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Couverture du roman Tonitruances

Tonitruances

Élevée dans le poison des secrets familiaux, une femme se débat contre une rage intérieure héritée de l'enfance. Son existence bascule entre l'anorexie et l'addiction, cherchant désespérément l'amour dans l'excès. En réalisant que ces tourments cachent un mal profond, elle choisit d'affronter son passé. En s'appuyant sur la puissance salvatrice des mots, elle tente de briser le cycle de l'autodestruction pour rebâtir une vie saine et apprendre enfin la sincérité.
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Chapitre 1

Je n’ai pas le souvenir d’avoir été témoin d’un geste de tendresse entre mes parents. Ni d’un mot gentil qu’ils auraient échangé. Il faut que je demande à ma sœur si quelque chose de cet ordre lui vient à l’esprit qui m’aurait échappé, au moins une fois au cours des cinquante ans où nous les avons côtoyés. Le schéma classique de leur jeu relationnel, c’est que mon père dénigre et humilie ouvertement ma mère qui, de son côté, se plaint constamment de lui, revendique un statut de victime et s’emploie à nous liguer contre lui, sans se rendre compte qu’elle nous demande ainsi de détester une part de nous-mêmes. Cette mère qui est la douceur incarnée essaie depuis plus de cinquante ans de nous prendre en otage d’une relation toxique dans laquelle elle nous a toutes les trois enfermées. Elle seule a le pouvoir de mettre fin à ce cirque par un divorce. Malgré mes encouragements réitérés, elle n’a jamais choisi cette option qui nous aurait délivrées des humeurs lunatiques du tyran, permis peut-être d’ébaucher une autre relation avec lui chacune de son côté et qui lui aurait donné à lui une chance de se remettre en question. Elle ne l’a jamais fait, préférant gâcher sa vie et notre enfance. J’ai grandi et j’ai été moulée dans un climat délétère aussi pour mes futures relations affectives. Car réussir une vie de couple avec un pareil handicap de départ, c’est un sacré défi.

Première partie

La dépendance est une maladie insidieuse, progressive et mortelle. Héréditaire aussi, ai-je envie d’ajouter, non pour accabler mes ascendants, mais au contraire pour relever qu’ils ne sont pas plus responsables que moi du bagage qui leur a été transmis. Nous ne sommes pas responsables de notre maladie, mais nous sommes responsables de notre rétablissement.

On ne choisit pas d’être qui on est. Mais avec de bons outils, on a une certaine prise sur qui on devient.

L’un d’eux consiste à conserver sa pire image. À la garder précieusement sous le coude, afin de pouvoir la convoquer chaque fois qu’on serait tentée de flancher. Pour se rappeler d’où on vient et où on n’a pas envie de retourner. Ma pire image peut me sauver la vie. J’ai de la chance : il y en a deux qui me viennent immédiatement à l’esprit.

2000

Ma main serrée sur celle de Romain, j’essaie d’imprimer un rythme. Il tricote de ses petites jambes pour suivre la cadence. J’ai l’impression d’avancer avec le frein à main serré. C’est l’impatience plus que l’effort qui me fait transpirer. Dommage que le type n’ait pas été disponible avant la sortie des classes. Il a dit seize heures. Nous voilà enfin dans son quartier. Un peu en avance. Moi qui ne suis pas physionomiste des lieux pour un sou, j’ai pris mes repères. Un grand bâtiment hideux en bordure de voie, stores délavés, déchirés, la deuxième entrée.

Sur l’interphone, je sélectionne le bouton où il n’y a pas de nom. Aucune réaction. Je presse tous les autres et quelqu’un finit par déverrouiller la porte d’entrée de l’immeuble. On s’engouffre, on monte au premier. Je sonne, j’attends, je frappe, j’attends, je secoue la poignée.

En collant l’oreille contre la porte, j’entends pourtant des bruits de pas et de conversation. Je tambourine de plus belle, finis par sonner en continu jusqu’à ce que quelqu’un, enfin, daigne ouvrir. Une fille. Je lui demande où est son mec ; elle prétend être seule. S’apprête à refermer. J’ai tout juste le temps de glisser mon pied dans l’entrebâillement. Puis je repousse la porte avec la force que me confère toute la rage accumulée. « Ça va pas ? », crie la fille qui a failli se la prendre dans le front. « Qu’est-ce qui se passe ? » La voix du type me guide vers le salon. Il est là. Planqué. Sans rien à vendre. Lui qui m’a fait miroiter une beuh de première qualité, des quantités astronomiques pour une bouchée de pain, n’a pas la moindre boulette à me proposer en guise de dédommagement. Je me suis stressée pour rien. Si j’avais su que j’aurais affaire à un tel branleur, j’aurais pris mes dispositions. Ça m’apprendra à faire confiance. Je parle de plus en plus fort, je hurle, ma frustration se déverse en un flot d’insultes, une éruption de dépit. Je menace de m’incruster jusqu’à la livraison.

Le type réussit à me virer. Je décoche un violent coup de pied dans la porte avant de repartir bredouille. Mon petit Romain me regarde effaré. « Il t’a fait quoi le Monsieur ? »

Je lui explique que ce sinistre individu n’a pas tenu promesse : « C’est très vilain. » En effet, le respect de la parole donnée est une valeur que Paps et Mams ont enracinée en moi. Par des exemples plus constructifs.

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