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Couverture du roman Tendresse de Papillon - Tome I: L'éveil

Tendresse de Papillon - Tome I: L'éveil

Isabelle a traversé les épreuves douloureuses de sa propre métamorphose. Au cœur de son cocon intime, son combat contre la précarité a touché ses guides spirituels, qui l'ont menée vers la lumière. Aujourd'hui, cette âme hybride unit deux lignées : celle des enseignants-guérisseurs et celle des passeurs. Dotée d'un fluide curatif, elle transmet son savoir tout en accompagnant les êtres lors des grandes transitions de l'existence, guidant les égarés vers une espérance universelle.
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Chapitre 3

Isabelle grandit, tant qu’elle peut. Pleine d’incertitudes, de doutes et toujours de peurs face à ce que la vie lui réserve. Elle vit dans une maison, avec une famille, une grande sœur. Son école se situe non loin de là. Elle y aime la compagnie de ses amies. Là, c’est la vraie vie ! À la maison, tant bien que mal, il y a une vie aussi.

Son souhait est d’apprendre qui elle est ! Elle souhaite se découvrir et comprendre le monde. C’est comme un secret. Rien ni personne ne pourra la faire dévier de ce projet. Mais ses points faibles résident dans son extrême sensibilité, dans sa timidité, dans son impossibilité à se mettre en avant, dans son envie permanente de se cacher, dans sa propension à se perdre facilement au milieu d’une foule : elle se sent si petite, si différente, sans vraiment pouvoir se l’expliquer. En revanche, elle ressent sa lumière qui brille dans son cœur, cette lumière qui la pousse à aller de l’avant. En même temps, elle sait qu’il est important de protéger cette flamme. Pour cela, elle agit comme lorsque l’on plante une graine : avec patience et délicatesse.

Elle reconnaît la chance d’être là.

Son plus lointain souvenir la ramène lorsqu’elle a quatre ans et qu’elle est catapultée chez sa tante, à Tours. Une séparation du foyer familial nécessaire, car, une fois de plus, sa mère a dû être internée en hôpital psychiatrique. Mais elle a peur, elle n’a plus de repère. Elle est si jeune pour être séparée du foyer, surtout du jour au lendemain. Elle ne garde qu’un souvenir très flou de ce « catapultage », alors elle s’imagine aujourd’hui la scène : son père appelant en urgence sa sœur et ses frères, pour expliquer la situation et demander qui pourrait bien garder les enfants, le temps qu’elle s’apaise. Érynn, sa sœur aînée, est parachutée chez un oncle, déjà père de cinq enfants, et Isabelle chez tante Coco qui en a quatre, bien plus grands, dont une fille, marraine d’Isabelle. Aujourd’hui, elle imagine tante et oncle récupérant cette enfant désemparée, n’apportant qu’un petit sac, en guise de valise. Il faut lui faire une place, expliquer aux leurs qu’il faut « être gentils », ce qui, de toute façon, leur est naturel et spontané. Changement de maison, de famille, d’habitudes, d’école, d’amis… Cette petite fille ne garde pourtant, dans sa mémoire consciente, que le souvenir visuel des oiseaux colorés qui chantent, dans la cuisine de tante Coco et, surtout, de leur amour. Pourtant, les cellules de son corps ont forcément intégré l’abandon et l’insécurité.

Ce séjour dure une année entière.

D’autres séjours, plus courts, suivent chaque fois que son père décide de mettre femme et enfants dehors. Là, ce sont les souvenirs exprimés par les grands-parents maternels qui restent en mémoire. Comme les retrouvailles sur le quai d’une gare, un soir, avec Érynn et Isabelle un peu hébétées, en pyjama, tenant poupée ou doudou, accompagnées d’une mère portant juste un paquet de couches.

Ainsi est le temps de la petite enfance.

Une fois le tiroir de ces souvenirs refermé, le plus proche, chronologiquement, qu’elle puisse ouvrir, la ramène en primaire. Elle a une amie qu’elle ne quitte pas et elle est amoureuse. Ce garçon est bien trop beau pour elle. Il est blond, elle n’arrive pas à détourner le regard du bleu de ses yeux, car lorsqu’elle se plonge dedans, elle y voit l’océan tout entier. Bien sûr, elle en parle à son amie, Nadia. Elle en parle à sa sœur, Érynn, de trois ans son aînée. Elle a déjà de l’expérience dans ce domaine. Elle lui explique « comment ça marche, l’amour ». Mais ce garçon-là est vraiment trop beau, elle ne parvient pas à dépasser ses peurs. Alors, elle rêve… Elle s’imagine… C’est mieux que rien…

L’école est à côté de la maison, c’est bien pratique : elle y va à pied, avec Nadia, le matin, le midi et le soir. Pas de cantine, d’étude, ni de garderie, car la maman d’Isabelle ne travaille pas. Elle ne peut pas, les médicaments qu’elle prend pour traiter sa maladie ont pour principal effet secondaire une constante fatigue. La maman de Nadia ne travaille pas non plus. Ancrée dans ses origines, elle ne se sent pas très à l’aise dans ce pays. De surcroît, sa langue maternelle rend difficile d’entrer en contact avec les autres et de prendre confiance.

Les parents de Nadia sont très gentils. Elle va souvent chez eux, à la sortie de l’école. Les mercredis, les week-ends aussi… Dès qu’elle le peut… Cette famille la rassure, tout chez eux l’apaise : leurs gestes, leurs habitudes, l’odeur des épices, du thé à la menthe, la musique orientale, les doux regards de la maman et le bol de lait qui attend Isabelle après l’école. Elle fait un peu partie de cette famille, dans laquelle elle s’immerge ; elle se nourrit de tous ces parfums ; elle se laisse bercer par cette ambiance. Elle oublie alors, un instant, qu’elle a, elle aussi, une maison, une famille, une histoire, préférant vivre intensément ces instants. Elle gardera toujours un goût prononcé pour le thé à la menthe, pour la musique orientale et les épices…

Quand Isabelle pénètre dans la cour de la maison de Nadia, elle s’arrête pour saluer les poules et les lapins. La maison est petite, la décoration fait écho aux racines algériennes de ses habitants. Les couleurs sont chaudes et ne peuvent que réchauffer les cœurs passant par là

Au contraire, Nadia vient très peu chez son amie. Pourtant, ce n’est pas la place qui manque, le jardin est grand, avec un pommier, un cerisier, une grande cour pour jouer. C’est vrai, la maison est un peu particulière : au rez-de-chaussée, se trouvait autrefois une boutique de charbon, qui a fermé peu après leur emménagement. Cette pièce est alors devenue une chambre supplémentaire : froide et effrayante. Où une chaudière semble rendre l’âme toutes les dix minutes, jour et nuit, en émettant un bruit sourd et régulier, empêchant de dormir sereinement. Isabelle utilise pourtant la pièce adjacente comme chambre : c’est le prix à payer pour s’isoler de l’ambiance familiale…

Il faut monter un escalier pour accéder aux autres pièces. On arrive tout d’abord dans la cuisine, où la vaisselle sale déborde de l’évier, à côté d’une cuisinière à gaz noircie par tous les aliments qu’on y a trop fait griller, d’une table protégée par une nappe cirée dont on ne voit plus les motifs, puisque cachés par les miettes de pain jamais enlevées et la vaisselle sale abandonnée. Autour, les fleurs des murs carrelés sont jaunies par la graisse. La poussière a pris possession des placards. La nausée du visiteur s’amplifie dans les pièces suivantes. Sur la gauche, dans la salle de bain, le tartre prédomine. Pour progresser, il faut enjamber le tas de vêtements, propres ou sales ? On ne sait plus… Mais dont l’odeur humide souligne le tableau général déjà peu réjouissant. Suivent une salle à manger et un salon. Sur le tapis, des années de poussières accumulées en masquent la couleur initiale. Un plaid est posé là depuis si longtemps, qu’on le croirait collé sur le canapé, cachant ainsi un monceau de papiers, de mouchoirs, de poils de chat ou de chien. La table à manger est, elle aussi, recouverte d’une nappe cirée, rendue collante par la confiture ou la sauce, de la veille ou d’un autre jour. Puis vient la chambre des parents, dont il ne faut jamais ouvrir la porte, de peur d’attraper une maladie infectieuse, consécutive à l’inspiration d’une puanteur indélébile. Après un second escalier, on accède à une autre chambre, sous les combles, aussi sale que les autres pièces. Elle respire cependant une certaine sérénité : ses murs sont imprégnés des douces confidences que deux sœurs solidaires s’échangent. Leurs verbes dévoilent d’intimes secrets, qui vont se déposer sur les murs, apportant toute sa légèreté à ce lieu. Enfin, à côté de cette chambre, un immense grenier tapissé de toiles d’araignées est rempli d’objets petits et grands, anciens, cassés ou dépassés : jouets, meubles, vêtements, livres et autres découvertes y sont entassés. À chaque fois qu’Isabelle en pousse la porte, la voilà transportée dans un univers féerique, peuplé de fées et de lutins. Elle adore errer seule, ici, isolée du bruit et des émotions négatives. Un seul souffle, un seul regard, un seul geste et tout est transformé. Son imagination est d’une grande créativité pour inventer une histoire à ce grenier. Le soir tombé, ses habitants imaginaires se métamorphosent en sorcières, ogres et fantômes. Et ses pensées créatives se transforment en autant de peurs et d’angoisses. Une fois qu’elle a quitté les lieux pour regagner sa chambre et aller se coucher, elle reste pétrie par toutes ces sensations.

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