
Six Minutes Pour Détruire L'Amour
Chapitre 2
La musique s'est arrêtμένη, mais le silence qui a suivi était assourdissant.
Je fixais l'écran de mon ordinateur, mes doigts figés au-dessus du clavier.
Le nom d'Antoine Leclerc était en tête des classements, juste à côté du titre de sa nouvelle chanson : « L'Écho de nos adieux ».
Sa chanson.
Sortie à 19h54.
La mienne, la même, était programmée pour 20h00.
Six minutes.
Six putains de minutes qui avaient détruit ma vie.
Encore une fois.
C'était la cinquième fois ce mois-ci. Cinq chansons, cinq chefs-d'œuvre que j'avais passés des nuits à composer, et à chaque fois, Antoine publiait une copie carbone quelques minutes, parfois quelques heures, avant moi.
Mon téléphone a commencé à vibrer frénétiquement sur le bureau.
Je n'avais pas besoin de regarder. Je savais déjà ce que c'était.
Les notifications de Twitter, Instagram, les forums de musique...
« Marc Dubois, le roi du plagiat. »
« Il n'a aucune honte, il copie même le timing. Pathétique. »
« Antoine est un génie, Dubois n'est qu'un voleur. »
Les mots étaient comme des coups, directs et brutaux.
Le pire, c'est que personne ne voulait voir l'évidence. Comment aurais-je pu plagier une chanson sortie six minutes plus tôt ? Le processus de mise en ligne sur les plateformes prend des heures, parfois des jours. C'était techniquement impossible.
Mais la vérité n'intéressait personne.
Antoine était charismatique, il était l'ami de tout le monde, le gendre idéal que les mères adoraient.
Moi, j'étais juste le type talentueux mais un peu maladroit, passionné par sa musique et rien d'autre.
Dans l'arène publique, le charisme l'emportait toujours sur la logique.
Mon agent, Philippe, m'a appelé. Sa voix était tendue.
« Marc, qu'est-ce qui se passe ? C'est encore arrivé. Universal vient d'appeler, ils suspendent la promotion de l'album. »
« Ce n'est pas moi, Philippe. Tu le sais. »
« Je le sais, mais ils s'en foutent. L'opinion publique te démolit. On perd des contrats, des partenariats... C'est une catastrophe. »
Je me suis frotté le visage. La fatigue était si profonde qu'elle semblait s'être incrustée dans mes os.
Ma petite amie, Chloé, n'avait même pas appelé. Actrice en pleine ascension, elle avait commencé à prendre ses distances dès le début du scandale. Son silence était plus blessant que les insultes des inconnus.
La situation a empiré de jour en jour.
Le cyberharcèlement est devenu une avalanche. Mon adresse a fuité en ligne. Des gens campaient devant mon immeuble, taguant « PLAGIEUR » sur ma porte. J'ai reçu des menaces de mort.
Je n'osais plus sortir.
Mes parents, des promoteurs immobiliers respectés, ne pouvaient pas supporter de voir mon nom traîné dans la boue.
Ils ont engagé les meilleurs avocats, des experts en cybersécurité, des attachés de presse. Ils ont dépensé des fortunes pour tenter de prouver mon innocence.
Mon père m'avait dit au téléphone, sa voix pleine d'une rage contenue :
« On ne les laissera pas te détruire, Marc. La vérité finira par éclater. »
Ce sont les dernières paroles que j'ai entendues de lui.
Cette nuit-là, la police a appelé.
Un incendie.
Leur maison.
Criminel.
Mes genoux ont lâché. Je me suis effondré sur le sol de mon studio, le téléphone glissant de ma main.
Tout était noir. Le monde n'avait plus de sens.
Ils étaient morts en se battant pour moi. Pour une justice qui n'existait pas.
Antoine a publié un message de condoléances sur les réseaux sociaux, parlant de notre « amitié d'enfance » et de son « immense tristesse ». Il a reçu des milliers de messages de soutien.
Moi, j'ai reçu des messages disant que j'avais mérité ça. Que c'était le karma.
J'ai perdu ma carrière. Ma réputation. Mes parents. Mon amour.
Il ne me restait plus rien.
Alors, dans le silence de mon appartement froid, j'ai pris ma décision.
Si ce monde ne voulait pas de ma vérité, alors je n'avais plus ma place dans ce monde.
J'ai avalé tout ce que j'ai pu trouver.
L'obscurité a commencé à m'envahir, et pour la première fois depuis des mois, j'ai senti une forme de paix.
C'est fini.
Puis, une secousse violente.
Une lumière aveuglante.
J'ai ouvert les yeux en haletant, le cœur battant à tout rompre. J'étais dans mon lit. La lumière du jour filtrait à travers les stores.
J'ai attrapé mon téléphone sur la table de chevet.
La date.
C'était le 15 mai.
Le jour où ma toute première chanson avait été plagiée.
Le jour où tout avait commencé.
Je n'étais pas mort.
J'étais revenu.
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