
Rouge Poursuite : Tome 1 - Kali
Chapitre 3
Chapitre 3
Le voyage fut long, très long, mais je n’avais rencontré aucun problème particulier. L’avantage de partir en semaine. J’avais suivi l’autoroute jusqu’à Toulouse, ensuite j’avais pris les routes départementales et traversé des petits villages tous plus beaux les uns que les autres. Il y avait des champs de maïs et de tournesol à perte de vue, j’appréciai ce visuel.
J’arrivai donc sans encombre à l’adresse indiquée sur l’annonce avec une demi-heure d’avance. Le portail était ouvert, sûrement une attention généreuse de la dame que j’avais eue au téléphone. Je m’engageai dans la petite allée et me garai sur une place délimitée par des galets, j’arrêtai la voiture et en sortis.
Il faisait très beau, le soleil arrosait le jardin, je sentais une chaleur humide courir sur ma peau. Un doux parfum de fleurs et de nature égayait mes sens. J’étais loin du tumulte de la côte et de l’odeur marine.
Presque sept heures dans la voiture avec trois arrêts seulement pour manger et me dégourdir les jambes, il me fallait étirer mes muscles. Je décidai de faire le tour du propriétaire.
La maison était de taille moyenne, typique des Landes. Les murs extérieurs étaient peints en blanc et striés de poutre de bois. Les volets en bois étaient apparemment neufs ainsi que la porte d’entrée. Devant la maison, l’allée et un joli petit jardin. Tout le domaine était délimité par une jolie barrière également en bois.
Je fis le tour de la maison. Derrière celle-ci, il y avait une jolie terrasse avec une table et quatre chaises de jardin, ainsi qu’un petit portillon pour accéder à un champ gigantesque attenant à une forêt. Du vert, que du vert à perte de vue, mes yeux étaient enchantés de voir pareille merveille. Tous mes sens étaient en éveil. Je fermai les yeux pour me concentrer sur les odeurs, les sons, tout me plaisait, mon cerveau était ravi par les informations qu’il recevait, le bien être total, j’étais dans mon élément.
Ma tranquillité fut bousculée par le bruit d’un moteur et un léger klaxon, je revins sur mes pas, une petite voiture rouge venait de se garer juste à côté de la mienne. Une petite femme aux cheveux châtain courts et frisés en sortit. Je m’élançai à sa rencontre pour lui tendre la main.
— Bonjour, mademoiselle. Je suis madame Gonzalez.
— Bonjour, madame, je suis Kali Deguin, j’étais en train d’admirer les alentours, c’est vraiment magnifique.
Elle me répondit avec un sourire franc.
— Et encore, vous n’avez pas vu l’intérieur de la maison. Allez, venez !
Sans attendre, je la suivis. Je montai les trois petites marches en pierre pour rentrer dans la maison. Elle ouvrit la porte et je me retrouvai dans une maison de conte de fées.
L’entrée donnait directement sur le salon, tous les murs de celui-ci étaient recouverts de galets, c’était vraiment magnifique. Sur la droite se trouvait un canapé trois places au tissu gris anthracite, une table basse que je supposais être en pin et un meuble en bois où trônait une petite télévision écran plat.
Devant moi, il y avait une table et quatre chaises en bois. J’aperçus une porte vitrée qui donnait sur la terrasse. Une belle cheminée se dressait sur le même pan de mur que la porte. Mince j’espérai que la maison avait un chauffage autre que celle-ci, étant frileuse et ne sachant pas allumer un feu je commençai à me faire du souci.
— Alors voilà, ici vous avez le salon, c’est un peu rustique, mais j’espère que ça vous plaît.
— Oui, ça me plaît beaucoup, je ne pensais pas que la maison était meublée.
— Normalement, nous la louons pour les vacances, mais cela ne suffisait plus, donc mon mari et moi avons pris la décision de la louer à l’année, et puis ça m’évite pas mal de paperasse.
Je lui répondis en souriant.
— Je vous avoue que ça m’arrange, je n’ai pas de meubles, il aurait fallu que j’achète tout.
— Eh bien, tant mieux, ma petite. J’espère que le reste vous plaira. Alors voilà la cuisine.
Sur la gauche, une arche de pierre ouvrait sur une petite cuisine. Un plan de travail qui longeait tout un pan de mur surplombait des placards et de l’autre côté se trouvait une table, trois chaises et un frigo. La cuisine était tout de bois et de béton ciré gris anthracite, un mélange d’ancien et de nouveau, une fenêtre donnait sur l’avant de la maison, l’évier juste en dessous, parfait pour faire la vaisselle avec vue sur le jardin.
— Parfait ! m’exclamai-je.
— Alors si ça vous plaît tant mieux, on continue.
Nous sortîmes de la cuisine pour retourner dans le salon, un petit couloir sur la gauche après l’ouverture de la cuisine desservait deux chambres. Dans la première se trouvait un lit, une table de chevet avec une lampe, une armoire encastrée assez grande pour contenir tous mes vêtements. Dans la seconde, il n’y avait qu’un clic-clac, une commode et un petit bureau avec sa lampe. La salle de bain et les toilettes se trouvaient au bout du couloir. Apparemment, la salle de bain avait été refaite à neuf, seule ombre moderne dans cette maison rustique, ce que me confirma madame Gonzalez. La salle de bain se faisait vieille, il fallait tout changer.
Après avoir fait le tour et discuté un peu pour faire connaissance, je décidai de lui poser la question qui me taraudait depuis le début de cette visite.
— La cheminée est-elle le seul moyen de chauffage ?
— Oh non, ma belle, je sais pas si vous l’avez vu, mais le carrelage n’est pas d’origine, avec mon mari nous avons opté pour un chauffage au sol, on ne voulait pas trop moderniser la maison en mettant des chauffages apparents.
J’étais vraiment soulagée d’entendre ça.
Il était presque vingt heures quand on signa le bail. Avec fierté et reconnaissance, je signai au bas de la page. Madame Gonzalez avait tiqué, car je n’avais pas encore de travail, mais en lui disant le travail que faisait mon père et en lui montrant une copie de ses revenus comme garantie, elle avait vite oublié ce désagrément.
Quand elle fut partie, je pris vite mon téléphone pour appeler mes parents. Ils étaient fiers et heureux pour moi, soulagés aussi, je pense, même s’ils n’en avaient rien dit. Après ce bref échange, je défis mes bagages, mangeai un petit sandwich que j’avais acheté sur l’autoroute et pris une bonne douche. Il était vingt et une heures quand je m’allongeai dans mon nouveau lit aux draps qui sentaient bon l’assouplissant à la lavande, encore une attention généreuse de madame Gonzalez, elle avait laissé les draps, serviettes de bain et ustensiles de cuisine qui servaient pour les locations vacances. Je m’endormis sans tarder, fatiguée par le voyage.
Le lendemain, je m’éveillai toute déboussolée, je n’avais pas encore de repères. Je restai dans le lit quelques minutes, le temps de m’acclimater. J’ouvris les volets, ma chambre donnait sur la partie latérale de la maison, la forêt s’étendait à perte de vue, c’était vraiment un magnifique paysage. Le chant des oiseaux m’appelait, il fallait vite que je me prépare pour profiter de cette belle journée de juillet ensoleillée.
Après m’être préparée et n’ayant rien pour le petit déjeuner je décidai d’aller dans le petit village qui se trouvait à environ un kilomètre de la maison. Je m’y rendis à pied afin de profiter de cet air pur.
C’était un petit village, 800 habitants indiquait internet. Je croisai une épicerie ChezAnne-Marie, une boulangerieLes trois petits painsoù je m’arrêtai pour acheter un croissant et un pub Le pub de l’Europeoù je décidai de boire un bon thé pour commencer cette journée. Des petits vieux s’étaient attroupés autour d’une table et échangeaient gaiement sur toutes sortes de sujets devant leurs tasses de café. En face du pub, une presse, peut-être que je pourrais passer une annonce dans le journal local pour trouver un petit boulot.
Après avoir payé, je décidai de me mettre au courant de ce qui se passait dans mon nouveau chez moi en achetant le journal du coin. Sur le chemin du retour, je fis un arrêt à l’épicerie pour acheter de quoi manger en attendant de trouver un supermarché.
Je n’avais pas envie de m’enfermer avec cette belle journée, je me mis donc sur une chaise de la terrasse avec vue sur le champ. Je commençai à lire mon journal.
La fête de Mont-de-Marsan se tiendrait tel jour, la fête d’Hagetmau se ferait tel jour, une page pleine de dates de fêtes et de férias, apparemment les Landais aimaient faire la fête. En plus d’avoir un joli paysage, les habitants étaient joyeux, j’étais contente d’avoir choisi ce coin. La page des évènements récents était plus sinistre, un accident par-ci, un mort par-là, de quoi ternir ma journée. Une page dédiée à un phénomène étrange d’après le journaliste, deux femmes retrouvées dans les vapes et largement anémiées. Pour moi cette étrangeté n’avait rien d’étrange, traduction, deux femmes complètement ivres, qui avaient une carence en fer. Finalement, il n’y avait pas grand-chose pour moi dans ce journal, il y avait bien quelques petites annonces pour du travail, mais c’était trop loin, et ne connaissant pas encore les routes, je préférai m’abstenir.
L’après-midi, je décidai de faire un tour en forêt. Je chaussai mes baskets, mis mon sac à dos dans lequel j’avais mis une bouteille d’eau et mon téléphone portable et me dirigeai vers le portillon derrière la maison.
Je m’engouffrai dans la forêt, avec ses arbres immenses et touffus, le soleil essayait de percer. Des rais de lumière traversaient le feuillage, si j’avais été peintre, j’aurais pu capturer cette beauté sur ma toile. Mais à la place d’un chevalet et de mes pinceaux, je sortis de mon sac à dos mon portable. Une photo s’imposait. J’étais subjuguée par la beauté des lieux, il ne manquait qu’un ruisseau pour donner un petit côté magique. J’étais perdue dans mes pensées quand un bruit me fit sursauter. Je regardai autour de moi, il n’y avait personne, peut-être un animal s’était-il caché en me voyant approcher. Je continuai mon chemin quand j’entendis un autre bruit, mais plus proche de moi cette fois-ci, je regardai de nouveau, essayant de ne plus respirer pour mieux entendre, mais rien en vue. Bizarre, je me sentais observée, peut-être était-ce mon imagination. Étant un peu froussarde, je décidai donc de revenir sur mes pas, je marchai assez vite et me retrouvai à la maison en un rien de temps. Mon cœur battait la chamade. J’avais eu peur d’un bruit, non, mais sérieux, vraiment une froussarde, je rigolai toute seule de ma bêtise. Je restai tout de même sur mes gardes, imagination ou pas, j’avais senti quelque chose.
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