
Sous contrat avec la mafia
Chapitre 3
Quelques jours plus tard, Clara se retrouvait dans un restaurant chic au cœur de Milan. La salle était illuminée par des lustres en cristal, et des murmures feutrés flottaient entre les tables couvertes de nappes immaculées.
Anton, impeccable dans un costume sombre, semblait parfaitement à l'aise. Clara, elle, se sentait comme un imposteur, chaque détail autour d'elle lui rappelant qu'elle n'appartenait pas à ce monde.
- Détendez-vous, murmura Anton en s'asseyant en face d'elle. Vous avez l'air d'une criminelle en fuite.
- Et comment devrais-je me sentir ? rétorqua-t-elle à voix basse.
Un serveur s'approcha, posant des verres de vin devant eux. Clara remarqua une jeune femme parmi le personnel, aux cheveux courts et aux mouvements nerveux. La serveuse semblait plus attentive qu'elle n'aurait dû l'être, et Clara sentit une étrange sensation de malaise.
Anton, lui, ne prêtait aucune attention à ce détail. Il souriait, échangeant quelques mots avec des clients à des tables voisines, jouant parfaitement son rôle d'homme charismatique.
- Maintenant, souriez, ordonna-t-il doucement en se penchant vers elle.
- Je n'ai aucune envie de...
- Clara, interrompit-il, son ton se durcissant. Souriez.
Elle obéit, un sourire forcé se dessinant sur son visage. Anton posa une main sur la sienne, un geste calculé qui attira l'attention de quelques regards indiscrets.
- Vous voyez ? Ce n'est pas si difficile.
Elle serra les dents, mais garda son sourire, consciente que chaque seconde passée ici était une épreuve.
Alors qu'ils terminaient leur repas, Anton reçut un appel. Il décrocha, son visage se durcissant immédiatement.
- Oui ? demanda-t-il, son ton glacial.
Clara sentit l'atmosphère changer. Il se leva brusquement, glissant un billet généreux sur la table.
- Nous partons, annonça-t-il sans plus d'explications.
- Quoi ? Pourquoi ?
- Ne posez pas de questions.
Elle n'eut pas le temps de protester. Anton lui attrapa le bras, la guidant vers la sortie. En montant dans la voiture qui les attendait, elle remarqua l'air grave de Livio, qui se trouvait déjà à l'intérieur.
- Un de nos entrepôts, murmura ce dernier. Incendié.
Anton se tourna vers Clara, son regard perçant.
- Restez silencieuse.
Elle obéit, mais son esprit bouillonnait. Pour la première fois, elle entrevoyait la violence latente qui entourait Anton Romano. Et elle savait que cette nuit n'était qu'un avant-goût de ce qui l'attendait.
Le souffle de l'incendie semblait encore imprégner l'air lorsque Clara entra dans le vaste salon de la villa. Elle n'avait pas prononcé un mot depuis leur retour précipité du restaurant, et Anton ne lui avait donné aucune explication supplémentaire. Pourtant, elle sentait que quelque chose d'important venait de se jouer, que cet incendie n'était pas qu'un simple accident.
Assise sur le canapé, elle observait Anton qui parcourait nerveusement la pièce, un téléphone à l'oreille. Son visage, d'ordinaire si impassible, trahissait une tension qu'elle ne lui avait encore jamais vue. Livio, posté près de la porte, écoutait attentivement, mais son regard semblait ailleurs, comme absorbé par ses propres pensées.
- "Je veux un rapport complet dans deux heures, pas une minute de plus," claqua Anton dans son téléphone avant de le raccrocher avec force.
Clara prit une inspiration discrète mais profonde. Elle savait qu'il ne l'appréciait pas lorsqu'elle posait des questions, mais son silence lui pesait.
- "Qu'est-ce qui s'est passé ?" demanda-t-elle finalement, la voix plus ferme qu'elle ne l'avait imaginé.
Anton s'arrêta, son regard perçant se posant sur elle.
- "Un entrepôt a été incendié," dit-il simplement.
- "Par qui ? Pourquoi ?"
- "Ce n'est pas votre problème."
Clara se redressa légèrement.
- "Si je dois continuer à jouer votre fiancée, peut-être que ça le devient."
Anton haussa un sourcil, visiblement amusé malgré la gravité de la situation.
- "Vous apprenez vite," répondit-il avant de reprendre un ton plus sérieux. "Le cartel de Moretti. Ils ont voulu envoyer un message."
Clara sentit son estomac se nouer à l'entente du mot "cartel". C'était un monde qu'elle ne comprenait pas, un monde qu'elle n'avait jamais voulu effleurer.
- "Et vous allez faire quoi ?" murmura-t-elle, redoutant la réponse.
Anton la fixa un instant, comme s'il pesait ses mots.
- "Répondre."
Livio toussota légèrement, attirant l'attention d'Anton.
- "On a peut-être une taupe," dit-il à voix basse.
Anton fronça les sourcils.
- "Tu crois ou tu sais ?"
Livio détourna légèrement le regard.
- "Certains indices pointent vers quelqu'un, mais rien de concret pour l'instant."
Anton avança d'un pas, son ombre massive projetée sur Livio.
- "Je ne veux pas de suppositions. Trouve-moi une réponse claire."
Livio acquiesça avant de quitter la pièce sans un mot de plus.
Plus tard dans la journée, Clara profita d'un moment de répit pour appeler Giulietta. Elle avait besoin de parler, de se confier à quelqu'un qui ne faisait pas partie de cet univers oppressant.
- "Clara, qu'est-ce qui se passe ? Tu as l'air... différente," lança Giulietta dès qu'elles s'installèrent à une table de café en terrasse.
Clara hésita, jouant nerveusement avec la cuillère dans sa tasse.
- "C'est compliqué," finit-elle par dire.
Giulietta pencha légèrement la tête, l'air à la fois curieuse et inquiète.
- "Tu sais que tu peux tout me dire."
Clara inspira profondément.
- "Marco a des ennuis. Et pour l'aider, j'ai dû... accepter quelque chose."
- "Accepter quoi ?"
Clara baissa les yeux.
- "C'est... Anton Romano. Il m'a demandé de... de prétendre être sa fiancée."
Le visage de Giulietta se figea.
- "Anton Romano ? Celui qu'on appelle 'l'Ombre de Milan' ?"
Clara fronça les sourcils.
- "Tu le connais ?"
Giulietta hocha la tête, visiblement troublée.
- "J'en ai entendu parler. Clara, cet homme n'est pas un simple entrepreneur. Il est dangereux."
Clara sentit une vague de panique monter en elle.
- "Je n'avais pas le choix, Giulietta. Marco... Il aurait pu mourir."
Giulietta posa une main sur celle de son amie, son regard sincère et inquiet.
- "Écoute-moi bien. Si tu restes dans ce monde, protège-toi. Prends des notes, garde des preuves, n'importe quoi. Mais ne fais jamais entièrement confiance à ces gens."
Clara hocha la tête, même si l'idée de recueillir des preuves contre Anton lui semblait à la fois terrifiante et irréaliste.
De retour à la villa, Clara trouva Anton dans le salon, assis sur un fauteuil en cuir, un verre de whisky à la main. Livio était revenu et semblait lui faire un rapport détaillé, mais leur conversation s'interrompit à l'arrivée de Clara.
- "Vous avez terminé ?" demanda-t-elle en les regardant tour à tour.
Anton hocha la tête.
- "Pour l'instant. Pourquoi ?"
Clara haussa les épaules, feignant l'indifférence.
- "Je voulais juste savoir si tout était réglé."
Anton se leva, ajustant les boutons de son costume.
- "Rien n'est jamais réglé dans ce monde, Clara. Tout est un jeu de pouvoir."
Elle sentit un frisson lui parcourir l'échine.
- "Et moi, je suis quoi ? Une pièce dans ce jeu ?"
Il s'approcha, son regard la transperçant.
- "Vous êtes bien plus qu'une pièce. Vous êtes un atout."
Avant qu'elle ne puisse répondre, un bruit à l'entrée attira leur attention. Une femme venait de franchir la porte, escortée par deux gardes. Elle portait une robe rouge éclatante, et ses cheveux noirs cascadaient en vagues sur ses épaules.
- "Giulia Moretti," annonça Livio, visiblement sur ses gardes.
Clara sentit son cœur s'emballer. Giulia. La sœur du chef du cartel rival.
Anton sourit, mais c'était un sourire dangereux.
- "Giulia. Quel plaisir inattendu."
La femme s'avança, son regard défiant celui d'Anton.
- "Je viens en paix, Anton."
Clara ne savait pas pourquoi, mais elle sentit que cette femme allait bouleverser l'équilibre déjà précaire de sa nouvelle vie.
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