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Couverture du roman SACRIFICES POUR CEUX QU'ON AIME

SACRIFICES POUR CEUX QU'ON AIME

Après un rêve troublant, Gwendolyn s'éveille brutalement pour affronter un cauchemar réel. Sa belle-mère et sa demi-sœur lui annoncent avec mépris sa grossesse, fruit d'un complot où elles l'ont droguée. Piégée par des gardes, la jeune femme subit l'humiliation avant que la trahison ne vire au meurtre. Pour s'emparer de son héritage, Candace la poignarde froidement. Alors qu'on ordonne de faire disparaître son corps, une ultime promesse de vengeance anime Gwendolyn avant le noir complet.
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Chapitre 1

Le souffle rauque d'un homme emplissait ses rêves, suffocant et proche, jusqu'à ce que Gwendolyn Ashton comprenne, à mi-chemin entre l'angoisse et l'émerveillement, qu'elle n'avait pas quitté le monde des songes. Ces nuits-là se répétaient, toujours la même scène - une chambre à la lumière tamisée, une silhouette masculine dont les traits demeuraient à chaque fois flous, comme taillés dans l'ombre. Lorsqu'elle tendait la main pour effleurer ce visage, elle ressentait la chaleur d'une paume qui la retenait. La bague en diamant apparaissait, immaculée et trop réelle entre leurs doigts enlacés. Ensuite venait la frénésie, un désir presque vorace qui consumait ses doutes et emplissait son corps d'une certitude charnelle.

Toujours, au point culminant, elle se réveillait - haletante, en sueur - incapable de dire si la bague était restée autour de son cou ou si elle n'avait été que l'éclat d'un songe. Ce matin-là, la froideur d'une éclaboussure sur sa joue la ramena à la réalité : quelqu'un l'avait réveillée. « Q-Que faites-vous toutes les deux ? » balbutia-t-elle, le cœur encore battant comme un tambour. Les silhouettes rassurées de sa belle-mère, Candace Dannings, et de sa demi-sœur, Felicia Ashton, se découpaient sur le fond riche d'un salon qui respirait l'aisance. Elles échangèrent ce regard glacial et satisfait que Gwendolyn connaissait si bien : l'un de ces regards qui se nourrissent des chutes d'autrui.

Candace croisa les bras, la voix marmorée d'un mépris soigneusement poli. « Tu t'es évanouie au banquet, Gwendolyn. Le médecin a confirmé ce que nous craignions. Tu es enceinte. À dix-huit ans. Imagine la honte. » Les mots frappèrent Gwendolyn comme des coups. Elle secoua la tête, répétant leur impossibilité, sentant la terre se dérober sous ses pieds. Son regard glissa vers la chaîne qui reposait contre sa poitrine : une petite présence froide, comme une question laissée sans réponse.

La colère monta quand la vérité - ou du moins une possibilité - se fit jour. Candace prétendait apaiser ses cauchemars en lui donnant un verre de lait avant de se coucher. Gwendolyn comprit dans un éclair qu'elle avait été droguée. Sa voix se perça enfin, tremblante mais furieuse : « C'est vous ? Vous m'avez empoisonnée pour me faire passer pour ce que je ne suis pas ? » Felicia rit, un bruit sec qui ressemblait à un crachat. « Alors, tu as fini par comprendre. Tu as aimé le lit du vieux, hein ? Il avait soixante-dix ans, non ? » Ses railleries cherchaient à la réduire à rien, à la rendre indigne aux yeux de tous.

Ne supportant plus l'humiliation, Gwendolyn saisit un oreiller et s'élança. Elle donna des coups, tira les cheveux de Felicia, tenta de sauter sur Candace. Deux gardes, imposants et impassibles, la maîtrisèrent. L'odeur du cuir et de la sueur de la lutte emplissait la pièce, mais la rage de Gwendolyn n'en fut pas atténuée. Elle cria, pesta, chercha des alliés dans la demeure - la maisonnée resta muette, comme si le silence lui-même prenait parti contre elle.

Candace, indifférente, marmonna une phrase qui glaça son sang : « Si tu disparais, Felicia sera l'aînée, l'héritière parfaite. » Ses yeux brillaient d'un calcul glacial. Felicia, amusée, ajouta une pointe de cruauté : « Il t'a promis le mariage si tu tombais enceinte. Il s'est enfui. Tu n'es bonne qu'à être roulée dans la boue. » Les mots étaient des lames. Gwendolyn rugit, tenta de se dégager, mais la poigne des gardes était inébranlable. Candace sortit un couteau, long et luisant, et siffla un ordre. Le silence retomba plus lourd encore lorsque la lame trancha l'air.

« Au secours ! » hurla Gwendolyn, chaque syllabe emplie d'une peur totale. Personne ne répondit. La pièce semblait s'être faite complice. La lame s'abattit. La douleur explosa dans tout son corps et, pour un instant, le monde se teinta de rouge. Les sens de Gwendolyn se brouillèrent ; des images furtives traversèrent son esprit - la bague, la voix, l'étreinte - mêlées à la froideur d'un sol qui se rapprochait. Elle sentit le goût du fer. Une haine sourde jaillit en elle, plus vive que la souffrance : elle n'accepterait pas cet outrage. Elle jura, d'un regard devenu défi, qu'elle survivrait et leur ferait payer ce qu'elles avaient fait.

Candace ricana, satisfaite, tandis que Felicia se prenait pour la nouvelle favorite. « Maintenant, plus rien ne t'en empêche, » dit Candace d'un ton détaché. Puis elle donna l'ordre aux gardes, d'une voix comme une sentence : « Débarrassez-vous de son corps. » Mais la nuit qui suivit - si la nuit suivit - ne fut pas celle d'un enterrement définitif. Le monde bascula, et sous la douleur, Gwendolyn percevait une détermination qui se formait comme une armure. Son corps, brisé mais vibrant d'une volonté farouche, refusa la concession. Elle s'accrocha à la vie avec la même férocité que lorsqu'elle s'était débattue, et un instinct de survie, peut-être teinté d'une force inconnue, commença son œuvre.

Dans les recoins sombres de la demeure, des ombres observaient, des alliances se recomposaient. Le murmure d'un prénom - le même qui revenait dans ses rêves - effleura sa conscience comme une promesse lointaine. Était-ce le même homme qui hantait ses nuits et à qui on avait offert une bague imaginaire ? Ou bien n'était-ce là qu'un fil fragile, un confort dérisoire dans l'abîme ? La chambre où l'on avait essayé de l'enterrer contenait des témoins silencieux : le cliquetis des bijoux, la poussière d'un passé riche, et la respiration lente d'une maison qui avait décidé de tourner la page sans remords. Pourtant, Gwendolyn sentit en elle l'éveil d'une force nouvelle, d'un refus obstiné d'être effacée. Même blessée, elle s'accorda une promesse : se relever, découvrir la vérité et exiger justice. Ou la prendre.

Gwendolyn se remémora son enfance, passée entre les rayons feutrés de la bibliothèque du manoir et les chuchotements des adultes sur l'héritage. Sa mère était partie quand elle était jeune ; depuis, elle oscillait entre humilité et résistance, consciente qu'elle n'était jamais tout à fait la bienvenue. La trahison qu'elle venait de subir fit naître en elle une détermination farouche. La bague, même si elle semblait née d'un rêve, pouvait être le fil d'une machination. Qui avait intérêt à la faire passer pour une femme perdue ? Qui connaissait ses nuits agitées et ce mystérieux amant imaginaire ? Les souvenirs flottaient, morcelés, mais une certitude s'imposait : survivre n'était que le début.

Une rage réfléchie prit le pas sur la panique. Elle allait chercher des preuves, écouter les serviteurs, fouiller les archives du manoir, interroger ceux qui savaient. Si nécessaire, elle userait des mêmes armes - mensonge, stratégie, séduction - pour retourner la situation à son avantage. Elle n'accepterait plus d'être manipulée. Et si l'homme des rêves existait vraiment, il trouverait désormais une femme qui n'était plus victime mais adversaire : sculptée par la douleur, armée d'une volonté de fer. Le manoir Ashton, avec ses portraits sévères et ses couloirs silencieux, avait déclenché une tempête. Bientôt, pensait-elle, les masques tomberaient.

Gwendolyn sourit faiblement ; sa revanche serait douce, méthodique et inéluctable. Elle attendrait le bon moment.

Six ans plus tard.

La pluie fouettait le pare-brise de la vieille Fiat tandis que Gwendolyn fonçait dans la nuit d'Avenport. Il était presque vingt-deux heures. Le moteur toussait à chaque virage, mais elle n'avait pas le temps de s'en soucier. Son unique pensée se résumait à un cri muet : Sauvez ma fille.

Les pneus crissèrent lorsqu'elle se gara brusquement devant l'entrée de l'hôpital Fourton, ignorant les protestations du gardien. « Hé ! Vous ne pouvez pas stationner là ! » hurla-t-il, mais Gwendolyn n'entendait plus rien. Pieds nus, vêtue d'un simple pyjama trempé, elle prit sa petite fille dans ses bras et courut à travers les portes automatiques.

Juliette brûlait de fièvre. Son petit corps convulsait faiblement contre sa poitrine. « Docteur, je vous en supplie, sauvez ma fille ! » cria-t-elle, la voix brisée par la panique. Un médecin surgit aussitôt, prit l'enfant dans ses bras et appela une équipe. « Ne vous inquiétez pas, madame. Nous allons nous en occuper. Attendez dehors, s'il vous plaît. »

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