
Retour de Flamme: L'Amour Vengé
Chapitre 3
Notre histoire avec Chloé n'était pas commune. Nous n'étions pas nées de la même mère, mais nous avions été trouvées le même jour, deux nouveau-nés abandonnés sur les marches de l'orphelinat Saint-Vincent de Paul. Madame Dupont, alors au sommet de sa gloire mais incapable d'avoir des enfants, avait vu dans notre arrivée simultanée un signe du destin. Elle nous a adoptées ensemble, nous présentant au monde comme ses "jumelles de cœur".
Dès le début, cependant, une différence a été faite. Chloé était la plus jolie, la plus souriante. Elle apprenait vite à charmer, à obtenir ce qu'elle voulait par des sourires et des larmes calculées. Moi, j'étais la plus silencieuse, la plus observatrice, celle qui préférait la compagnie des crayons et des tissus à celle des gens.
Madame Dupont, une femme qui vénérait la beauté et l'apparence, a été rapidement conquise par Chloé.
« Regarde comme Chloé est gracieuse dans cette robe », disait-elle lors des essayages.
Pendant ce temps, elle me regardait à peine, moi qui avais passé la nuit à dessiner la robe en question.
« Amélie, tiens-toi droite. Une créatrice doit avoir de l'allure. »
Chloé recevait les compliments, les cadeaux, l'attention. Moi, je recevais les critiques et les attentes. On me disait que mon talent était un don, mais un don qui devait servir la famille, c'est-à-dire l'image que Madame Dupont voulait projeter. Et cette image, c'était Chloé.
Quand le défi a été lancé la première fois, j'y ai cru de toute mon âme. C'était ma chance. Ma chance de prouver que mon talent valait plus que le joli visage de Chloé. Je voulais que Madame Dupont me voie enfin, moi, Amélie.
Je me suis lancée dans le travail comme une forcenée. J'ai transformé ma chambre en atelier, dormant à peine trois heures par nuit. Les murs étaient couverts de croquis, de morceaux de tissus, de palettes de couleurs. J'ai vendu les quelques bijoux que ma grand-mère biologique m'avait laissés pour acheter les matériaux les plus rares.
Quand l'argent a manqué, j'ai fait la pire erreur de ma vie. J'ai emprunté à des usuriers, des hommes aux visages durs et aux sourires froids qui traînaient dans les quartiers sombres de Paris. Je me suis endettée jusqu'au cou, me promettant que tout serait remboursé après ma victoire.
Antoine, mon fiancé, était censé me soutenir. Au début, il le faisait. Il m'apportait du café, me massait les épaules, me disait que j'étais un génie. Mais peu à peu, il s'est lassé de mes nuits blanches et de mon obsession. Il a commencé à passer plus de temps avec Chloé, qui était toujours disponible, toujours souriante, toujours prête à l'écouter se plaindre de ma négligence.
Monsieur Leclerc, mon mentor, semblait être mon seul allié. Il passait des heures avec moi dans l'atelier, affinant mes idées, me poussant à aller plus loin.
« C'est révolutionnaire, Amélie. Personne n'a jamais vu ça. Tu vas changer la mode. »
Ses paroles étaient le carburant qui me faisait tenir. Je lui faisais une confiance aveugle. Je lui ai montré tous mes cahiers, toutes mes techniques, tous mes secrets de fabrication.
Le jour du défilé final est arrivé. Ma collection, "Renaissance", était prête. C'était l'œuvre de ma vie. Chaque pièce racontait une histoire de transformation, de la chenille au papillon. Les mannequins défilaient, et un silence respectueux s'est emparé de la salle, bientôt suivi par des murmures d'admiration. Je sentais la victoire à portée de main.
Puis, le moment de l'annonce du créateur est venu. Le présentateur a ouvert l'enveloppe.
« La collection "Renaissance" a époustouflé le jury. Une vision audacieuse, une technique impeccable... »
Je me suis levée, le cœur battant la chamade.
« ... présentée par le duo visionnaire, Chloé Dubois et Monsieur Leclerc ! »
Le temps s'est arrêté. J'ai regardé, incrédule, Chloé et Monsieur Leclerc monter sur scène main dans la main, saluant la foule en délire. Antoine les a rejoints, embrassant Chloé sur la bouche sous les flashs crépitants.
C'est là que Chloé a pris le micro et prononcé sa phrase assassine : « Ma chère sœur, tu n'aurais pas dû voler la gloire des autres. »
L'accusation était si absurde, si monstrueuse, que je n'ai pas pu réagir. Monsieur Leclerc a ajouté, d'une voix grave : « Amélie est une jeune fille talentueuse, mais elle s'est égarée. Elle a tenté de s'approprier des idées qui n'étaient pas les siennes. Nous avons dû l'écarter du projet final pour préserver son intégrité. »
Le mensonge était parfait. Lui, le mentor respecté, et elle, la sœur innocente. Qui allait croire la jeune créatrice inconnue et épuisée ?
J'ai crié, j'ai hurlé que c'était ma collection, que tout était de moi. Mais ma voix était couverte par les applaudissements.
Le pire était encore à venir. Madame Dupont est montée sur scène. Elle ne m'a pas regardée. Elle a pris le micro et a déclaré d'une voix de glace :
« La Maison Dupont ne tolère pas le mensonge et la malhonnêteté. Amélie, tu m'as profondément déçue. À compter de ce jour, tu n'es plus ma fille. Tu n'es plus une Dubois. »
Elle a fait un signe aux gardes de la sécurité. Ils m'ont attrapée par les bras et ont commencé à me traîner hors de la salle. Alors que je me débattais, j'ai vu Chloé se pencher vers Madame Dupont et lui murmurer quelque chose à l'oreille.
Madame Dupont a hoché la tête et a ajouté, sa voix portant dans tout le théâtre : « Et pour qu'elle comprenne la leçon... détruisez toute sa collection. Qu'il n'en reste rien. »
J'ai hurlé de désespoir en voyant les assistants commencer à lacérer mes créations sur les mannequins, déchirant la soie, brisant les broderies. C'était mon âme qu'ils mettaient en pièces.
Chloé s'est approchée du bord de la scène, son visage un masque de fausse tristesse.
« Mère, ne soyez pas si dure. Laissez-lui au moins ses carnets de croquis. C'est tout ce qui lui reste. »
C'était le coup de grâce. Elle savait que mes carnets contenaient toutes les preuves de mon travail. Un garde me les a arrachés des mains et les a tendus à Chloé, qui les a acceptés avec un sourire reconnaissant.
« Je suis innocente ! » ai-je crié une dernière fois, alors qu'on me jetait sur le trottoir froid et humide. « Ils mentent tous ! »
Mais personne n'écoutait. La porte s'est refermée, me laissant seule avec ma ruine, mon désespoir et le son des rires et des applaudissements qui filtrait à travers le mur.
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