
Sous contrat avec la mafia
Chapitre 2
L'adresse qu'Anton lui avait donnée menait à une villa à l'extérieur de Milan. Les rues animées de la ville avaient laissé place à des routes bordées d'arbres, un calme presque inquiétant. Quand le taxi s'arrêta devant un portail imposant, son estomac se noua.
La villa semblait tout droit sortie d'un magazine de luxe : une façade en pierre blanche, des colonnes sculptées, un jardin impeccablement entretenu. Mais l'opulence avait quelque chose de froid, d'impersonnel. Rien ici ne respirait la chaleur d'un foyer.
Un homme attendait à l'entrée. Grand, mince, vêtu d'un costume sombre. Livio, devina Clara. Il lui adressa un simple hochement de tête avant de l'inviter à entrer, sans un mot.
Les talons de Clara résonnaient sur le marbre tandis qu'elle traversait le vaste hall. Des œuvres d'art, soigneusement éclairées, ornaient les murs, mais elle n'avait pas le cœur à les admirer. Chaque pas l'amenait plus près d'Anton Romano, cet homme dont le simple nom faisait frissonner les plus téméraires.
Dans un salon à la décoration minimaliste mais luxueuse, il l'attendait, assis dans un fauteuil en cuir noir. Anton était plus jeune qu'elle ne l'avait imaginé, mais son regard trahissait une maturité glaciale. Il se leva à son arrivée, un sourire calculé aux lèvres.
- Clara Bianchi, commença-t-il d'une voix basse et posée. Merci d'être venue.
Elle se raidit.
- Je n'avais pas vraiment le choix, répliqua-t-elle.
Il esquissa un rictus amusé et désigna un fauteuil en face de lui.
- Asseyez-vous.
Elle hésita, mais finit par obéir. Le silence qui suivit était lourd, presque insupportable. Anton la dévisageait, comme s'il cherchait à percer ses pensées.
- Vous ressemblez à votre père, dit-il finalement.
Clara sentit son cœur se serrer.
- Mon père n'a rien à voir avec ça, rétorqua-t-elle sèchement.
- Vraiment ? demanda-t-il, un éclat malicieux dans les yeux. Parce que moi, je pense que tout a commencé avec lui.
Elle serra les poings, tentant de contenir sa colère.
- Pourquoi m'avez-vous convoquée, Romano ? Si c'est pour ressasser le passé, vous perdez votre temps.
Il laissa échapper un léger rire, puis se pencha en avant, croisant les mains.
- Très bien. Allons droit au but. Votre frère me doit une somme considérable.
- Je sais, coupa-t-elle. Et je trouverai un moyen de vous rembourser.
Son sourire s'élargit, mais il n'avait rien de chaleureux.
- Vous ? Et comment comptez-vous réunir 200 000 euros ? En vendant vos petites toiles ?
Le mépris dans sa voix la fit grincer des dents, mais elle garda son calme.
- Je trouverai.
Anton secoua lentement la tête.
- Vous êtes courageuse, Clara. Mais naïve.
Il se redressa, dominant la conversation d'une présence imposante.
- J'ai une autre proposition, continua-t-il.
Elle fronça les sourcils, méfiante.
- Quelle proposition ?
Il fit un geste vague de la main, comme si la réponse était évidente.
- Soyez ma fiancée.
Le silence qui suivit était assourdissant. Clara le fixait, incrédule.
- Quoi ?
- Vous m'avez entendu, dit-il calmement. Devenez ma fiancée pendant un an, et j'efface la dette de Marco.
Elle éclata de rire, un rire amer et nerveux.
- Vous plaisantez, j'espère.
- Je suis très sérieux, répondit-il, son ton glacé contrastant avec le sien.
Clara se leva brusquement.
- C'est absurde. Vous croyez que je vais vendre ma vie pour sauver celle de Marco ?
Anton la regarda sans ciller, un calme inquiétant dans ses yeux.
- Vous n'avez pas d'autre option.
Elle ouvrit la bouche pour protester, mais il l'interrompit.
- Si vous refusez, Marco sera mort avant la fin de la semaine.
Son sang se glaça.
- Vous... Vous n'oseriez pas.
- Essayez-moi, lança-t-il, un sourire froid sur les lèvres.
Clara sentait la colère monter en elle, mêlée à une peur viscérale.
- Vous êtes un monstre, murmura-t-elle.
Anton haussa les épaules, indifférent.
- Peut-être. Mais je tiens toujours mes promesses.
Elle le fixa, ses mains tremblantes de rage.
- Je ne suis pas une marchandise que vous pouvez acheter, Anton.
- Non, répondit-il calmement. Mais vous êtes une femme intelligente. Vous savez reconnaître un marché quand vous en voyez un.
Elle tourna les talons, la mâchoire serrée.
- C'est hors de question.
- Réfléchissez-y, dit-il, sa voix suivant son départ. Vous avez trois jours.
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Clara marcha pendant des heures dans les rues de Milan, le souffle court, le cœur en feu. Les mots d'Anton résonnaient dans sa tête comme un écho implacable.
Quand elle rentra finalement à l'appartement, Marco était toujours là, les traits tirés par l'anxiété.
- Alors ? demanda-t-il dès qu'elle passa la porte.
Elle le fixa, les yeux remplis de colère.
- T'as vraiment aucune idée de ce que t'as fait, hein ?
- Clara, qu'est-ce qu'il a dit ?
Elle inspira profondément, essayant de calmer la tempête en elle.
- Il veut que je devienne sa fiancée.
Marco écarquilla les yeux.
- Quoi ? Mais... Il peut pas faire ça !
- Apparemment, si, répondit-elle sèchement.
Il passa une main dans ses cheveux, désespéré.
- Tu vas pas accepter, hein ?
Elle ne répondit pas, évitant son regard.
- Clara, dis-moi que tu vas pas accepter.
Elle éclata enfin.
- Et qu'est-ce que je suis censée faire, Marco ? Laisser ces types te tuer ?
- Je trouverai une autre solution !
Elle rit amèrement.
- Toi ? Et c'est quoi, ton plan, hein ? Parce que jusqu'ici, tout ce que t'as fait, c'est foutre ta vie en l'air, et maintenant, la mienne avec !
Il resta silencieux, abattu.
Clara se passa une main sur le visage, épuisée.
- J'ai besoin de réfléchir, murmura-t-elle.
Elle se réfugia dans sa chambre, fermant la porte derrière elle. Mais à peine s'était-elle assise sur son lit que son téléphone vibra.
Elle décrocha sans réfléchir, et une photo apparut sur l'écran. Marco, ligoté, un filet de sang coulant de sa lèvre. Une voix anonyme accompagna l'image.
- Vous avez trois jours. Pas un de plus.
Elle sentit le sol se dérober sous ses pieds.
Clara était assise dans l'obscurité de son salon, les jambes repliées contre sa poitrine, le regard fixé sur l'écran de son téléphone. L'image de Marco, ligoté et ensanglanté, hantait son esprit. Elle savait qu'elle n'avait plus le luxe de réfléchir. Les trois jours promis par Anton s'effilochaient à grande vitesse, et chaque minute passée semblait un pas de plus vers l'inévitable.
Le matin venu, elle se décida enfin. Après une nuit sans sommeil, elle enfila une robe noire simple, ajustée mais modeste, choisie pour son caractère neutre. Pas de maquillage, à part une légère touche pour dissimuler ses cernes. Elle voulait apparaître forte, mais l'épuisement pesait sur ses épaules comme une enclume.
Marco dormait toujours, ses ronflements irréguliers emplissant l'appartement exigu. Clara lui lança un dernier regard avant de fermer doucement la porte derrière elle. Cette fois, elle n'allait pas partager ses intentions avec lui.
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Livio l'attendait à l'entrée de la villa, aussi silencieux et intimidant que lors de leur première rencontre. Il lui ouvrit la porte sans un mot, la laissant se débrouiller seule dans ce dédale de couloirs immenses et dénués de chaleur. Clara sentait le poids des regards invisibles des caméras ou des gardes postés dans les ombres.
Anton se trouvait dans son bureau, une pièce somptueuse où les étagères croulaient sous des livres aux reliures dorées, et où un bureau en bois massif trônait au centre. Il était debout près d'une fenêtre, un verre de whisky à la main, observant l'extérieur d'un air pensif.
- Clara, dit-il sans se retourner. Vous êtes ponctuelle.
Elle ferma la porte derrière elle et inspira profondément avant de répondre.
- J'accepte.
Anton se retourna lentement, un sourire imperceptible se dessinant sur ses lèvres.
- J'espérais que vous feriez preuve de bon sens.
Son ton était détaché, presque satisfait, comme si sa victoire avait été une évidence depuis le début.
- Mais j'ai des conditions, continua Clara, tentant de reprendre le contrôle de la conversation.
Il haussa un sourcil, amusé.
- Des conditions ?
- Marco doit être libéré immédiatement, et il ne doit plus jamais être impliqué dans vos affaires.
Anton posa son verre sur le bureau, avançant lentement vers elle.
- Très bien, dit-il, sa voix toujours aussi calme. Mais n'oubliez pas que c'est moi qui fixe les règles ici.
Elle le fixa, tentant de dissimuler le tremblement dans sa voix.
- Vous avez mes conditions. Prenez-les ou laissez-les.
Il la toisa, comme pour évaluer la limite de son audace, puis finit par sourire, cette fois franchement.
- Vous avez du cran, Clara. C'est rafraîchissant.
Il fit un signe à Livio, qui se tenait désormais dans l'embrasure de la porte.
- Relâchez Marco. Assurez-vous qu'il rentre chez lui sans encombres.
Livio hocha la tête et quitta la pièce. Clara sentit un poids se lever de sa poitrine, mais la tension ne disparut pas pour autant.
- Maintenant, reprit Anton, parlons des modalités de notre arrangement.
Elle s'assit, bien que ses jambes tremblantes menaçaient de la lâcher.
- Pendant un an, continua-t-il, vous serez ma fiancée. Vous m'accompagnerez lors d'événements publics, dîners, réunions. Et vous jouerez le rôle à la perfection.
Clara serra les poings.
- C'est tout ?
Il éclata de rire, un rire franc mais chargé d'une certaine condescendance.
- Clara, Clara... Vous pensez vraiment que c'est si simple ? Vous devrez être convaincante. Cela inclut des gestes d'affection en public.
- Comme quoi ? murmura-t-elle, méfiante.
- Des regards, des sourires. Peut-être même quelques baisers, dit-il avec un éclat malicieux dans les yeux.
Elle rougit de colère et d'embarras.
- Vous vous fichez de moi.
- Pas du tout. Si nous faisons cela, nous devons le faire correctement.
Clara sentait la rage monter en elle, mais elle savait qu'elle était désormais coincée.
- Très bien, finit-elle par dire à contrecœur.
Anton s'approcha, tendant une main.
- Alors, scellons notre accord.
Elle le fixa un instant, hésitante, puis serra sa main, ressentant le froid glacial de sa paume comme un écho de ce qu'elle venait de perdre.
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