
Renaître pour Mieux Aimer
Chapitre 2
Un message laconique sur les réseaux sociaux a annoncé la nouvelle.
Antoine, le jeune stagiaire de l'entreprise, s'était suicidé.
Pour des raisons sentimentales, disait le message.
Marc Dubois a regardé la photo du jeune homme, son visage encore empreint d'une jeunesse innocente, et a ressenti un malaise diffus.
Il ne connaissait pas bien Antoine, l'ayant croisé quelques fois à la machine à café.
À ce moment-là, sa femme, Sophie, est sortie de la chambre.
Son visage était livide, ses yeux fixaient un point invisible dans le vide.
Elle n'a pas dit un mot.
Elle a traversé le salon comme une somnambule, a ouvert la porte-fenêtre du balcon et est montée sur le toit de leur immeuble.
Marc, sentant une panique glaciale l'envahir, l'a suivie en courant.
"Sophie ! Qu'est-ce que tu fais ?"
Elle ne s'est pas retournée.
Elle a atteint le bord du toit, a regardé le vide sous ses pieds, puis s'est jetée.
Tout s'est passé si vite que Marc n'a même pas eu le temps de crier.
Le choc l'a paralysé. Le monde s'est effondré autour de lui.
Dans les jours qui ont suivi, Marc a erré dans leur appartement comme un fantôme. Chaque objet, chaque odeur ravivait le souvenir de Sophie, de leurs dix années de mariage.
Il l'avait aimée. Il avait cru qu'elle l'aimait aussi.
Un jour, en faisant le ménage sous leur lit, un geste mécanique pour tenter de maintenir une once de normalité, sa main a heurté une boîte en bois.
Il l'a sortie. Elle était lourde.
À l'intérieur, il y avait 99 lettres.
L'écriture était celle de Sophie.
Elles n'étaient pas pour lui.
Elles étaient toutes adressées à "Mon cher Antoine".
Marc s'est assis sur le sol froid, le cœur battant à tout rompre, et a commencé à lire.
Chaque mot était une révélation, chaque phrase un coup de poignard.
Il a découvert qu'Antoine n'était pas un simple stagiaire. Il était l'amour de jeunesse de Sophie, son premier et unique amour.
Leur mariage n'avait été qu'un arrangement, une contrainte imposée par la famille de Sophie qui désapprouvait sa relation avec Antoine, jugé trop pauvre, sans avenir.
Marc n'avait été qu'un substitut. Un pis-aller convenable.
Une lettre en particulier a brisé ce qui lui restait de cœur.
"Parfois, je regarde Marc et j'essaie de te voir en lui. Il te ressemble un peu, de loin. Mais ce n'est qu'une illusion. Il est gentil, attentionné, mais son amour m'étouffe parce qu'il n'est pas le tien. Il est une cage dorée, et je meurs à petit feu à l'intérieur."
Dix ans de sa vie. Une illusion.
Anéanti par cette trahison totale, Marc a sombré.
La dépression l'a consumé, le vidant de toute volonté de vivre.
Il a cessé de manger, de parler, de sortir.
Son cœur, déjà brisé, a fini par lâcher.
Marc Dubois est mort, seul dans l'appartement qui avait été le théâtre de son bonheur factice.
Puis, il a ouvert les yeux.
Une lumière vive l'a aveuglé.
Il était assis dans un restaurant chic, l'odeur du café et des croissants flottant dans l'air.
En face de lui, une jeune femme le regardait avec un mélange de curiosité et d'attente.
Elle était jeune, belle, la peau lisse, les yeux brillants.
C'était Sophie.
La Sophie qu'il avait rencontrée il y a dix ans, le jour de leur première rencontre arrangée.
Il a regardé ses propres mains, posées sur la nappe blanche. Elles étaient plus jeunes, sans les rides que le chagrin avait creusées.
Il était de retour.
Le jour où tout avait commencé.
Il se souvenait de ce moment. Il avait été nerveux, mais charmé par sa beauté. Il avait espéré qu'elle pourrait être la femme de sa vie.
Un souvenir amer lui a tordu les entrailles.
Il s'est rappelé la solitude de Sophie pendant leur mariage, ses regards perdus dans le vague, ses soupirs discrets quand elle le croyait endormi.
Il avait mis ça sur le compte de la timidité, d'un tempérament mélancolique.
Quelle naïveté.
Il s'est rappelé le jour où Antoine était arrivé dans son entreprise. Sophie l'avait vu lors d'une fête de bureau.
Ce soir-là, elle avait pleuré pour la première fois devant lui. Il l'avait prise dans ses bras, pensant qu'elle était simplement fatiguée ou stressée.
Maintenant, il comprenait. Elle pleurait son amour perdu, retrouvé mais inaccessible.
Les lettres. Ces 99 lettres. Un journal intime de son malheur et de sa propre stupidité.
Elle y décrivait leur mariage comme une prison. Elle y racontait comment elle se forçait à sourire, à jouer le rôle de l'épouse parfaite.
Elle y écrivait qu'elle se sentait sale chaque fois qu'il la touchait.
Le mot "substitut" revenait sans cesse. Une version "low-cost", comme elle l'avait écrit une fois, d'Antoine.
La rage a monté en lui, une vague brûlante qui a balayé le chagrin.
Il a serré les poings sous la table.
Pas cette fois.
Il ne serait plus le pion de personne. Il ne serait plus le remplaçant pathétique.
Il a relevé la tête et a croisé le regard de Sophie.
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