
Touch her and die
Chapitre 2
Je soupirai. Avec Marcie, cette discussion revenait souvent et je ne savais pas quoi lui répondre. Il y avait cette part de moi qui ne voulait pas lui avouer que j'aurais préféré être avec mon âme soeur. Si je venais à lui dire cela, elle serait obligée de mettre au courant les Anciens et je risquerais de me prendre des sermons. Ma mère m'en faisait déjà assez quand je me mettais à flaner et ça me suffisait.
- Je le considère comme mon frère !
Marcie passa une main dans ses cheveux trempés alors que j'allais m'installer sur un des rochers.
- Il faudra bien que tu te décides un jour, Flolène. La date du Conseil approche.
Je n'aimais pas lorsqu'elle prononçait mon prénom entièrement. Ce n'était jamais bon signe.
- Tren a été celui qui t'a le plus gardé durant ta vie. Vous êtes amis d'enfance en plus de ça. Votre amitié peut se transformer en amour. Il suffit d'un pas.
- Pour mon cas, ce pas doit être gigantesque, marmonnai-je.
Elle leva les yeux au ciel et je fis un semblant de sourire.
- Tu devrais voir la manière dont il te dévore des yeux. Tu comprendrais tout de suite ce qu'il ressent pour toi.
Je fis la moue, en imaginant Tren avoir des sentiments pour moi. C'était tout bonnement impossible. Nous avions grandi ensemble et il n'y avait jamais rien eu d'autres qu'une relation fraternelle entre nous.
- Ta mère t'a parlé de la cérémonie pour la nouvelle Lune ?
- Non. Je ne l'ai pas croisé depuis hier. Elle doit être occupée avec le Chef Van Der Sand.
- Tu as 18 ans, et pourtant tu n'as toujours pas eu ta transformation. Et tes sens ? Ils se sont améliorés ?
Je secouai la tête de gauche à droite.
- Rien de rien.
- Étrange.
- C'est sûrement parce que je suis une hybride.
- Peut-être. Ton côté sorcière a dû prendre le dessus.
Oui, ma nature même faisait de moi une hybride.
Rien de bien étrange à cela. J'avais entendu dire par ma mère, Tren et Marcie, qu'au delà de notre territoire, il y avait tout une population de vampire, d'elfe, d'humain, de sorcier et de loup garou qui avait su coexister. Mais en plus de ça, des hybrides étaient nés des liens entre âmes soeurs venant de différentes divisions magiques.
Ma mère était une sorcière de la lignée des Filigna, comme mon ancêtre Darren Filigna, et d'après elle, mon père était un loup-garou très respecté dans sa meute. Je ne savais quasiment rien de lui, seulement qu'il était Bêta et qu'il avait refusé de s'éloigner de ma mère, malgré sa connaissance de sa mort imminente. Étant loup garou, il était naturellement possessif envers sa moitié et très protecteur. Il avait eu l'autorisation du clan Van Der Sand de quitter sa meute et de venir s'installer ici. Mais quelques semaines plus tard, il était décédé.
Malgré tout ce que les sorciers avaient tenté de faire.
Jamais personne n'avait réussi à défaire les liens que cette femme avait tissés autour de notre lignée.
J'étais la dernière de la famille Filigna et il était de mon devoir de perpétuer notre lignée. Mais je ne pouvais pas être avec mon âme soeur.
De un, parce que je ne l'avais pas trouvée. Comment le pourrais-je, coincée dans un territoire que personne ne connaissait à part ceux du clan ?
De deux, parce que je ne voulais pas qu'il meurt, même si je ne le connaissais pas. J'avais cet instinct qui me donnait envie de le protéger qui qu'il ou qu'elle soit.
De trois, parce que ma mère ne voulait pas que je souffre autant qu'elle avait souffert de la perte de sa moitié. Je pouvais avouer que pour cette raison, j'avais du mal à m'imaginer une quelconque souffrance à cause d'un amour perdu.
C'était pour cela que depuis des siècles, le clan Van Der Sand avait mis en place des règles strictes à suivre. Non seulement pour perpétuer la paix dans le monde, mais aussi pour nous éviter de souffrir.
Alors pourquoi avait-il autorisé mon père à venir ici ?
C'était ça que je ne comprenais pas.
Et de leur union, j'étais née. Moi, Flolène, la moitié sorcière et moitié loup garou. Mon côté sorcière était apparu alors que j'avais une dizaine d'année. Mais ce qui concernait mon côté animal, je n'avais eu aucune manifestation de cette part. Peut-être qu'il était réprimé par tout mon côté magique...
- Le clan va renforcer sa protection à l'approche de la Lune bleue. J'ai entendu dire que des meurtres ont été commis en ville ces derniers temps. Des vampires auraient été touchés, tout comme les elfes.
- Un tueur en série ? lui demandai-je en fronçant les sourcils.
- Sûrement. Mais pourquoi ne s'en prendre qu'aux vampires et elfes ?
- Un loup garou ? Un humain ne serait pas assez fort pour tuer un vampire et un elfe.
- Ça aurait pu être un sorcier.
- Tu soupçonnes même tes confrères et consoeurs ?
Marcie haussa les épaules.
- Ce n'est pas comme s'il faisait parti du clan Van Der Sand. Ça se saurait.
Ici, la magie était strictement controlée et les Anciens savaient qui s'en étaient servis. Comment ? Aucune idée ! Mais ils avaient sûrement dû utiliser un sort qui leur permettait de réveler la vérité concernant l'usage de la magie.
- De toute façon, tu es bien protégée ici. Tu n'as rien à craindre.
- Je ne m'inquiétais pas spécialement de ma protection. Mais plutôt de toutes ces personnes en ville...
- C'est sûr qu'avec Tren à tes basques, tu seras protégée !
Je roulai des yeux face à son allusion et je retirai mes chaussures pour plonger mes pieds dans l'eau froide que la cascade déversait.
- Quand est-ce que tu comptes prendre ton tour de garde ? l'interrogeai-je.
- Quand Tren me le laissera !
- Je peux lui en parler...
- Ce serait cool qu'on fasse ça en soirée ! On pourrait se regarder des films ! Une soirée entre filles !
- Oui... J'en discuterai avec Tren en rentrant. Je suis sûre qu'il acceptera.
- C'est normal. Il ne peut rien te refuser.
Je poussai un profond soupir. Cette histoire de liste allait me suivre jusqu'à ce que je ne choisisse mon prétendant. Mais ce qui me taraudait le plus était cette histoire de meurtre en ville.
Qui pouvait bien faire ça ?
Et pourquoi au juste ?
Ne pouvaient-ils pas être heureux alors qu'ils étaient libres de faire ce qu'ils voulaient ? Alors que moi, j'étais condamnée à vivre une vie dictée par les Anciens.
Vivre enchainée par ce sortilège.
Et à ne pas vivre une vie que j'aurais aimé.
J'aurais donné cher pour vivre une vie normale.
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