
Sa trahison, mes vœux de mariage précipités.
Chapitre 2
Le monde a basculé sur son axe. Un rugissement a rempli mes oreilles, comme le déferlement d'un raz-de-marée sur le point de m'engloutir. Pendant sept ans, j'avais été à lui. Son amante, son agent, son ombre. J'avais pris des balles pour lui. J'avais menti pour lui. J'avais saigné pour lui. Et maintenant, il me demandait de donner mon corps à un autre homme, non pas pour le pouvoir, non pas pour le territoire, mais pour gagner le cœur d'une autre femme.
« Camille est... sensible », a poursuivi Damien, inconscient de la blessure béante qu'il venait de m'infliger. « Elle n'aime pas le monde dans lequel je vis. Elle n'aime pas les hommes comme moi. »
Il faisait maintenant les cent pas, un tigre en cage dans sa propre prison de luxe. « Le plan est simple. Tu te rapproches d'Éric. Tu fais en sorte qu'il te désire. Au gala de charité annuel des de La Roche, tu l'attires dans une suite. Je m'assurerai que la presse soit là. Je m'assurerai que Camille soit là pour tout voir de ses propres yeux. »
Camille de La Roche. Je connaissais son nom, bien sûr. Tout le monde à Lyon le connaissait. Elle était la fille de la puissante famille de La Roche, un clan avec de l'argent ancien et une influence politique que même Damien devait ménager. Elle était son obsession, le seul trophée qu'il ne parvenait pas à conquérir.
Et elle était follement amoureuse d'Éric Valois. Complètement, stupidement amoureuse.
L'ironie était une pilule amère à avaler. Pendant des années, Damien avait mené une guerre sur deux fronts : l'une contre Éric pour le contrôle de la pègre de la ville, et une autre, plus personnelle, pour l'affection de Camille. Camille, dans sa naïveté dorée, voyait Éric comme une figure fringante et mystérieuse, un anti-héros romantique. Elle était aveugle aux machinations de Damien, ne le voyant que comme un homme grossier et possessif dont elle ne voulait rien savoir.
Je me suis souvenue de la nuit où tout a commencé, la nuit où Damien m'a « sauvée ». Ce n'était pas une coïncidence.
Lui et Camille avaient eu une violente dispute quelques heures plus tôt. Il avait orchestré une OPA hostile sur une entreprise rivale, une manœuvre qui avait par inadvertance nui au portefeuille de la famille de La Roche. Il l'avait fait pour prouver son pouvoir, pour lui montrer qu'il était un homme digne d'elle. Il avait mis le monde des affaires à ses pieds.
Elle l'avait giflé. En public, dans un restaurant.
Il était revenu au siège du syndicat cette nuit-là, le visage comme un nuage d'orage, cherchant quelque chose à briser.
Et il m'avait trouvée.
Il ne m'avait pas sauvée par gentillesse. Il m'avait sauvée comme un acte de défi. Il m'avait exhibée devant Camille, une créature belle et obéissante entièrement sous son contrôle, un trophée vivant pour la narguer. Il lui montrait ce qu'elle manquait, ce qu'elle pourrait avoir : un homme puissant qui pouvait offrir le monde à une femme.
À partir de ce jour, je suis devenue sa compagne de tous les instants.
Il ne m'a jamais cachée. Il m'emmenait partout, me parant de bijoux et de vêtements de créateurs. Il m'a acheté un penthouse, une voiture de sport, tout ce que je pouvais désirer.
Il montrait à Camille : « Tu vois ? C'est comme ça que je traite mes femmes. Ça pourrait être toi. »
Je me souviens d'une soirée, au début. Un associé ivre avait fait une blague grossière à mes dépens, sa main s'attardant trop longtemps sur le bas de mon dos. Damien n'avait pas dit un mot. Il avait simplement souri, conduit l'homme à l'extérieur et lui avait méthodiquement brisé tous les doigts de la main droite.
Il était revenu à l'intérieur, s'essuyant les jointures avec un mouchoir en soie, et avait annoncé à la salle terrifiée : « Personne ne touche à ce qui est à moi. »
La ville a vite appris. J'étais la femme de Damien Beaumont. Me toucher, c'était inviter sa colère. J'étais en sécurité. J'étais protégée.
J'étais une possession.
Et moi, aveuglée par la gratitude et l'illusion enivrante de l'amour, je me suis dit que c'était plus que ça. Je me suis dit que sa jalousie était de la passion. Je me suis dit que sa possessivité était un signe de ses sentiments profonds pour moi. J'ai collectionné chaque petit moment de tendresse perçue, chaque sourire rare et non gardé, et j'ai construit une forteresse de fantasmes autour de mon cœur.
Maintenant, debout dans la lumière froide de sa chambre, cette forteresse s'est effondrée en poussière.
Je l'ai regardé, vraiment regardé, au-delà du masque séduisant et de la façade soigneusement construite. Pour la première fois, j'ai vu la glace au fond de ses yeux. Le même regard froid et calculateur qu'il réservait à ses ennemis avant de les détruire.
Il n'y avait pas d'amour là-dedans. Il n'y en avait jamais eu.
Une seule larme silencieuse a tracé un chemin sur ma joue. Mon rêve de sept ans, mon monde entier, avait été un mensonge. Une blague cruelle et élaborée.
L'espoir auquel je m'étais si longtemps accrochée est mort d'une mort silencieuse et douloureuse.
« Je le ferai », m'entendis-je dire, ma voix un écho creux de ce qu'elle avait été.
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