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Couverture du roman Ton numéro

Ton numéro

Cinq ans après le suicide de sa sœur, Camille continue d'écrire à son ancien numéro. Un jour, une réponse surgit : c'est Ethan, le rebelle populaire du lycée. Derrière ses rodéos nocturnes, il cache la douleur du deuil. Sans le savoir, il confie ses failles à cette intello solitaire qu'il méprise pourtant en public. Alors que Camille a perdu son mobile lors d'une fête, un lien secret se tisse par SMS entre ces deux voisins que tout oppose, ignorant leurs vraies identités.
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Chapitre 2

•Ethan•

J'ouvre les yeux et je commence à m'étirer dans me lit quand je sens un poids sur mon bras droit. Ava. Sa chevelure blonde dépasse du drap de lit. Je regarde l'heure. Il est 9h20. Je grogne en la faisant rouler sur le côté pour dégager mon bras. Je m'assois sur le bord du lit à la recherche de mon caleçon dans le tas de fringues qui se trouve à côté en me remémorant la soirée d'hier. Le rodéo dans le centre ville avec la nouvelle voiture que papa m'a offert pour mon passage en terminale. Une magnifique Bugatti noire avec des bandes oranges. Elle trône fièrement dans mon garage à côté de ma Yamaha R6 noire qu'il m'a offert il y a un an, juste après la mort de la personne la plus importante de ma vie. Je refoule alors mes idées sombres et je me reconcentre sur ma soirée d'hier. Le rodéo que j'ai gagné haut la main, empochant une très jolie liasse de billets. Puis ma dispute avec Ava parce que j'ai oublié notre anniversaire de rencontre. Deux ans. Alors j'ai du me faire pardonner toute la nuit, en lui promettant qu'elle est ma priorité et en lui donnant du plaisir. Comme à chaque fois qu'on se dispute. C'est devenu tellement habituel. Je ne cherche même plus à lui expliquer le pourquoi de mes actes. Donc je la laisse crier, se fâcher, m'insulter même parfois, et puis je la calme en lui promettant tout ce qu'elle veut entendre et en la baisant au moins trois fois. Parce que ce n'est plus que ça, du sexe de réconciliation. Ca fait un moment que je ne ressens plus vraiment de sentiment pour elle. Je l'aime bien mais sans plus. Elle pourrait m'annoncer que c'est terminé nous deux, ça ne me ferait rien car depuis son décès, je suis vide d'émotions douces. Je ne ressens que de la colère et de la tristesse. Alors être amoureux, très peu pour moi ! De toute façon, pourquoi aimer quelqu'un ? Pour la voir mourir lentement ? Atrocement ? La voir souffrir de cette putain de maladie de merde qui ronge son cerveau au point qu'elle oublie notre prénom ? Non. Très peu pour moi. Je ne suis pas un salaud qui va faire du mal gratuitement mais j'espère qu'Ava va se lasser définitivement de moi et me quitter. C'est la meilleure chose qui puisse lui arriver car de toute façon, je ne suis pas en mesure de lui offrir la vie qu'elle rêve, de tenir mes promesses. Alors autant qu'elle fasse sa vie avec quelqu'un qui saura l'aimer.

Je vais dans la salle de bain tenant à la chambre pour prendre une bonne douche, ça me fera du bien. Et ça me permettra d'évacuer le reste des émanations d'alcool. Je n'ai pas l'habitude de me mettre la tête à l'envers, mais hier elle m'a vraiment gavé avec sa petite crise à la con. Je fais couler l'eau et je me scrute dans le miroir, j'ai une sale gueule. La gueule de bois, la gueule de quelqu'un qui se tape des insomnies ou au mieux qui dort affreusement mal. Je mets l'eau moins chaude pour me réveiller et je reste un bon moment comme ça, immobile, sous la douche presque froide. J'entend la porte de la salle de bain se refermer. Putain ! Elle est pénible à me coller comme si j'étais du miel. Je ne réagis même pas quand elle se colle à mon dos et passe ses mains sur mes côtes pour finir sur mon ventre.

- Ah mais elle est gelée ! Me dit Ava de façon exagérée.

- Elle n'est pas gelée, elle est à peine tiède. Puis tu n'es pas obligée de te laver avec moi si ça ne te convient pas. Lui claquais-je un peu trop méchamment mais sans pour autant la déstabiliser.

- Et si tu la mettais plus chaude pour me prendre sur le carrelage ? Me susurre-t-elle à l'oreille en se hissant sur la pointe des pieds avant de mordiller mon lobe.

D'habitude c'est quelque chose que j'adore, mais là ça m'énerve, ça m'irrite encore plus. Je me décalle d'elle et je lui fait face laissant le jet d'eau qu'elle trouve trop froid entre nous.

- Pas maintenant Ava...

- Je te ne satisfait plus ? Tu n'aimes plus mon corps ? Tu es lassé de moi ? Pleuniche-t-elle.

Sa pseudo souffrance à le don de m'énerver encore plus. Elle fait tout un cinéma pour une broutille. Si au moins c'était une raison valable de pleurer. Ok. D'accord. Mais là ? Sérieusement je sature mais je n'aime pas être méchant quand je n'en ai pas besoin, et je ne vais pas supporter sa petite crise passagère mais tellement agaçante, alors je préfère couper court en me servant d'une excuse.

- C'est pas ça, arrête de psychoter ! J'ai la gueule de bois Ava, j'ai un singe qui joue des cymbales dans le crâne ! Je suis juste pas en état... Dis-je à moitié sincère.

L'image du singe jouant des cymbales est vraie, mais le "pas en état" c'est faux car si je voulais réellement, ce mal de crâne ne m'empêcherait pas de la prendre contre ce mur ! Elle me regarde bouche bée, totalement ahurie par ce que je viens de dire. Merde mon demi-mensonge ne passe pas.

- Quoi ? Dis-je en haussant les épaules.

- Bah rien ... Juste ... un signe qui joue des cymbales ? C'est quoi encore ce truc ? Me demande-t-elle très sérieusement.

- Ava, la peluche, le petit jouet à piles, le petit singe qui joue des cymbales ... ? Non ?

- Bah non je vois pas du tout non. Me répond ma blonde avec une expression incrédule collée sur son visage.

Bordel elle n'est pas blonde pour rien ! Oh c'est affreux ce que je viens de penser. Très affreux. Ma mère était blonde et c'était une femme très intelligente jusqu'à ce que ce foutu cancer lui pète le cerveau...

- Laisse tomber, dis-je en me retournant et en coupant le peu d'eau chaude, ne laissant que la fraîcheur m'envahir.

Elle sort alors d'un coup de la cabine de douche en hurlant que c'est froid et que je suis taré. Je ris tellement elle est loin du compte. Je ne suis pas taré, je veux juste avoir la paix. J'attrape alors la bouteille d'Axe et je commence à me savonner les cheveux et le corps en prenant bien le temps. J'espère que quand j'aurai fini, elle sera partie. Je prend encore bien le temps de me rincer et puis je décide de me savonner à nouveau mais cette fois-ci à l'eau chaude. Je suis bien réveillé. Je prend encore bien tout mon temps pour me laver et me rincer. Je me sèche à la vitesse d'un escargot de compèt'. Je prends mon courage à deux mains pour sortir de la salle de bain, une serviette autour de la taille. A mon grand soulagement, ma chambre est vide. Ouf ! Je remarque que mon téléphone clignote en vert. Un message.

[Ava]

Je suis rentée, ma mère me harcèle pour que je passe la journée avec elle pffff.

Ouais, pfffff ! Elle se plains de sa mère alors qu'elle a la chance de l'avoir avec elle. Elle se plains de devoir passer la journée avec elle alors que je tuerai la terre entière pour pouvoir serrer la mienne dans mes bras pendant un millième de seconde. Elle ne comprend même pas la chance qu'elle a d'avoir une mère en parfaite santé, de pouvoir lui dire combien elle l'aime et combien elle est fière de l'avoir pour mère. Non, elle ne comprend rien tellement elle est trop conne et égoïste.

Je vais dans mon dressing en rage et je cherche de quoi me sapper. Je suis un peu nostalgique quand je vois mes anciennes fringues, celles que ma mère m'offrait. Mais j'ai changé de style vestimentaire depuis son départ. Le gentil garçon a laissé place au petit roi des rodéos sauvages. Je me suis déjà fait alligner quelques fois mais mon père a des relations hauts placées et nous avons de très bons avocats. J'ai commencé les rodéos avec ma moto, peu de temps après que mon père me l'a offert. C'est à ce moment-là que j'ai troqué mon attitude de jeune homme de bonne famille contre le mode adolescent rebelle. D'après mes professeurs je suis un bad boys, d'ailleurs je redouble ma terminale, ça me gave vraiment l'école. J'ai pris conscience que je peux réussir sans me fouler, car quoi que je fasse, mon nom est un ticket d'entrée dans n'importe quelle université, aussi bien Harvard que Stanford ou encore Yale. Je sais que de là où elle est, elle est déçue de la voie que je prend mais je n'arrive pas à avancer sans elle, car c'était mon pillier.

Je secoue la tête en chassant ces pensées funestes de mon esprit et je prend un jeans noir et un t-shirt noir avec serpent délavé dessus et j'enfile un sweat à tirette et capuche bordeaux au dessus. Sans oublier mes éternelles baskets Nike noires et blanches. Ca va encore faire vriller mon père et surtout ma belle-mère de me voir fringué de la sorte. Je ne la supporte pas. Stacy Reed est l'exemple même de la jeune belle-mère profiteuse et arriviste. C'était d'abord l'assistante de mon père dans une de ses filiales à l'autre bout du pays. Puis étant devenue sa maîtresse, il a décidé d'en faire sa secrétaire ici à Phoenix, au siège central de sa boîte. Il a prit la version jeune de ma mère. Jolie, blonde, et le pire de tout, gentille. Parce que oui, Stacy est gentille. Malgré le fait que je lui en veut affreusement pour sa relation avec mon père alors que ma mère se battait contre la maladie, Stacy est toujours de mon côté malgré que je sois dur, voir infecte avec elle. C'est à lui que j'en veut le plus. Lui qui a abandonné moralement ma mère quand il n'y avait plus d'espoir pour sa maladie, lui qui a couru dans les bras d'une fille qui a vingt ans de moins que lui. Parce que c'est ça, Stacy à sept ans de plus que moi mais vingt ans de moins que mon père. J'ai toujours pensé qu'elle était motivée par le fric au delà du fait que mon père soit considéré comme un quadra très séduisant. Ils se sont mariés il y a quelques mois, en avril dernier. Il y a un mois, elle m'a fièrement annoncé que je serais grand frère, comme si j'étais un môme de dix ans. C'est à ce moment-là que mes relations avec mon père se sont encore plus détériorées. Il n'a eu aucun respect envers ma mère en la trompant, puis en épousant la fille qu'il baisait pendant qu'elle agonisait, et il a fallu en plus qu'il lui fasse un enfant. Il me fait gerber au plus haut point. Ca fait à peine un an que ma mère est décédée, et lui il a déjà refait sa vie et fondé une nouvelle famille. Rien que d'y penser, la bile me monte dans la gorge. J'ai hâte de me tirer d'ici. Et il ne pourra pas me couper les vivres, j'ai tout prévu. J'amasse pas mal de tunes avec mes rodéos, je ne vais manquer de rien et il me reste encore presque un an pour amasser encore plus de fric. Je toucherai la part d'héritage de ma mère, ainsi que la part de son assurance vie, lorsque j'aurais 25 ans, vu que je suis leur unique enfant. Mon père lui n'a qu'à s'étouffer avec son fric, je n'en veux pas.

Jusqu'à la fin de ma vie, il restera le sale con qui a trahi ma mère et qui l'a abandonné dans les mois où elle avait le plus besoin de lui.

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