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Couverture du roman Ton numéro

Ton numéro

Cinq ans après le suicide de sa sœur, Camille continue d'écrire à son ancien numéro. Un jour, une réponse surgit : c'est Ethan, le rebelle populaire du lycée. Derrière ses rodéos nocturnes, il cache la douleur du deuil. Sans le savoir, il confie ses failles à cette intello solitaire qu'il méprise pourtant en public. Alors que Camille a perdu son mobile lors d'une fête, un lien secret se tisse par SMS entre ces deux voisins que tout oppose, ignorant leurs vraies identités.
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Chapitre 1

•Camille•

Je me réveille en pleurs et en nage, collante de transpiration comme si j'avais couru un marathon. Ce cauchemard me colle comme une seconde peau, me hante, me suit comme mon ombre. Mon lit est une fois de plus témoin de mon mal-être, de ma douleur, de ma peine. Je déteste dormir, déteste l'obscurité depuis cette fameuse nuit où tout à basculé, ce moment que je revis sans cesse depuis ... depuis cinq ans en ce jour. Je regarde mon réveil Winnie l'ourson, le dernier cadeau que j'ai d'elle. Il est 1h12 ... même l'heure est une tortionnaire sans répit, dans quelques minutes, ça sera sa date anniversaire de décès. Cette putain de date de merde qui a fait que notre famille est devenue l'ombre de ce qu'elle était. Aujourd'hui, ca fait cinq ans que je vis dans son ombre, que je suis sans cesse comparée à elle, pour le peu d'attention que mes parents me porte.

Je me décide d'aller voir sa chambre, en silence, à petits pas de loups, pour ne pas réveiller mon grand frère ou ma petite sœur, ne pas me faire gauler par mon père qui est sûrement ensevelit sous une tonne de dossier enfermé dans son bureau, ou encore ma mère qui doit sûrement être occupée à regarder le montage vidéo qui est passé en boucle au funérarium, en mangeant de la glace à la pistache, sa préférée. Je passe devant les chambres de mes parents et de ma petite sœur. J'ai du changer de chambre quand elle est venue au monde, j'ai donc prit possession d'une des chambres d'amis du bout. De toute façon je n'ai pas eu le choix, mes affaires étaient déjà installées quand je suis revenue de l'école, le jour où maman a appris qu'elle attendait une petite fille. Je secoue la tête pour ne pas penser à tout ça et j'ouvre en grand sa porte de chambre, ou tout est toujours à la même place. Maman y fait le ménage régulièrement et puis elle vaporise son parfum dans la pièce, comme si elle venait de la quitter pour aller en cours. Ce parfum. J'aime ce parfum. C'est mon préféré. Je regarde la pièce en souriant tristement et un léger frison me parcours quand je regarde la photo sur sa commode. Notre dernière photo tous les cinq, prise une semaine avant sa mort. Elle souriait, un vrai sourire éclatant. Ses beaux yeux verts brillent. Michael, mon frère qui a fêté ses 20 ans cet été, me dit toujours quand on parle d'elle, que nous avons les mêmes yeux verts. Mais pas que. C'est vrai que je lui ressemble beaucoup physiquement. Brune, plutôt mince, un grand sourire. Mon regard se pose sur son cou, ou plutôt son collier et je porte ma main à mon cou. Ce même collier qu'elle m'a offert la veille de sa mort, en souhaitant bon courage pour ma compétition de gymnastique du lendemain, en s'excusant mille fois de ne pas pouvoir y assister. Je ne comprend pas son geste, malgré sa lettre d'excuses ou d'adieu, peu importe le terme employé. Elle me manque, de plus en plus chaque jour, creusant ce trou béant qui me sert de cœur.

Avant de me mettre à pleurer, je préfère quitter sa chambre et refouler ces sanglots tout au fond de ma gorge, les occultant même. Je ne dois pas craquer. Lorsque j'ouvre la porte, je tombe nez à nez avec mon frère, qui me toise légèrement, les bras croisé sur sa poitrine. Je me sens mal alors je préfère baisser la tête et ne pas le regarder. Après de longues minutes, il me prend doucement dans ses bras.

- A moi aussi elle me manque Cam', me murmure-t-il.

Je le serre à mon tour très fort dans mes bras, mes poings me font mal tellement je les serre mais ils sont le seul moyen d'empêcher ces larmes de couler. Comme maman dit toujours "si j'ai mal la main, je ne penserai plus au mal qui ronge mon coeur". Michael m'entraîne vers sa chambre, vers son lit ou je m'allonge. Il me donne alors le t-shirt de ma sœur, celui qu'il garde précieusement en secret de maman pour les coups durs, comme ce soir. Ce t-shirt est totalement affreux, avec le logo d'un ancien groupe de rock dessus. Mais c'était son t-shirt. Alors je le serre contre mon cœur, les paupières tellement scellées qu'elles me font mal, ainsi que mes poings. Michael s'allonge a côté de moi et il me prend dans ses bras. Comme à chaque moment où son absence me fait encore plus souffrir.

- Je suis là Cam'. Endors-toi. Ca va aller. Me promet Mika.

Il passe un bras autour de moi et m'embrasse le dessus de la tête. Je me sens un peu mieux. C'est léger mais ça compte quand même. Je ne mets pas longtemps avant de m'endormir, épuisée par toutes ces émotions refoulées.

Lorsque j'ouvre les yeux, il fait déjà bien jour. Mika dort toujours à côté de moi. Je relève la tête pour voir son réveil. Il est 8h37. Il doit être épuisé de la nuit merdique que je lui ai sûrement fait vivre car il est tous les jours levé à 6h pour lui aller faire son jogging matinal. Je suis vraiment une sale petit égoïste. Je me gifle mentalement pour mon comportement. Non mais sérieusement je devrais penser à la douleur des autres au lieu de la mienne. Lui aussi il a perdu sa sœur, lui aussi il est triste, lui aussi a le cœur déchiqueté en milliards de petits morceaux.

- Cam' ... Arrête de penser aussi fort, les bruit de tes pensées me réveille en hurlant... me dit-il toujours les yeux fermés.

- Et depuis quand tu es réveillé ? Lui dis-je en riant légèrement à ce qu'il m'a dit.

- Oh depuis environ une heure mais je n'avais pas envie de bouger du lit. De toute façon tout le monde dort encore.

Je regarde à nouveau l'heure et il est 9h24. Non seulement je me suis perdue dans mes pensées pendant très longtemps, mais en plus je comprend que la nuit a été rude aussi bien pour nous que pour nos parents.

- Allez Cam', arrête de te torturer l'esprit. Me dit encore Mika.

Je n'ai pas le temps de lui répondre qu'une petite tête brune avec un reflet rouquin se pointe à la porte de la chambre, un doudou dans une main, son pouce de l'autre main dans sa bouche. Elle nous sourit chaleureusement. Ma petite sœur, Roxane. Elle aura 4 ans dans deux semaines. Elle est arrivée dans notre famille comme un cadeau miracle tombé du ciel, envoyé directement par Stella.

- Ze peux venir près de vous ? Maman elle veut pas se lever et papa dort dans sa pièce, nous dit-elle la voix chevrotante.

Mika lui tend les bras pour qu'elle vienne près de nous. Ca me fait tellement mal au cœur qu'elle voit nos parents dans cet état. Elle commence à grandir et à savoir comprendre de plus en plus de choses. Elle pose souvent des questions sur Stella quand elle voit ses photos. Son petit visage se pose justement à l'instant sur une photo accrochée au mur, au dessus du lit de Mika où Stella me prend dans ses bras et où il pose à côté de nous. Elle sourit en voyant nos visages tous souriants sur ce cliché.

- Z'ai demandé un souhait pour mon zanniverzaire. Nous dit-elle toute fière.

- Ah bon et c'est quoi ? Dis-je en lui faisant un bisous sur le front.

- Naaaan z'est un secret, rigole ma petite tornade de sœur sous les chatouilles de Mika.

- Allez dis-le nous ! Nous ça compte pas et on saura t'aider à le réaliser ! Dit mon frère.

Roxane semble réfléchir un petit peu et quand Mika se penche piur la chatouiller à nouveau, elle nous parle enfin de son souhait.

- Ze voudrais une photo de moi avec Stella.

Oh. Putain. De bordel. De merde.

Cette bombe là, on ne l'avait pas vu venir ! Mika se fige et tout se chamboule dans ma tête. Comment lui expliquer que jamais ça ne sera possible ? Qu'elle ne connaîtra jamais sa première grande sœur ? On va lui briser le cœur et anéantir son souhait. Oui nous, Mika et moi, parce que jamais elle ne demandera à maman ou à papa. Et les rares choses qu'elle sait de Stella, c'est nous qui lui avons dites. Mon cœur se serre encore plus et je l'a prend dans mes bras. Elle me regarde avec ses petits yeux tout brillant, attendant que je me décide à lui répondre. Je regarde Mika qui n'en mène pas large au vu de son expression figée. Non, je ne peux pas la décevoir, je trouverai un moyen. Je refuse de briser le souhait d'anniversaire de Roxane. Elle qui est ma petite goûlée d'air frais.

- Je ferais tout ce que je peux pour réaliser ton souhait ma cacahuète d'amour ! Dis-je en lui souriant.

C'est la seule avec qui je ne fais pas un sourire forcé, figé. La seule à qui je souris réellement. Roxane saute en bas du lit et court vers la porte de la chambre.

- Vous venez ? On va manzer des kellogz licorne !

- On arrive, allez oust vas-y déjà préparer des bols. Lui repond Mika.

Mais son ton ne laisse aucune échappatoire à la remontrance que je vais subir. Et ses yeux de glace me donnent raison quand il se tourne vers moi.

- Tu es folle ou quoi ? Comment tu a pu lui promettre une telle chose ? C'est impossible !

- Je sais, je trouverai un moyen, je ferai un montage photo, je ... Commencais-je avant de me stopper et de rire nerveusement sous le regard interrogateur de mon frère.

- Écoute je n'avais pas envie de lui briser le cœur d'accord ?! Continuais-je.

- Mais Cam' réfléchi bordel ! Elle aura le cœur brisé de toute façon quand elle saura que faire cette photo est impossible. Ne fais jamais une promesse que tu ne sauras pas tenir ! Fulmine Mika en se passant la main dans ses cheveux court.

- Je te dis que je vais trouver un moyen... Allez viens on va la rejoindre, de toute façon les parents ne sont certainement pas en état de lui faire son pti dej ... Dis-je pour détourner la conversation.

Mika hoche la tête et sort de son lit, remet le t-shirt de Stella, que j'ai serré dans mes bras une bonne partie de la nuit, dans son placard secret et me tend la main pour que nous allions rejoindre Roxane à la cuisine. Je le rejoins, le cœur tellement serré qu'il se brise encore un peu plus qu'il ne l'est déjà.

Putain de 23 août à la con !

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