
Shayane et le berceau de l'équilibre naturel
Chapitre 2
Par la suite, elle apprit à confectionner de précieux bijoux en compagnie d’une amie d’enfance et apporta son aide à d’autres habitants qui souhaitaient terminer la construction d’une nouvelle cabane à l’ouest du village. Cela dura jusqu’à la fin de journée. Après un temps d’attente qui lui avait paru interminable, elle finit par enfin voir Paloma et Allana sortir de la demeure perchée.
À la vitesse du vent, elle courut récolter les dernières informations auprès de sa mère.
— Alors, que voulait Paloma ? Vous avez discuté beaucoup trop longtemps pour que ce ne soit pas important…
Allana hésita mais elle ne put résister au regard insistant que lui lançait sa fille.
— Bon, tu ne répéteras à personne ce que je vais te dire, d’accord ?
Shayane acquiesça vivement, les yeux et les oreilles grands ouverts.
— Nos troupes faisaient un tour de repérage dans les bois comme chaque matin lorsqu’ils sont tombés sur des personnes… étranges, lui expliqua Allana.
— C’est-à-dire ? Comment étaient-elles ?
— D’après Paloma, ils nous ressemblaient mais ils étaient plus équipés, plus armés que nous et leur accoutrement n’avait rien de semblable au nôtre.
— Peut-être était-ce seulement des voyageurs perdus. Il y en a souvent qui se perdent par ici ces derniers temps.
Allana haussa les épaules mais Shayane remarqua autre chose de bizarre sur son visage. Elle paraissait épuisée, anxieuse, ce qui ne lui ressemblait pas.
— Est-ce que tout va bien, Mère ? se renseigna-t-elle. Vous paraissez… éprouvée.
— Oui, répondit Allana en se secouant la tête, oui. Je suis un peu fatiguée ces temps-ci, c’est tout. Paloma n’est pas la seule à m’avoir fait part de ses angoisses au sujet de certaines parties de notre territoire qui auraient été récemment saccagées, brûlées. Des plantations, des endroits protégés… Et puis, ton père ne rentrera pas non plus ce soir.
Shayane fit une grimace.
— Allons manger un bout avec les nôtres.
Elles sortirent de la demeure et rejoignirent le reste de leur tribu qui dînait ensemble au centre du village, près d’un feu réconfortant aux flammes orangées. Au menu, quelques piranhas fraîchement pêchés et grillés à point, des baies juteuses à la peau brillante de propreté et récoltées dans l’après-midi et de fines tranches de manioc. Le repas se déroula dans la bonne humeur malgré l’absence du Chef et de sa troupe qui en avait surpris et inquiété plus d’un. Chacun rentra chez soi quand tous furent rassasiés en nourriture comme en bonne humeur.
Dans la cabane, Shayane se dirigea vers sa couche et s’y allongea sur le dos. Elle fixa le plafond, les paupières lourdes. Allana vint la couvrir délicatement d’une fine couverture de feuilles tressées et lui souhaita une bonne nuit.
— Que tes rêves soient remplis de belles choses.
Elle lui déposa un baiser sur le front, puis elle alla dormir à son tour.
Tard dans la nuit, Shayane se réveilla en sursaut. Dehors, le jour était à peine levé. Un bruit semblable au cri d’un animal avait retenti à l’extérieur. Elle ouvrit les paupières en se frottant les yeux et se leva en silence. Elle traversa la cabane en s’assurant que sa mère dormait toujours et elle sortit. Après être descendue par l’échelle aux marches boisées et être parvenue au pied de l’arbre, elle s’arrêta un court instant et tendit l’oreille. Bizarrement, il n’y avait plus aucun bruit. De plus, aucun habitant du village n’avait semblé entendre quoi que ce soit.
Alors qu’elle pensait avoir simplement rêvé, un second cri résonna. Shayane fut sûre et certaine que ce dernier était venu des bois obscurs. Comme elle ne voyait toujours personne se lever, elle prit son courage à deux mains et alla s’aventurer dans les tréfonds de la forêt.
Les environs étaient seulement éclairés par la lumière pâle et froide de la lune. Elle enjamba un ruisseau dans lequel se reflétait la lumière lunaire et passa entre quelques buissons aux larges feuilles avant de tomber sur deux mystérieuses souches d’arbres. Elle s’arrêta brièvement devant ces dernières, l’air surpris. Il était rare d’en croiser par ici puisque sa tribu coupait rarement des arbres sans en replanter derrière et n’en abattait surtout pas dans cette partie-là de la forêt.
Elle prit une profonde inspiration et continua son chemin, de moins en moins rassurée. Plus elle s’enfonçait dans les bois, plus elle croisait sur sa route de nouvelles souches et autres troncs fendus ou abîmés. Non loin de là, les étranges sons retentissaient encore et encore comme des échos.
— Ça vient de par ici…, marmonna-t-elle en prenant légèrement à droite.
Elle se mit à farfouiller dans les moindres recoins. Ses recherches débouchèrent sur une nouvelle découverte toujours plus énigmatique. En retirant de son chemin une épaisse fougère et des amas de branches recouvertes de mousse qui lui barraient la route, elle tomba sur un drôle d’animal… si on pouvait l’appeler de la sorte. En effet, il avait l’apparence d’un grand cerf, sauf que son corps n’était pas fait de chair. À la place de sa peau, il y avait comme un profond vide de couleur bleu nuit parsemé de petites lucioles argentées qui scintillaient comme des étoiles. Les extrémités de ses bois étaient faites de simple brume qui s’évaporait dans l’air environnant.
À la vue de cette créature, Shayane ne sut quoi faire. Elle resta figée sur place. Devait-elle s’en approcher ? Que faisait cet animal par ici et pourquoi avait-il cette apparence tirée des rêves les plus fous ? Jamais elle n’avait croisé pareille créature dans la forêt. Toutefois, d’après les récits légendaires qu’elle avait entendus lorsqu’elle était plus jeune elle était au courant qu’il existait des êtres protecteurs veillant sur la Grande Forêt. Cet étrange être étoilé était-il un signe ? Elle ne tarda pas à en avoir le cœur net puisqu’il tourna sa tête lumineuse vers elle et fuit brusquement en plongeant dans l’obscurité.
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