
Son regret, notre adieu irrévocable
Chapitre 2
Point de vue d'Alix :
Le monde est revenu à la netteté, une lumière fluorescente crue m'aveuglant. Ma tête me lançait. J'étais sur un brancard, un ambulancier au visage bienveillant vérifiait mes pupilles.
« Léo », ai-je croassé, ma voix rauque. « Où est Léo ? »
« Votre fils est avec son père », a dit doucement l'ambulancier. « Ils sont juste au bout du couloir. On lui fait une radio. »
Mon sang s'est glacé. Son père. L'homme qui avait tordu le bras de mon fils.
Cédric est apparu dans l'embrasure de la porte, son visage pâle et tiré. Il m'a regardée, puis l'ambulancier.
« Elle a appelé la police. » Sa voix était plate, accusatrice.
« Oui, je l'ai fait », ai-je dit en me redressant. Une vague de vertige m'a submergée. « Et je le referais. »
Il a ignoré mes paroles, s'approchant.
« Tu vas vraiment faire une scène, Alix ? Traîner notre famille dans ce désordre public ? »
« Notre famille ? » J'ai ricané, un rire amer s'échappant de mes lèvres. « Il n'y a plus de "notre famille", Cédric. Pas après ce que tu as fait à Léo. »
Ses yeux se sont durcis.
« C'était un accident. Et tu réagis de manière excessive. Garance est fragile. Tu l'as contrariée. »
J'ai reculé d'un mouvement brusque quand il a tendu la main vers la mienne.
« Ne me touche pas. » Ma voix était un grognement. « C'est fini, Cédric. Je veux le divorce. »
Il s'est figé, sa main toujours suspendue dans les airs. Sa mâchoire est légèrement tombée.
« Le divorce ? Alix, tu es sérieuse ? »
« Mortellement sérieuse. J'en ai fini. Je prends Léo, et je pars. »
Juste à ce moment-là, Garance, toujours l'air fragile mais avec une lueur inquiétante dans l'œil, est entrée dans la pièce en flottant, s'appuyant lourdement sur une infirmière.
« Oh, Cédric, mon chéri, est-ce qu'Alix va bien ? Et le pauvre petit Léo ? Je me sens si mal pour tout ça. Ma tête... elle me fait si terriblement mal. » Elle a pressé une main sur son front, une image de souffrance délicate.
J'ai failli vomir. Sa performance était impeccable.
Elle continue de te manipuler, Cédric. Tu ne le vois pas ?
« Tu te sens mal ? » ai-je craché, ma voix chargée de venin. « Tu as failli casser le bras de mon fils. Tu l'as mis à l'hôpital. Et tu joues encore la victime ? »
Garance a haleté, ses yeux s'écarquillant de douleur feinte.
« Alix, comment peux-tu dire une chose pareille ? Je me souviens à peine de ce qui s'est passé. Le médecin a dit que mon amnésie s'aggrave quand je suis stressée. Tu ne fais que... rendre les choses pires pour tout le monde. » Elle s'est mise à trembler, sa lèvre inférieure frémissant.
« Ne t'inquiète pas, ma chérie », a murmuré Cédric en passant un bras autour d'elle. Il m'a fusillée du regard. « Alix, arrête. Tu la contraries. »
Mon regard a croisé celui de Garance par-dessus l'épaule de Cédric. Ses yeux, habituellement si doux et perdus, étaient perçants et froids. Un message silencieux est passé entre nous : j'ai gagné.
« Oh, je vois », ai-je dit, ma voix dangereusement calme. « Alors maintenant, c'est moi le problème. Pas la femme qui a systématiquement tourmenté mon fils et moi depuis qu'elle est revenue dans nos vies. Pas la femme qui utilise la mémoire d'Adrien comme une arme. Pas la femme qui vient de mettre la vie de Léo en danger. »
Garance a gémi, son corps tremblant.
« Tu es si cruelle, Alix. Comparer Léo à Adrien... Adrien était un champion. Un talent naturel. Un garçon si fort, si courageux. Léo... eh bien, il est si sensible, n'est-ce pas ? Si facilement effrayé. » Ses mots, doux et dégoulinant de fausse sollicitude, étaient un poison destiné à Léo.
« Et toi », a-t-elle continué, tournant son regard vers moi, sa voix maintenant un murmure aigu, « tu es une mère épouvantable, de le laisser être si faible. Tu le couves trop. »
Mon sang a bouilli.
« Comment oses-tu ! Tu n'as aucun droit de parler de mon fils, ou de ma façon de l'élever ! »
Soudain, Garance s'est agrippée la tête en poussant un cri aigu.
« La douleur ! C'est si intense ! » Elle a chancelé, s'effondrant de façon théâtrale contre Cédric.
Cédric est immédiatement passé en mode protection totale. Il m'a repoussée, fort, me faisant presque tomber.
« Garance ! Ça va ? » Il la tenait fermement, le dos tourné vers moi. « Alix, regarde ce que tu as fait ! Tu l'as déclenchée ! Tu ne vois pas qu'elle est malade ? »
Mon coude a heurté le mur solide, une nouvelle douleur fulgurante s'est allumée. Ma tête pulsait.
« Elle est malade ? » ai-je répété, ma voix rauque d'incrédulité. « C'est un monstre manipulateur, Cédric ! Et tu es trop aveugle, trop consumé par ta propre culpabilité, pour le voir ! »
Il s'est retourné, ses yeux flamboyants.
« N'ose pas parler de Garance comme ça ! Elle souffre ! Contrairement à toi, qui sembles te complaire dans le drame. C'est toi qui causes tout ça ! Tu aggraves son état ! » Sa voix s'est élevée, attirant l'attention des infirmières.
« Et Léo ? » ai-je exigé, ma voix se brisant. « Et Léo, alors ? C'est un garçon sensible, oui ! Mais il est gentil. Il est aimant. C'est notre fils, Cédric ! Pas un remplaçant pour Adrien ! Pas un punching-ball pour la maladie de Garance ! »
Son visage s'est tordu.
« Léo est trop mou. Il doit s'endurcir. Il doit apprendre la résilience. Comme l'était Adrien. » Il a secoué la tête, son regard me balayant avec dédain. « Tu le gâtes. Tu le rends faible. Et si tu penses que tu vas me l'enlever, tu te trompes lourdement. Je me battrai contre toi à chaque étape. Je m'assurerai que tu n'aies rien. Pas un centime. Pas même un droit de visite. »
Une douleur fulgurante a traversé ma tête, couplée à la pulsation dans mon coude. Je me sentais faible. Mais au milieu de la douleur, une résolution froide et dure s'est solidifiée.
Garance, voyant la colère de Cédric, a laissé échapper un autre gémissement doux, pressant ses tempes.
« Oh, ma tête, Cédric. J'ai l'impression qu'elle va exploser. »
Sans un mot de plus, Cédric l'a soulevée dans ses bras, m'ignorant complètement.
« Ramenons-toi dans ta chambre, ma chérie. Tu as besoin de repos. De paix. »
Alors qu'il la portait devant moi, les yeux de Garance, grands et triomphants, ont croisé les miens. Une lueur de satisfaction cruelle les a traversés avant qu'elle n'enfouisse son visage dans l'épaule de Cédric.
Je les ai regardés partir, un calme étrange m'envahissant malgré la douleur. Il pense qu'il peut me menacer. Il pense qu'il a tout le pouvoir. Il pense que je suis encore la femme naïve qui l'a épousé par pitié et par désir désespéré d'une famille.
Il a tort. Tellement tort.
Un sourire sinistre a effleuré mes lèvres. Cédric, malgré toute son intelligence et son succès, était sur le point d'apprendre une leçon très dure sur le fait de sous-estimer une femme qui n'a plus rien à perdre mais tout à protéger.
Le contrat de mariage. Celui sur lequel il avait insisté, pensant que ce n'était qu'une formalité pour protéger son vaste empire. Il ne s'était jamais imaginé qu'il me protégerait, moi. Tout était là, soigneusement négocié par mon avocat malin mais discret, des clauses assurant la garde exclusive de tout enfant né de notre union, ainsi qu'une indépendance financière substantielle, si le mariage venait à se dissoudre dans des circonstances spécifiques. Des circonstances qui venaient d'être remplies, et bien plus encore.
Il voulait se battre ? Très bien. J'avais tout ce dont j'avais besoin. Et je me battrais pour Léo avec chaque fibre de mon être.
Je le quitterais. Et il ne le verrait même pas venir.
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