adoptive aimait. Juste laissé tomber. Mon père adoptif avait souri, l'avait appelé dans son bureau. On ne l'avait plus jamais revu. On avait juste entendu des cris, pendant des heures. Et le lendemain, le sol du bureau avait été lavé à grande eau. J'avais sept ans.
J'ai regardé ma famille biologique, le désespoir me submergeant.
« Je vous en supplie. Laissez-moi partir. Je vous donnerai tout ce que j'ai. Je disparaîtrai. Vous ne me reverrez plus jamais. On peut dire que je me suis enfuie. S'il vous plaît. »
Ma mère est sortie de la voiture et m'a regardée avec un dégoût total.
« Tais-toi, misérable. Tu crois qu'on veut de ton sale argent ? On veut s'en débarrasser, de toi. Depuis ta naissance, tu ne nous as apporté que du malheur. »
« C'est vrai, » a ajouté mon père. « Ta mère a failli mourir en te mettant au monde. Et depuis, la malchance nous poursuit. On t'a vendue une première fois pour survivre, et notre vie s'est améliorée. Quand tu es revenue, tout a recommencé à mal tourner. »
Leurs mots étaient comme des coups. Ils ne me voyaient pas comme leur fille, mais comme un objet maudit dont il fallait se défaire pour un bon prix. La haine dans leurs yeux était si pure, si simple, qu'elle en était terrifiante. J'étais leur fardeau, et maintenant, j'allais devenir leur source de revenus.
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