
Retour de Flamme: L'Amour Vengé
Chapitre 2
Les applaudissements résonnaient comme un tonnerre lointain, un bruit sourd et indistinct qui traversait la brume de ma conscience. L'odeur entêtante des parfums de luxe et de la laque se mêlait à celle, plus âcre, de ma propre sueur froide. J'étais à genoux sur la scène brillante du podium, les lumières crues des projecteurs m'aveuglant, transformant les visages du public en masques grotesques et flous.
Devant moi, Chloé, ma sœur adoptive, se tenait droite et fière dans une robe qui aurait dû être la mienne, le couronnement de mon travail. Elle tenait le trophée du Prix des Jeunes Créateurs, son métal doré scintillant sous les flashs des photographes. À ses côtés, Antoine, mon fiancé, lui tenait la main, son regard fuyant évitant le mien. Et un peu plus loin, Monsieur Leclerc, mon mentor, l'homme qui m'avait tout appris, souriait avec une satisfaction paternelle à Chloé, comme si elle était sa véritable protégée.
« Ma chère sœur, tu n'aurais pas dû voler la gloire des autres. »
La voix de Chloé, amplifiée par les micros, était douce, presque pleine de pitié, mais chaque mot était un coup de poignard. Le public murmurait, les chuchotements se transformant en vagues d'accusations. Voleuse. Plagiaire.
J'ai vu notre mère adoptive, Madame Dupont, la grande dame de la mode parisienne, me regarder depuis le premier rang. Son visage, habituellement impénétrable, était déformé par la déception et le dégoût. Elle a secoué la tête, un simple mouvement qui a scellé mon destin. J'étais ruinée, ma réputation anéantie, reniée par la seule famille que j'avais jamais connue. Tout ce pour quoi j'avais sacrifié ma santé, mon sommeil, tout ce pour quoi je m'étais endettée auprès de gens dangereux, venait de m'être arraché.
La douleur dans ma poitrine était si intense que j'ai cru que mon cœur allait éclater. Le monde a basculé, les lumières se sont éteintes, et je suis tombée dans un abîme de silence et de noirceur.
Puis, une lumière douce a filtré à travers mes paupières. L'odeur n'était plus celle de la scène, mais celle du lilas du jardin de la villa. J'ai ouvert les yeux, clignant plusieurs fois pour m'adapter. J'étais dans ma chambre, celle de mon enfance. Le soleil du matin filtrait à travers les rideaux de soie, dessinant des motifs dorés sur le tapis persan.
J'ai regardé mes mains. Elles n'étaient pas tremblantes et marquées par des nuits de travail acharné. Elles étaient lisses, reposées. Je portais une simple robe de jour en coton, pas la tenue de créatrice que j'avais mise pour le défilé.
Mon cœur s'est mis à battre à tout rompre. J'ai sauté du lit et me suis précipitée vers le miroir. Le visage qui me fixait était le mien, mais plus jeune, sans les cernes sombres et le pli d'anxiété qui s'était installé au coin de mes lèvres.
Un bruit de pas s'est approché dans le couloir. La porte s'est ouverte sur Madame Dupont, impeccable dans son tailleur Chanel.
« Amélie, Chloé, descendez. J'ai une annonce importante à vous faire. »
Sa voix était neutre, autoritaire. C'était la même phrase. La phrase exacte qu'elle avait prononcée il y a un an. Le jour où tout avait commencé.
Le choc a laissé place à une prise de conscience glaciale. J'étais revenue. Revenue au jour où le défi avait été lancé.
J'ai suivi Madame Dupont jusqu'au grand salon, mes jambes flottant comme si elles ne m'appartenaient pas. Chloé était déjà là, assise sur le canapé en velours, un sourire confiant sur les lèvres. Elle portait une robe rose pâle qui accentuait son air innocent. En me voyant, elle m'a adressé un regard plein d'une fausse chaleur fraternelle.
« Amélie, tu as l'air pâle. Tu as mal dormi ? »
Je n'ai pas répondu. Je la regardais, et pour la première fois, je voyais clairement la jalousie et la manipulation qui se cachaient derrière ses yeux de biche. Je me suis souvenue de son triomphe, de son mensonge public. Une haine pure et froide a commencé à monter en moi, étouffant le choc et la confusion.
Madame Dupont s'est raclé la gorge, attirant notre attention. Elle nous a regardées tour à tour, son expression sévère.
« Vous savez toutes les deux que je n'ai pas d'héritier de mon sang. Ma maison de couture est toute ma vie, et je ne la léguerai qu'à la plus méritante d'entre vous. »
Elle a marqué une pause, laissant le poids de ses mots s'installer dans le silence de la pièce.
« Le concours du Prix des Jeunes Créateurs aura lieu dans un an. Celle de vous deux qui le remportera deviendra l'unique héritière de la Maison Dupont. L'autre devra quitter la maison et renoncer à jamais au nom de Dubois. »
C'était le même défi, la même promesse, la même menace. La dernière fois, j'avais tremblé d'excitation et de peur. J'avais vu cela comme une chance de prouver ma valeur, de gagner enfin l'approbation de ma mère adoptive.
Cette fois, je n'ai ressenti qu'un froid glacial.
Chloé a joint les mains, ses yeux brillant d'une ambition à peine voilée.
« Mère, c'est un défi merveilleux ! Je ferai tout mon possible pour vous rendre fière. N'est-ce pas, Amélie ? »
Elle s'est tournée vers moi, attendant ma réponse. Je l'ai regardée droit dans les yeux. J'ai vu son assurance, sa certitude que je serais de nouveau la créatrice naïve et passionnée, prête à se sacrifier pour son art, un art qu'elle pourrait ensuite voler.
Lentement, j'ai esquissé un sourire, mais il ne montait pas jusqu'à mes yeux. À l'intérieur, une rage destructrice bouillonnait.
« Bien sûr, ma chère sœur. Que la meilleure gagne. »
Madame Dupont a semblé satisfaite de nos réponses. Elle a continué à expliquer les détails du concours, les attentes, l'immense prestige associé au prix. Elle a parlé de l'héritage, de la fortune, de la gloire qui attendait la gagnante.
Chloé buvait ses paroles, son visage rayonnant. Elle se voyait déjà au sommet.
Moi, je n'entendais plus rien. Le son de sa voix s'estompait, remplacé par le souvenir de son rire triomphant sur scène. Le souvenir du visage d'Antoine, déformé par la culpabilité et la lâcheté. Le souvenir du mépris dans les yeux de Madame Dupont.
Ils pensaient tous que le jeu recommençait. Ils pensaient que j'allais jouer selon les mêmes règles. Ils se trompaient.
La dernière fois, j'ai tout sacrifié pour créer une collection révolutionnaire, et ils me l'ont volée. Cette fois, je ne sacrifierai rien. Je ne créerai rien.
Cette fois, Chloé, ma chère sœur, comment vas-tu gagner le prix sans moi pour te le servir sur un plateau d'argent ?
Une pensée sombre et terrifiante a pris racine dans mon esprit. Si je ne pouvais pas gagner, alors je m'assurerais que tout le monde perde. Si je devais brûler, j'emporterais tout leur monde avec moi.
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