
Seconde chance : l'épouse que vous méprisiez
Chapitre 3
La main de German se referma sur le bras nu de Bella, ses doigts s'enfonçant dans sa chair avec une pression qui frisait la douleur.
- Tu te donnes en spectacle, gronda-t-il à son oreille, gardant un sourire de façade pour le public.
Bella ne grimaca pas. Dans une autre vie, elle aurait baissé la tête, murmuré des excuses, tenté de couvrir sa peau exposée. Pas ce soir. Elle contracta son bras et se dégagea de son étreinte avec une force surprenante, un mouvement sec et précis.
- Je sauve l'image de Kramer Corp, chéri, répondit-elle entre ses dents, son sourire éclatant ne vacillant pas d'un millimètre. Une femme terne fait un mari ennuyeux. Les investisseurs n'aiment pas l'ennui.
Charity s'avança, sentant le contrôle lui échapper. Elle posa une main délicate sur l'épaule de German, s'insérant physiquement dans leur espace.
- Bella, commença-t-elle avec cette voix mielleuse qui donnait envie de vomir. Tu es... très voyante. German s'inquiétait juste pour toi. Tu sais que tu ne supportes pas bien la pression.
Elle tenta de glisser sa main sous le bras libre de German, marquant son territoire comme un animal.
Bella intercepta le regard de Charity. Ses yeux, habituellement doux, étaient deux blocs de glace. Elle fit un pas de côté, coupant la trajectoire de Charity, et glissa sa propre main, baguée d'un diamant solitaire, dans le pli du coude de son mari. Elle reprit sa place. La place de l'épouse légitime.
- Mademoiselle Green, dit Bella d'une voix forte et claire, parfaitement audible pour les journalistes du premier rang. C'est adorable d'être venue assister mon mari en mon absence. Vous pouvez disposer, maintenant. Je prends le relais.
Le coup de fouet verbal claqua dans l'air. Charity se figea, la bouche entrouverte. Elle venait d'être renvoyée au rang de simple assistante, publiquement, devant tout le gratin parisien. L'humiliation lui fit monter le rouge aux joues.
German fut pris de court. L'autorité naturelle qui émanait de Bella le paralysa une seconde. Il n'avait jamais entendu ce ton chez elle. C'était le ton d'une PDG, pas d'une femme au foyer.
- Monsieur et Madame Kramer ! Par ici ! hurlèrent les photographes.
Conditionné par des années de relations publiques, German se tourna par réflexe vers les objectifs, affichant son sourire commercial, laissant Charity seule, isolée, en arrière-plan comme une pièce rapportée inutile.
- Avance, murmura Bella sans bouger les lèvres. Ne te retourne pas pour la consoler, sauf si tu veux que l'action chute de cinq points à l'ouverture demain. Les rumeurs d'adultère sont mauvaises pour les affaires, German.
Ils entrèrent dans le grand hall du Grand Hôtel. Dès qu'ils furent à l'abri des flashs directs, Bella lâcha le bras de German comme s'il était brûlant. Elle s'écarta de lui, lissant sa robe.
German sentit soudain un vide étrange contre son flanc. L'absence de son contact le perturba plus qu'il ne voulait l'admettre.
- Bella, on doit parler, dit-il, tentant de reprendre le contrôle.
Bella sortit un poudrier de sa minaudière et vérifia son rouge à lèvres dans le petit miroir.
- Pas maintenant. La vente aux enchères commence dans cinq minutes.
Elle claqua le poudrier, le rangea, et s'éloigna vers la salle des ventes, le dos droit, sa robe rouge ondulant autour de ses jambes comme une flamme vivante.
German resta planté là. Charity le rejoignit, les yeux brillants de larmes forcées.
- Elle m'a traitée comme une domestique... German, tu as entendu ? C'est tellement injuste...
Pour la première fois depuis des années, le son de la voix pleurnicharde de Charity agaça German. Il ne la regarda même pas. Ses yeux étaient rivés sur la silhouette rouge qui s'éloignait.
Un peu plus loin, près du bar, Camden Farley donna un coup de coude à Jax.
- Tu as vu ça ? Le petit chat a sorti ses griffes. Elle a dévoré la gamine toute crue.
Jax Guerrero sourit. Ce n'était pas un sourire aimable. C'était le sourire d'un requin qui vient de sentir une goutte de sang dans l'eau.
- Ce n'est pas un chat, Camden, dit-il en posant sa coupe. C'est une lionne qui se réveille après une longue sieste.
Bella entra dans la salle des ventes. Elle prit une plaquette d'enchérisseur à l'entrée. Elle n'avait pas besoin de regarder le catalogue. Elle connaissait le lot par cœur.
Lot n7 : Site industriel de Crescent Bay.
Pour tout le monde dans cette salle, c'était une friche toxique, un gouffre financier, une verrue sur la carte de la région. Pour Bella, qui se souvenait des titres des journaux de 2026, c'était le futur site du Village Olympique et d'un immense complexe technologique subventionné par l'État.
Elle s'assit au premier rang, seule. Une place exposée.
German entra avec Charity. Il la vit assise là, isolée. Par dépit, pour la "punir" de son insolence, il guida Charity vers des sièges au troisième rang, loin d'elle.
Bella ne se retourna même pas. Elle s'en fichait.
Le commissaire-priseur monta sur l'estrade et frappa son marteau pour demander le silence.
Bella sentit une présence dans son dos. Une chaleur, une odeur de bois de santal et de danger. Quelqu'un s'assit juste derrière elle, son souffle effleurant presque sa nuque nue.
- Belle robe, Madame Kramer, murmura une voix grave, vibrante.
Bella ne sursauta pas, mais les poils de ses bras se hérissèrent. Jax Guerrero. Le jeu commençait.
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