Suivre
Chapitres
Partager
Couverture du roman Rouge Poursuite : Tome 1 - Kali

Rouge Poursuite : Tome 1 - Kali

Juste avant ses noces, Kali, une jeune diplômée, choisit de tout quitter. Fuyant un futur qui l'étouffe, elle s'installe dans une contrée lointaine où les mythes prennent vie. Sa nouvelle existence bascule alors dans un tourbillon de dangers, entre enlèvements, meurtres et traques incessantes. Face à ces épreuves brutales et à ce monde de légendes, parviendra-t-elle à se reconstruire ? Découvrez le premier volet de la saga Rouge Poursuite, une aventure signée Virginie Blanc.
Chapitres
Partager

Chapitre 2

Chapitre 2

Il était environ vingt heures quand je rentrai chez moi. Mes cheveux en bataille, ma robe blanche tachetée de vert, des brindilles d’herbes encore enchevêtrées dans la broderie, mon maquillage avait coulé, je n’en menais pas large.

La lumière du porche était allumée, signe que mes parents étaient présents et m’attendaient. Ils faisaient toujours ça quand ils ne savaient pas à quelle heure je rentrais. J’avais une boule à l’estomac, j’avais vraiment peur de la réaction de mes parents. Je pris une profonde inspiration et poussai la porte d’entrée.

Ma mère était assise sur le canapé noir en cuir flambant neuf que mon père lui avait offert pour leurs trente ans de mariage. À mon entrée, elle releva la tête, mais ne dit rien, son regard disait tout. Un mélange de colère, de tristesse et de compréhension, je me jetai dans ses bras, et je me mis à sangloter en m’excusant.

— Maman, je suis vraiment désolée de ce qui s’est passé, après tout le mal que tu t’es donné, j’ai tout gâché.

— Kali, allez, calme-toi et explique-moi ce qui s’est passé.

— Tout est allé vraiment trop vite pour moi, je n’avais pas envie de ça, de cette vie toute tracée, j’espère que tu ne m’en veux pas trop, je suis vraiment désolée.

— Jamais je ne pourrai t’en vouloir, certes ton acte était irréfléchi et irrespectueux, mais jamais je ne pourrai te blâmer d’avoir choisi une autre voie, tu aurais juste pu t’en apercevoir un peu avant, c’est tout.

Je ne m’attendais pas à cette parole venant de ma mère, une femme charmante certes, mais intolérante à bien des points. Elle releva ma tête doucement et me fit un baiser sur la joue.

Je calmai un peu mes sanglots avant de reprendre la parole.

— Maman, tu sais que je t’aime et que je n’ai jamais voulu te faire de peine, ni à papa d’ailleurs, j’espère que mon comportement ne nuira pas à l’amitié que Yannick et lui entretiennent depuis tant d’années, mais il fallait que je le fasse, ce n’était pas mon destin. J’aurais dû m’en rendre compte plus tôt, je suis bien d’accord avec toi, mais mes œillères ne voulaient pas se relever.

— Ma chérie, je peux comprendre ce que tu ressens, plus que tu ne l’imagines, mais il faut savoir parfois voir au-delà.

— Je sais maman, et je suis désolée encore, j’espère que papa et toi vous me pardonnerez un jour.

Ma mère me prit dans ses bras et me serra très fort puis me dit les seuls mots que j’avais besoin d’entendre.

— Mon petit chat, nous t’avons déjà pardonné.

Mon soulagement se traduisit par une nouvelle vague de sanglots.

Avec une infime douceur, ma mère me prit la main et me guida jusqu’à ma chambre. Sur le chemin, je m’arrêtai devant la porte du bureau de mon père, je savais qu’il était enfermé ici, c’était son lieu de prédilection pour réfléchir et résoudre les problèmes. Devant mon hésitation pour ouvrir la porte ma mère me prit de nouveau la main et dans son regard je compris « pas maintenant ». Comme une enfant, je me laissai mener jusqu’à ma chambre. Elle défit ma robe, me tourna, m’emmena dans la salle de bain attenante à ma chambre et commença à me démaquiller.

— Maintenant, tu vas prendre une bonne douche, éclaircis-toi les idées, je t’attends en bas, je te prépare une bonne tisane de verveine, ta préférée.

Sans attendre, je m’exécutai.

Une bonne demi-heure plus tard, je descendais en pyjama dans la cuisine pour y boire ma tisane. Mon père était là, assis, il m’attendait. Ne sachant pas trop sa réaction, je m’approchai doucement. À mon grand soulagement, il vint à ma rencontre et me serra fort dans ses bras. Une nouvelle vague de sanglots m’assaillit. Il desserra son étreinte et je pris place à côté de lui, devant ma tisane, tête baissée.

Il prit la parole le premier.

— Mon bébé, ma grande fille, que t’est-il arrivé ?

— Oh, papa ! je ne sais pas.

— Je pense le savoir, ta mère m’a un peu expliqué pendant que tu étais sous la douche, mais j’aimerais avoir ta version.

— Tu sais, papa, je suis vraiment désolée d’avoir réagi ainsi, mais je me suis rendu compte, certes à la dernière seconde, que je ne voulais pas de cette vie-là.

Dans le regard de mon père, je ne vis aucune colère, juste de la tristesse, pour moi ou pour lui, je ne savais pas.

Ma mère nous rejoignit.

— Alors que vas-tu faire maintenant ? me demanda ma mère.

Je pris une profonde inspiration et me lançai.

— Après-demain, je pars.

Le choc et la surprise de mes parents se virent à leur expression.

— Attendez avant de parler, il faut que je me libère maintenant sinon je n’aurai plus le courage de le faire.

Après un hochement de leurs deux têtes, je poursuivis.

— Je dois partir, il le faut, pour mon bien-être et celui de Thomas. Il faut que je parte sans me retourner, mais ne vous en faites pas je vous appellerai tous les jours.

Mon père prit la parole, un peu sceptique.

— Mais où vas-tu aller, et que vas-tu faire ?

— J’y ai déjà réfléchi. Je pense partir dans les Landes, c’est une très belle région. Il faut que je prenne mes distances, j’ai besoin de calme et d’air afin de pouvoir réfléchir en toute liberté.

Demain, j’irai sur internet pour faire quelques recherches, je vais essayer de trouver un logement et un emploi, j’ai mis pas mal d’argent de côté en travaillant à la supérette, et puis il y a l’argent que vous avez mis sur mon compte au fil des années, j’ai de quoi voir venir.

— Très bien, me dit mon père, mais tu pourrais partir plus près pour que nous puissions te rendre visite

Je regardai ma tasse puis levai la tête pour regarder mes parents, si aimants.

— Papa, maman, je vous aime plus que tout, mais il faut que je vole de mes propres ailes maintenant, et si je suis trop proche de vous, au moindre souci je serais tentée de venir vous voir. Non, ma décision est prise, je pars après-demain dans Les Landes.

Mon père et ma mère se regardèrent et je vis un petit hochement de tête entendu.

— D’accord ma chérie, mais tu sais que s’il y a n’importe quel problème, ta mère et moi sommes là.

On continua à parler de mon voyage, de ce que je devais faire ou emporter, il était plus de minuit quand je montai dans ma chambre. Épuisée par cette journée, je n’eus aucun mal à trouver le sommeil.

Ce dimanche, j’ouvris les yeux, mon réveil affichait neuf heures quarante-cinq, d’habitude j’étais matinale, j’avais vraiment besoin de récupérer. Je me levai et m’habillai, un short et un petit débardeur feraient l’affaire, je ne comptais pas sortir, j’avais beaucoup de choses à faire, notamment, préparer mon voyage.

Ma mère était dans la cuisine, elle me préparait mon thé. Mon père lisait son journal.

— Bonjour vous deux.

Je fus accueillie par un petit sourire de ma mère et un gros de mon père qui avait levé les yeux de son journal. En prenant mon petit déjeuner je sentis que quelque chose se tramait, mais quoi, je ne savais pas.

Mon père vint s’asseoir à côté de moi, et ma mère en face.

— Écoute, ma chérie, pour ton mariage nous devions te donner un petit cadeau, mais nous n’en avons pas eu l’occasion, alors tiens.

Mon père me tendit une enveloppe, je la pris et l’ouvris sans attendre. Mon cœur s’arrêta, un chèque, et pas n’importe quelle somme, vingt mille euros.

Je ne pus plus parler, je sentis deux petites larmes couler le long de mes joues.

— Mais, c’est trop, je ne peux pas accepter.

— Oh que si tu vas le prendre ce chèque, je ne veux pas que ma fille vive dans un cagibi, me dit mon père.

Entre larmes et rires, je remerciai mes parents.

Mon petit déjeuner fini, je montai dans ma chambre et commençai à faire mes bagages. Des vêtements, mon nécessaire de toilette, des photos, des petites babioles sans intérêt pour d’autres, mais ayant de la valeur pour moi. Deux grosses valises pleines à craquer attendaient maintenant mon départ.

Je me mis devant mon ordinateur portable et commençai à chercher. Je trouvai un petit village à l’air assez sympathique et isolé. En allant plus loin dans mes recherches, je tombai sur une petite maison en location, je fis défiler les photos, une petite maison rustique, loin de mon confort habituel, mais il fallait que je change d’environnement, de vie.

Je pris mon téléphone et composai le numéro indiqué sur l’annonce. Au bout de deux sonneries, j’entendis une voix féminine et d’un certain âge à l’autre bout du fil.

— Oui, allô !

— Bonjour, madame, je suis désolée de vous déranger, j’appelle pour l’annonce de la maison en location. Est-elle toujours disponible ?

— Oui, bonjour mademoiselle. Elle est toujours disponible, si vous voulez la visiter, je peux cette après-midi.

— Oh, oui, ce serait avec plaisir, mais je ne suis pas encore dans la région, j’arrive demain en fin d’après-midi, mais je ne sais pas encore vers quelle heure, cela dépendra de la route et du trafic.

— Oui, bien sûr je comprends, demain je suis disponible, mais à partir de dix-huit heures trente, je travaille avant.

— Eh bien oui, d’accord, j’espère être arrivée, si je rencontre un problème sur la route je vous appelle.

— Très bien, je vous vois donc demain si tout va bien, bonne journée mademoiselle.

— Également madame.

Je raccrochai. Mon cœur battait vite, un moment d’excitation, d’euphorie, de soulagement, de peur. Qu’est-ce que j’étais en train de faire ? Non, il ne fallait pas que je cède à la panique, j’étais plus forte que ça, il fallait que je parte et que je change de vie.

Treize heures déjà, mon ventre commençait à gargouiller, je descendis. Ma mère était en train de mettre la table, je l’aidai, et on commença à manger. Rien de bien extraordinaire, taboulé, salade de tomates et tranche de jambon, un yaourt et je me dirigeai de nouveau vers ma chambre. Je continuai mes recherches pour trouver un petit travail, même si j’avais le temps, vu l’argent que j’avais de côté, mais comme disait souvent mon père, le travail c’est la santé.

Après plusieurs heures, je ne trouvai rien qui me correspondait, j’éteignis l’ordinateur et me dirigeai vers mon lit, mes yeux étaient fatigués, un peu de repos avant de descendre pour le repas du soir. J’entendis un petit coup à ma porte, j’ouvris les yeux et regardai mon réveil, dix-neuf heures quarante-trois, mince, j’avais dû m’endormir, en me

Ma mère ouvrit la porte.

— Ma chérie, on va manger, tu as faim ?

Je lui répondis en essayant de me sortir du sommeil.

— Laisse-moi quelques minutes, je vous rejoins.

— Très bien, on t’attend.

Dans un état comateux, je rejoignis mes parents et commençai à manger.

— Thomas a appelé.

Je faillis m’étouffer. Mon père m’avait annoncé ça sans détour.

Ne sachant que répondre, je pris ma fourchette et recommençai à manger ma salade de pâtes.

— Ma chérie, il va falloir en parler avec lui un jour ou l’autre, si tu ne te décides pas à le faire il risque d’en souffrir, il ne comprend pas ta décision, me dit mon père avec calme et sérénité.

— Je sais, papa, je sais, mais pour l’instant je ne peux pas, je me sens vraiment pas prête à l’affronter. Je vais lui écrire une lettre. Pourras-tu lui donner quand je serai partie ?

— Oui, ma chérie, je le ferai.

— Merci papa.

Mon cœur était meurtri, j’avais blessé Thomas, mon meilleur ami.

Mes parents avaient sûrement vu que je n’avais pas envie d’en parler plus, ils me laissèrent tranquille et le repas se finit sans bruit, à part celui des fourchettes sur nos assiettes.

Après avoir débarrassé la table et embrassé mes parents, je remontai dans ma chambre, le cœur lourd. Je pris une feuille, un stylo et commençai à écrire une lettre pour Thomas.

Thomas,

Avant tout, sache que je suis vraiment désolée de la manière dont je t’ai quitté. J’ai adoré tous ces moments passés avec toi, mais je me suis rendu compte que mon cœur ne t’appartenait qu’à moitié, je ne pouvais pas rester auprès de toi en sachant que l’amour que j’éprouvais n’était pas entier. Tu mérites une femme qui t’aimera entièrement et je souhaite de tout mon cœur que tu la trouves. Je serai à jamais ton amie.

Kali

Après avoir écrit, je m’allongeai dans mon lit et me mis à pleurer en silence. Je m’endormis vite, épuisée par tous ces sanglots.

Jour J, mon départ. Je me levai, me lavai à grande vitesse, mes valises descendues, je me mis à table pour prendre mon petit déjeuner. L’aube pointait le bout de son nez. J’entendis quelqu’un descendre, c’était ma mère.

— Bonjour, ma chérie, tu es déjà prête. Un long bâillement s’en suivit.

— Oui, ça y est, je déjeune et je pars, sinon je ne serai jamais arrivée ce soir pour visiter la maison.

— Oh, tu as déjà trouvé quelque chose.

— Oui, j’ai trouvé une petite maison à louer dans un petit bled, rien de grandiose, mais je suis seule donc ça ira très bien pour l’instant.

— Et le loyer ?

— Dans mes cordes, de toute façon, quand je serai arrivée et que j’aurai posé mes bagages je chercherai du travail.

— Très bien, ma fille, je te fais confiance, mais s’il y a un souci tu m’appelles.

Je lui adressai un petit sourire.

— Oui, maman, ne t’inquiète pas.

Après avoir pris mon petit déjeuner, mis les bagages dans ma voiture, donné la lettre pour Thomas et fait de gros bisous à mes parents, je montai dans la voiture. Le cœur lourd, mais à la fois léger, je ne savais pas que deux émotions contradictoires pouvaient se ressentir en même temps. Mon trajet tracé sur le GPS, et c’était parti, ma vie allait changer, le problème c’est que je ne savais pas à quel point. Si seulement j’avais su…

Vous aimerez aussi

Couverture du roman Bêafrîka
8.4
En 1993, Jeanne et Pierre s'installent à Bangui pour la coopération. Au cœur de la Centrafrique, le couple affronte l'instabilité politique menant à la guerre civile de 1996. Ce séjour de quatre ans, marqué par la violence et des drames poignants, transforme radicalement leur existence. Tandis que Jeanne se fragilise face aux menaces, Pierre s'enlise dans les rouages de la Françafrique. Entre loyauté administrative et crise de conscience, il interroge sa propre responsabilité.
Couverture du roman Là où va le feu: 1er Journal
9.2
En 2054, une Terre aride agonise sous un soleil implacable. Tom Lancéphale survit reclus en sous-sol jusqu'au jour où un gel foudroyant paralyse le globe. Sortant d'un sommeil millénaire lors du dégel, il découvre une nature luxuriante et métamorphosée. Ce carnet de bord relate son odyssée sensorielle et son apprentissage sauvage au cœur d'un monde inconnu. Entre aventure et perdition, ce récit d'anticipation explore la résilience humaine face à la beauté du vivant retrouvé.
Couverture du roman La recherche d’une vie
9.7
À vingt-et-un ans, Mélane Steiner est une tribride unique, mêlant les pouvoirs des loups, des vampires et des sorcières. Sa vie est marquée par la douleur, exacerbée par l'enlèvement de ses deux frères. Après trois années de quête acharnée, elle localise enfin leur trace à Beacon Hills. Pour affronter l'Alpha responsable et espérer réunir sa famille, elle devra s'entourer d'alliés fiables. Réussira-t-elle à vaincre cet ennemi redoutable et à sauver les siens ?
Couverture du roman L'artiste emprisonné
8.1
Un peintre se retrouve piégé au cœur même de l'univers fantastique issu de son imagination. Projeté dans sa propre création, l'artiste entame une épopée jalonnée de péripéties hors du commun. Au cours de ce voyage périlleux à travers des terres oniriques, il sera confronté à des épreuves majeures. Pour espérer survivre à cette aventure singulière, il devra se résoudre à un sacrifice déchirant en renonçant définitivement à un être qui lui est particulièrement cher.
Couverture du roman Le pari du milliardaire Ivankov
8.3
Un dernier appel au secours désespéré, puis le silence. Suite à la disparition brutale de son amie Pénélope en Russie, Agatha Kristy quitte Seattle pour une quête périlleuse. Sans argent ni maîtrise de la langue, cette femme ordinaire brave l'inconnu pour découvrir la vérité. Son seul espoir repose sur un indice ténu : le nom d'Apollon Ivankov. Pourra-t-elle obtenir l'aide de ce milliardaire aussi mystérieux qu'insaisissable afin de lever le voile sur ce drame ?
Couverture du roman L'épouse Du ROI
8.3
Fille du jardinier royal, Adélie a rejoint les cuisines du palais depuis deux semaines. Alors que l'hiver s'installe, elle se consacre à la préparation des soupes, le plat favori du souverain par temps froid. Ayant quitté le foyer maternel pour servir Sa Majesté, la jeune femme vit désormais dans les chambres de bonnes situées en sous-sol. Au cœur de ces galeries, elle travaille sans relâche avec le personnel dévoué au quotidien de la famille royale.