
Les Templiers: Le secret de la 7e Croisade ou le mystère du Dogma
Chapitre 2
Chapitre I
Le secret de Sarah : vers un fantôme familial ?
Paris, jeudi 26 septembre 2013. Il fait chaud et humide. Sarah Ronseil – de son vrai nom « de Ronseil » dont elle a supprimé la particule en raison de problèmes relationnels à son adolescence – est hébergée pour ses études supérieures par son oncle et sa tante, Alexandre et Estelle.
Aujourd’hui, elle a décidé de ne pas sortir pour terminer une analyse de méthode de recherche qu’elle a utilisée pour bâtir sa thèse.
Estelle prépare sa rentrée et Alexandre a pris une semaine de congés. Ils sont tous deux hauts fonctionnaires respectivement dans l’enseignement et au ministère des Finances.
Bien qu’exerçant un métier purement intellectuel, son oncle trouve son équilibre dans les activités manuelles. Il y a deux ans, il a entrepris de construire la maquette de la caravelle Santa Maria. Cette dernière, bien avancée, est stockée à l’étage dans la grande chambre qu’occupe Sarah qui lui sert également de bureau.
Elle est plongée dans sa 6eannée de doctorat. Il lui reste 6 trimestres avant de soutenir sa thèse. Tout comme la Nature, elle a horreur du vide. Elle veut que son travail soit sans faille. Pour cela, elle porte une attention particulière pour trier sa volumineuse documentation et ne pas en mélanger les éléments.
À la pause déjeuner, Sarah a été frappée par le comportement nébuleux de son oncle qui semblait alcoolisé alors qu’il n’en consomme habituellement pas. Par nature réservé, il lui a même fait un compliment sur son décolleté qu’il n’a pas quitté des yeux pendant une bonne partie du repas. Elle a alors pris conscience que l’ambiance était lourde et malsaine au point qu’elle a prétexté de manger comme « une cochonne » pour mettre sa serviette autour du cou.
— Oh, te voilà donc convertie en cochonne ? Tu aurais dû me le dire plus tôt !
Sarah ne relève pas, tellement le ton était encore plus équivoque et inhabituel chez cet homme cultivé et distingué. Le déjeuner s’est terminé sur cette scène et ils se sont séparés après avoir nettoyé la cuisine.
Il est environ 15 h et quelqu’un frappe à sa porte.
— Entrez, mon oncle !
— Je viens chercher la maquette du bateau sur lequel je travaille déjà depuis un moment.
Sarah ouvre la porte à son oncle qui se dirige vers le placard mural où se trouve effectivement la caravelle.
— Je ne pensais pas que vous étiez aussi avancé dans sa construction ! Dites donc, il prend forme : on voit bien que c’est un bateau !
— C’est ça, moque-toi de moi. En d’autres circonstances, ça m’aurait fait rire, mais là, le moment est mal choisi.
Effectivement, Sarah le trouve déstabilisé : depuis quelques jours, il semble absent, sur son nuage comme quelqu’un qui est dans son film qui tourne en boucle. Depuis le début de ses congés, il ne la lâche plus : pourtant très respectueux de sa nièce, il n’hésite pas à lui lancer des « ma chérie » ou « mon amour » toujours suivis d’une caresse plus ou moins équivoque. Quand il lui montre une info sur son ordinateur, il se met toujours derrière elle avec une main sur l’épaule ou autour de sa taille. Sarah a bien remarqué ce rapprochement physique, mais, dans sa naïveté, n’a vu là que des marques d’affection.
Il pose le bateau sur une commode et referme le placard. Là, sans se retourner ; il reste immobile, la tête appuyée sur la porte.
— Je vois bien que vous avez un souci. Que vous arrive-t-il ? Voulez-vous que j’appelle votre médecin ou les secours ?
— Ça ne servirait à rien. Ce n’est pas ce type de soin dont j’ai besoin, mais plutôt de réconfort suite à ce que je vis depuis que je suis en congé.
— Mais enfin que se passe-t-il ? Je ne comprends rien, expliquez-moi !
— Je suis épris de toi. Tu es si belle et si douce que je ne peux m’empêcher de penser à toi jour et nuit. Vivre à tes côtés devient une véritable torture
Sarah, cette jeune femme de 23 ans aux yeux verts, à la silhouette mince, au visage féérique et une chevelure blonde toute en boucles qui possède tous les atouts pour une existence passionnante et rayonnante est soudainement envahie par la terreur : « Non, pas moi, pas moi ! ».
Il s’approche d’elle, les yeux exorbités. Il la prend dans ses bras et serre sa poitrine contre son torse. Il tente de l’embrasser.
Sarah se dégage brutalement et parvient à mettre de la distance en se réfugiant derrière le bureau. Alexandre est incontrôlable : il semble atteint d’une pulsion sexuelle exacerbée, une vraie crise de démence
Alors qu’elle essaie d’ouvrir la fenêtre pour trouver de l’aide, il saute par-dessus le bureau et la tire violemment vers lui, lui arrachant ainsi son chemisier. Il la traîne vers le lit et l’y jette violemment. Là, il continue à lui arracher le reste de ses vêtements. À son tour, il ôte son pantalon…
La douce vie sans nuages qu’a vécue Sarah jusqu’à ce jour s’effondre brutalement. Le poids de ce corps encore à moitié habillé pèse sur le sien. Fermement maintenue, elle résiste de toutes ses forces, mais ne peut lutter devant ce déferlement de violence. N’ayant aucun doute sur l’acte de son oncle, elle se laisse sombrer petit à petit. Son corps lui fait mal, elle ne voit plus rien, elle perd conscience.
Il est 17 h 30. La maison est calme, il n’y a aucun bruit. Sarah reprend petit à petit ses esprits, regarde l’heure, puis, d’un coup, le cauchemar revient, elle est nue sur le lit, sa tête est en ébullition.
Son corps meurtri et sali ne lui laisse aucun doute : son oncle l’a violée. Tout lui revient dans le moindre détail jusqu’à son évanouissement. Elle ne sait pas combien de temps elle est restée inconsciente.
Totalement perturbée et incapable d’organiser ses idées, elle enfile un peignoir, sort de sa chambre pour chercher du secours.
Elle parcourt en courant le long couloir qui mène à l’escalier, et là, scène d’épouvante, c’est l’horreur : son oncle gît au bas de l’escalier et une large tache de sang s’étale sur le marbre du hall. La moquette est repliée et elle fait attention de ne pas s’y prendre les pieds. Arrivée près de son oncle, elle constate qu’il est mort en essayant de le secouer, mais ses yeux restent ouverts, sans aucune expression. La caravelle est totalement détruite et des morceaux jonchent la deuxième partie basse de l’escalier et une grande partie de la salle. L’émotion est si intense qu’elle se croit dans un mauvais rêve et qu’elle va se réveiller, mais il n’en est rien ; elle est bel et bien éveillée et ne sait plus quoi faire, elle ne sait pas ce qu’il s’est passé, elle est totalement désemparée.
Sarah, dans l’incapacité de raisonner, agit comme un automate : elle a fait avertir sa tante au lycée, a prévenu la police, les secours et ses parents qui ont pris le premier avion pour Paris. Sa tante a très mal réagi à la tragédie.
Le commissaire chargé de l’enquête prend en main la scène et autorise le médecin légiste à effectuer les premières constatations. Après un examen sommaire, le légiste conclut provisoirement à une chute dans l’escalier, éventualité confirmée par la police scientifique qui a remarqué que la moquette en haut de l’escalier était soulevée. Il demande tout de même une autopsie, compte tenu de l’absence de témoin et de la notoriété de la victime.
Sarah sera entendue le lendemain du drame par la police à 11 heures au commissariat, étant le seul témoin présent sur les lieux. Hantée par son lourd secret, elle a toute la nuit pour prendre sa décision sur la nature de la déposition qu’elle fera : doit-elle dire toute la vérité au risque d’être soupçonnée du meurtre de son oncle ou être prise pour une menteuse ? Doit-elle jeter le discrédit sur la famille entière, ou ne rien dire de tout cela et s’en tenir à la découverte du corps alors qu’elle allait se rafraîchir à la cuisine ?
Le lendemain, après une nuit sans sommeil, Sarah part pour le commissariat à 9 heures. Elle a enfin pris sa décision sur le contenu de sa déclaration.
Après une errance apathique sur le chemin du commissariat, l’heure de l’audition arrive enfin. Accueillie avec délicatesse par le commissaire lui-même, qui lui demande si elle veut se débarrasser de ses affaires et de son écharpe, elle refuse et s’assoit, prête à répondre aux questions. Essayant de dissimuler tant son état psychologique que physique derrière des pleurs, des soupirs, des faiblesses et son écharpe, elle commence sa narration sans être interrompue dans un premier temps. Le commissaire propose une pause devant une boisson qu’elle accepte avec plaisir. Bien que le récit se suffise en lui-même tant la sincérité est évidente, il insiste sur des détails à la recherche d’une faille du témoignage. Au bout d’une heure, il lâche prise, car tout est clair pour lui.
— Bien, Mademoiselle, je fais taper le rapport que je vous relierai pour signature.
— Et ce sera long ? Je suis fatiguée et j’aimerais rejoindre ma tante.
— Non, une demi-heure et tout sera terminé pour l’instant. Le rapport du légiste devrait nous parvenir d’ici 48 heures.
Le délai passé, le commissaire vient chercher Sarah pour terminer sa déposition.
— Vous avez donc déclaré que vous étiez seule avec votre oncle Alexandre de Ronseil en cette journée du 26 septembre 2013 à son domicile où vous avez une chambre. Est-ce exact ?
— Oui, Monsieur.
— Vous avez déjeuné seule avec votre oncle et ensuite vous êtes montée dans votre chambre pour continuer vos révisions.
— Oui, enfin, pour terminer une analyse de méthode de recherche que j’ai utilisée pour bâtir ma thèse
— Passons, aucune importance. Ensuite, votre oncle est venu frapper à votre chambre vers les 15 heures pour récupérer son bateau. Il a prévu d’en avancer sa construction.
— Oui, c’est bien cela.
— Ensuite…
La porte du bureau s’ouvre subitement et un lieutenant prévient le commissaire qu’un homicide a été commis dans un supermarché suite à une altercation.
— Le coupable a pu s’échapper et il est urgent de cerner le quartier. Vous venez ?
— Non, partez sans moi, je vous rejoindrai.
— Bien Commissaire, à tout à l’heure.
— Nous en étions donc… Ah oui ! Donc votre oncle est dans votre chambre et récupère son bateau.
— Oui.
— Environ, 2 heures et demie plus tard, vous sortez de votre chambre pour aller vous désaltérer et découvrez votre oncle en bas de l’escalier gisant dans une flaque de sang. Vous n’avez rien entendu, car vous aviez mis vos écouteurs pour vous distraire.
— Oui.
— Vous constatez également que la moquette en haut de l’escalier est soulevée au point que vous êtes obligée de l’enjamber.
— Oui Monsieur.
— Après, vous appelez les secours et la suite, on la connaît. Pas d’erreur, c’est bien cela ?
— Oui.
— Alors, vous pouvez signer votre déclaration. Il est de mon devoir de vous informer qu’un faux témoignage concernant un homicide est puni d’une peine de prison de 5 à 10 ans et d’une amende de 50 000 à 2 millions €. Sachant cela, vous pouvez vous rétracter tant qu’il est encore temps, ou confirmer en signant le présent compte-rendu de votre témoignage.
— Écoutez Commissaire, il m’est déjà très dur d’avoir vécu une telle scène que je ne vois pas pourquoi je mentirais. Je confirme donc ma déclaration. Où je signe ?
— Sur chacune des pages des deux exemplaires. Bien, voilà qui est fait. Je vais vous parler en bon père de famille : je vous souhaite beaucoup de courage et essayez d’oublier tout cela en vous consacrant à votre métier qui s’annonce passionnant, si j’ai bien compris.
— Merci, Monsieur le Commissaire.
Sarah, avant de rentrer chez sa tante, décide de faire constater le viol par un médecin aux urgences à Lariboisière. Il est 16 h 30 quand elle rentre chez sa tante qui l’attend, totalement effondrée.
— Alors, comment cela s’est-il passé ?
— Le commissaire Duquène a été très avenant envers moi. L’audition a duré environ 2 heures au total.
— Et que pense-t-il de tout cela ?
— Il est peiné d’autant mieux qu’il vous connaît bien puisque c’est un ami de la famille depuis longue date m’a-t-il dit.
— Oui, enfin surtout de ton oncle. Ils se sont croisés pendant leurs études supérieures, mais je ne sais pas quand.
— Et l’enterrement ?
— On ne sait pas : tant que le corps sera chez le légiste, les pompes funèbres ne pourront pas intervenir.
La soirée s’annonce longue et Sarah décide de concocter un dîner léger pour détendre l’atmosphère si possible.
48 heures plus tard, le rapport du légiste arrive sur le bureau du commissaire que ce dernier s’empresse de lire. « La mort a été provoquée par un violent choc à l’arrière du crâne par un objet non contondant, ce qui confirme que, compte tenu de la position du corps au bas de l’escalier, la victime a violemment heurté le sol de marbre lors de sa chute. De plus, de nombreuses contusions sur le dos, les côtes et les bras prouvent que la victime est bien tombée du haut des escaliers.
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