
Rencontré un Milliardaire
Chapitre 2
Chapitre 2
Elle s'était levée sans bruit, comme une ombre dans une maison de pierres trop froides, un monde clos dont elle n'était plus qu'une spectatrice indésirable. Diane n'avait pas besoin de regarder l'heure pour savoir qu'il était temps. Le poids du silence, la lourdeur des regards fuyants, l'humiliation des silences glissés entre les mots, tout cela l'écrasait. Le rejet. Elle ne pouvait plus le supporter. Ce rejet qui n'était pas un cri, mais un mur invisible contre lequel elle se heurtait à chaque respiration. Elle savait ce qu'ils pensaient d'elle. Ce qu'ils avaient toujours pensé d'elle. Un héritage trop lourd, un nom qu'elle n'aurait jamais dû porter. Trop faible, trop en décalage. Elle ne se souvenait même plus du dernier moment où quelqu'un l'avait regardée sans vouloir s'en débarrasser.
Elle s'habillait en hâte, ne cherchant même pas à être silencieuse. Il n'y avait plus rien à perdre. Elle était déjà morte pour eux. Elle enfila un manteau épais, attacha ses cheveux en une queue de cheval imprécise. Le souffle court, elle se dirigea vers l'écurie. Clara. La seule présence qui n'avait jamais tourné le dos. Le cheval la regardait sans jugement. Diane s'approcha d'elle, la caressant d'une main tremblante, murmurant quelques mots à l'oreille de l'animal. Ces mots, elle ne les avait jamais dits à personne. Mais Clara, elle, savait. La jument hocha légèrement la tête, comme pour approuver, et se laissa faire lorsque Diane la monta, d'un geste rapide et déterminé.
Ils sortirent dans la nuit, et Diane se sentit un peu plus légère. Les murs de la maison étaient déjà loin, mais la peur de la confrontation avec ses parents, avec leur dédain silencieux, la suivait. Chaque pas du cheval semblait chasser un peu de la tension accumulée, mais pas assez. Elle ne savait pas où elle allait. Elle n'avait jamais eu de plan, pas même un but précis. Mais la sensation de liberté était plus forte que tout. Le vent fouettait son visage, les branches des arbres dansaient dans l'obscurité, et le monde autour d'elle semblait se resserrer, tout en même temps qu'il s'éloignait.
Elle s'éloigna du domaine familial sans savoir si elle reviendrait. Mais peu importait. La maison, son nom, son héritage. Tout cela n'avait plus de sens. Elle avait voulu leur prouver qu'elle n'était pas qu'un poids. Qu'elle pouvait s'échapper, s'enfuir, loin de la vie qu'ils lui avaient tracée. Mais à quoi bon tout cela ? Il n'y avait plus rien qui l'attendait ici. Ce monde, cette vie, étaient devenus des carcasses d'hier. Elle avait été élevée pour obéir, pour être la fille qui allait reprendre le flambeau d'une dynastie dont elle n'avait jamais voulu. Elle n'avait jamais été plus qu'un pion sur un échiquier. C'était ça, la vérité qu'elle avait refusée de voir pendant trop longtemps. Mais ce soir, la réalité lui frappait la poitrine avec la force d'une tempête.
Clara avançait à vive allure, mais Diane ne savait plus où elles allaient. Elle ne s'en inquiétait pas. Rien n'avait de sens ici. La route n'était plus qu'un filet d'ombres, un dédale sans fin où elle se perdait à chaque virage. Elle ressentait la liberté, l'excitation brute, l'effervescence d'un monde qu'elle n'avait jamais exploré. Mais la peur aussi. Parce qu'elle ne savait plus où aller, ni qui elle était en dehors de ce passé.
Le silence de la nuit l'enveloppait, mais il n'était pas rassurant. C'était un silence lourd, comme un préambule à quelque chose de pire. Elle ne savait pas comment expliquer ce sentiment, mais il pesait sur ses épaules. Un petit bruit au loin, un crissement d'herbe sous un pied trop lourd, et son cœur s'emballa. Elle regarda autour d'elle, cherchant des signes, un quelconque repère. Mais il n'y avait rien. Juste l'obscurité infinie.
Elle serra les rênes de Clara. La jument, intelligente, semblait capter son inquiétude. Mais là, tout à coup, elle se sentit complètement seule. Et cette solitude, bien plus que la peur, la fit douter. De tout. De sa décision. De la fuite. De ce qu'elle était en train de faire. Elle n'était plus une héritière. Elle n'était plus rien. Juste une femme en fuite, abandonnant un monde qu'elle n'avait jamais voulu.
« Clara... » murmura-t-elle, la voix rauque. Il n'y avait personne pour entendre. Pas même le vent. Pas même les arbres. Juste l'infini, la vastitude d'un chemin incertain.
Mais la jument, fidèle, continua son chemin, comme si elle savait mieux que Diane ce qu'il fallait faire. D'un côté, la peur, la douleur, le doute, mais de l'autre, cette sensation d'être enfin libre. De fuir, enfin, le fardeau, de laisser derrière tout ce qu'elle n'était pas.
Elle n'avait pas vu l'heure passer. La nuit se faisait plus épaisse, plus menaçante. Chaque bruit, chaque craquement dans la forêt, la faisait sursauter. Elle avait l'impression que chaque élément de ce paysage hostile conspirait contre elle. Clara n'accélérait plus. La jument semblait suivre un chemin qui lui était propre, comme guidée par une intuition que Diane ne comprenait pas, mais qu'elle suivait sans poser de questions.
« Je ne sais même pas où je vais, » dit Diane à voix basse. Une confession qui n'attendait pas de réponse. Mais le chemin continuait, et c'était là tout ce qui comptait. Elle ne savait pas ce qu'elle cherchait, mais cette fuite, cette évasion, était le seul moyen pour elle de fuir la cage dans laquelle elle s'était enfermée toute sa vie.
Elle n'avait jamais cru aux contes de fées, ni aux histoires de héros. Mais la solitude, elle, semblait plus réelle que tout. Plus concrète que tous les espoirs qu'elle avait eu dans le passé. Clara était sa seule complice, son seul allié. Et même si elle ne savait pas ce qu'il adviendrait de ce voyage, de cette nuit sans fin, elle savait qu'elle avait franchi une porte. Elle avait quitté son ancien monde pour entrer dans l'inconnu. Mais au moins, elle avait pris une décision. Elle était vivante, libre, au moins pour un moment.
La route ne semblait pas se finir. Et dans l'obscurité de la forêt, Diane s'éteignit sans un bruit, en attendant ce qui allait venir ensuite.
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